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Né à Annecy puis ayant fait mes études dans la production industrielle à Nancy, c'est en m'expatriant au Canada en 2014 que je découvre ma passion pour le voyage ainsi que la photographie. Aujourd'hui, j'ai compris que c'était bien plus qu'une passion : c'est un art de vivre qui me convient comme aucun autre.

Comment prendre de belles photos de voyage ?

Rien de plus facile aujourd’hui que de prendre des photos de voyage. Il est tout aussi facile de les partager. Mais est-il facile de prendre de belles photos de voyage ? Je dirais que oui et non.

Si le paysage est photogénique, pas vraiment besoin de se prendre la tête pour y arriver. Mais si le climat est turbulent, la lumière blafarde ou si ce que vous avez devant vous ne dégage rien de vraiment passionnant, c’est beaucoup plus compliqué !

Dans cet article, je vous partage mes meilleurs conseils pour prendre vos meilleures photos de voyage.

 

La photo n’est pas qu’une question de matériel

Ce n’est pas le vélo qui fait le cycliste, dit-on. Eh bien c’est pareil en photo : ce n’est pas l’appareil qui fait le photographe. Combien de personnes ont du matériel dernier cri à plusieurs milliers d’Euros, pensant qu’ils feront de belles photos ?

Je suis de ceux qui pensent que la photo n’est pas une question de matériel mais une question de perception visuelle : « avoir l’œil ». Enfin, du mieux que l’on peut. Tout comme l’appareil photo parfait n’existe pas, l’œil parfait n’existe pas non plus.

Téléphone portable, tablette, compact, hybride, reflex… Tant que vous avez un capteur (ou une pellicule pour les fans d’argentique) réceptionnant la lumière à travers l’objectif, vous pouvez prendre de belles photos. Le type d’appareil ne dépend que de vos besoins (ou de ce que vous avez sous la main), car chacun a ses avantages et inconvénients.

 

Inspirez-vous

Si il y a bien une chose qui vient rarement d’elle-même, c’est l’inspiration. C’est ce qui vous permettra d’être créatif, et de démarquer vos photos personnelles de celles de milliers de touristes.

Pour cela, rien de mieux que de suivre d’autres photographes sur les réseaux sociaux, de feuilleter des livres photo ou des magazines, d’aller voir des expositions. Vos yeux doivent faire une overdose d’images de tous types. Cela vous donnera des idées en masse et ouvrira votre esprit concernant les possibilités qu’il existe pour une même photo.

Parmi mes photographes préférés : le russe Daniel Kordan, l’australienne Louise Denton que j’ai pu rencontrer personnellement lorsque j’étais à Darwin. Je vous invite à jeter un oeil sur le site internet de Daniel, et sur la page Flickr de Louise.

Daniel Kordan

 

Connaissez les bases… Et votre matériel !

Qu’est-ce que le temps d’exposition, l’ouverture, les ISO, la mise au point ? À quoi ça sert ? Comment ça marche ?Qu’est ce que ça fait si on les modifie ? Soyez curieux. Triturez votre appareil photo dans tous les sens. Testez tous les modes. Lisez votre manuel.

Fouillez sur l’Internet (Google est ton meilleur ami!) à la recherche de conseils et astuces en photographie. Mieux encore, suivez des formations. Cela peut être un réel tremplin pour vous.

 

Cadrez et composez correctement vos photos

Encore un peu de technique ici ! La règle des tiers, premier plan/arrière plan, lignes de fuite, symétrie, équilibre… Encore de nombreux éléments qu’il est bon de connaître afin de bien cadrer et composer une photo. Tout doit être lié, et le sujet que vous voulez principalement montrer doit être mis en valeur le plus possible.

Attention cependant à ne pas être trop rigide, car cela pourrait brider votre créativité. Restez dans l’originalité. Parfois, une photo est meilleure lorsque toutes ces règles ne sont pas respectées, tout comme parfois, une photo floue est meilleure qu’une photo nette.

Le cadrage et la composition, ce n’est pas toujours simple, mais c’est très important. C’est personnellement là où j’ai le plus de mal. Cela ajoute réellement une énorme valeur à votre photo. C’est ce qui fait la différence entre une photo « plate », et une photo qui « raconte » et qui captive le regard.

Posez-vous surtout les questions suivantes : que voulez-vous raconter dans votre photo ? Que voulez-vous mettre en valeur ?

Lac des Corbeaux, Vosges, France

 

Photographiez aux meilleurs moments de la journée

Pas de photo sans lumière. Pas de belle photo sans belle lumière. L’éclairage est aussi important que le cadrage et la composition.

Les plus belles lumières sont celles du matin et du soir. Les fameuses « golden hour » et « blue hour ». Vos photos seront plus douces et plus colorées de façon naturelle à ces moments de la journée. Elles seront aussi bien plus percutantes et donneront un côté encore plus unique à votre image.

Cela ne veut pas dire qu’il faut seulement prendre des photos le matin et le soir. Il faut juste choisir le type de photo que l’on veut faire intelligemment en fonction de la lumière et de l’heure de la journée.

Astuce si il fait très gris et/ou qu’il pleut : passez au noir et blanc !

Le lac de Gérardmer sous la brume, un matin d’hiver.

 

Ne pas utiliser le mode automatique

Le plus simple n’est pas toujours le meilleur. J’ai très longtemps été un adepte du mode automatique. Ben oui, on se prend pas la tête ! Mais c’est aussi ne pas contrôler ce que l’on veut vraiment faire.

En 2015, j’ai fait un roadtrip de 16.000 kilomètres sur un mois et demi en alliant Canada et Etats-Unis. Pendant tout ce voyage dans des paysages magnifiques, je n’ai utilisé que le mode automatique. Quand je revois mes photos aujourd’hui, je me dis qu’il faut que j’y retourne pour les refaire !

Ne plus utiliser le mode automatique ne veut pas forcément dire utiliser le mode manuel. Le mode manuel et bien pour des cas précis. comme la photographie de nuit. Sinon, il y a les modes semi-automatiques : priorité ouverture ou priorité vitesse. Pour savoir ce que c’est et les maîtriser correctement je vous renvoie à la partie « connaître les bases ».

Manuel, ouverture, vitesse, c’est le choix de chacun. J’utilise personnellement le mode priorité ouverture. Un peu de pratique, et vous trouverez ça aussi facile que le mode automatique. Sauf que cette fois, vous aurez plus de contrôle sur ce que vous faites, et arriverez donc plus facilement au résultat que vous voulez.

Coucher de soleil sur l’archipel des Whitsunday Islands, Australie

 

Prenez votre temps

Voilà encore un conseil des plus judicieux. Avec tous les autres conseils que je vous ai déjà donné, vous comprendrez que faire une belle photo n’est pas simplement appuyer sur le déclencheur « à l’arrache ». Il faut prendre son temps.

Il faut prendre son temps pour tout et penser à tout. Car c’est le petit détail en plus dans le cadre qui fera que votre photo sera extraordinaire.

Si je prends en exemple une photo de paysage, si vous avez déjà repéré préalablement votre « spot photo », arrivez en avance. Préparez vous, attendez la meilleure lumière et le meilleur moment., concentrez-vous. Réfléchissez à ce que vous faites, à ce que vous voulez faire, à ce que vous voulez montrer.

Maintenant, vous pouvez appuyer sur le déclencheur. Faites deux ou trois photos, changez un peu d’angle. Vous pourrez ensuite trier les meilleurs clichés sur votre ordinateur.

Coureur matinal dans le quartier de Dumbo, Brooklyn, New York.

Pratiquez

La photo, c’est comme tout. On ne devient pas une star en un jour. « Il faut une heure pour apprendre la photo, et 10 ans pour la maîtriser », dit l’adage. C’est bien vrai.

Dans la réalité, il n’y a rien de bien compliqué. Mais faire des photos extraordinaires comme on va chercher sa baguette de pain et trouver son propre style prend beaucoup, beaucoup de temps.

Comme dans tout, pour aller loin, il faut pratiquer, pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer !

Ayez toujours votre appareil sur vous, entraînez-vous, et n’arrêtez jamais d’apprendre !

 

En espérant que tout cela vous aidera à faire de plus belles photos de voyage!

 

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je ?

Job PVT Nouvelle-Zélande : Marinières, vos moules?

Deuxième semaine de mon PVT Nouvelle-Zélande, me voici à Drury, petit patelin industriel de campagne, tout au sud d’Auckland. Un vent puissant et sifflant en pleine face m’accueille. Aujourd’hui, c’est jour d’entretien pour le boulot.

Je rentre dans les bureaux de Sea Products Mussels Limited. Passé la porte, le vent est directement remplacé par l’odeur forte de crustacés et de haute mer, avec une pointe d’algues. Pas si mauvais, en fait.

J’ai eu droit au « j’ai oublié d’imprimer votre CV », histoire de me faire mariner-marinière mon anglais (c’est le cas de le dire), les coquins. On me présente le contrat pour les 3 prochains mois. Que je signe direct.

Mussel Opener

Le boulot parfait du backpacker. Ouvrir et trier des moules.

  • Durée de 3 mois extensible à jusqu’à ce que je veuille arrêter (1 semaine de préavis).
  • Aucune charge lourde
  • Aucun effort à produire (si ce n’est manier un couteau)
  • En intérieur.
  • Boulot de jour de 7h à 15h30.
  • Tout l’équipement est fourni donc rien à acheter.
  • Paie au rendement, à partir de 16.50 de l’heure (au-dessus du salaire minimum à 15,75)
  • Comme je suis en PVT, j’ai un bonus gouvernemental de 1$ par heure. Donc le 16,50 passe à 17,50.
  • Plus je vais vite plus je suis payé : une fois habitué au boulot, je peux être capable d’être payé autour de 22$ de l’heure.
  • Bonus de 8% par heure pour les vacances (compensation car je n’aurai pas le temps de bosser assez pour les avoir).

Et ce n’est pas fini.

Pour 130$ par semaine seulement, j’ai un logement tout inclus (partagé avec d’autres travailleurs de l’usine), à 15 minutes à pied de l’usine, et près d’un petit centre commercial.

La maison ! Pur style campagne néo-zélandaise.

Premier contact

Prénom : Tawera. Taille : 1m90. Poids : 130 kilos. Porte les t-shirt de l’équipe de rugby de Papatoetoe. Signe distinctif : bras et torse recouverts de tatouages Maori. Nombre de moules ouvertes par jour : 15.000 en moyenne. Record personnel : 17.500.

« Tu prends la moule, comme ça (geste fictif de la main gauche). Tu prends le couteau, comme ça (geste fictif de la main droite). ET TU BUTES LA PUTAIN DE GUEULE DE LA MOULE ! (grand coup de poignard fictif) Et tu recommences. Et vlan ! Vlan! Vlan ! (grands gestes dans tous les sens). ».

Voilà le premier collègue rencontré, le lundi à 6h40 du matin, dans le vestiaire de Seafood Products. J’ai de la chance, il est dans le top 5 des meilleurs ouvreurs, 3 ans d’expérience. Parfait conseiller, quoique un peu bourrain.

Tawera est Maori, comme près de la moitié des employés. 40% sont asiatiques : Chine, Japon, Malaisie, Thaïlande. 10% sont des gens des îles du Pacifique. Et moi je suis le seul français, le petit Gaulois venu de nulle part. Je retrouve ici le mélange de cultures qu’il y avait à mon boulot au Canada, et j’en suis très heureux.

Une ambiance totalement improbable

Ouvrir des moules, voilà qui est original. Encore plus improbable est l’ambiance.

Ici, on vient pour le pognon, point barre. Les meilleurs sont payés jusqu’à 32$ de l’heure. Nous sommes 40 ouvreurs, mais en vérité 40 compétiteurs. Dans l’atelier, croyez-le ou non, c’est ambiance salle des ventes de Wall Street, les billets verts remplacés par les moules, les téléphones et écrans remplacés par les couteaux.

Fameux couteaux dont il veut mieux être le premier à arriver pour en avoir un des mieux aiguisés. Ils s’arrachent et se volent comme des petits pains.

Je suis tout de suite dans mes baskets, même si j’apprends encore après un mois passé ici. L’ambiance procure une motivation extrême, et ces « grandes gueules » blagueuses de Maoris mettent la patate dès le matin.

Aussi car moi aussi je suis là pour les sous. Il me faut faire des économies pour acheter une voiture et parcourir le pays.

Pendant la journée, c’est le combat seul contre tous. Mais pendant les pauses, j’arrive à chopper quelques astuces en discutant un peu, que je me magne de reproduire au mieux possible les heures suivantes. Le long des convoyeurs, on est des vrais chiens, mais en dehors, on est une vraie équipe.

Ligne d’opening

Je vous propose un résumé d’une journée classique

Arrivée 6h40, vestiaire blindé de Maoris, ou de rugbymen, la différence est difficile. Ça blague et ça gueule dans tous les sens. Les types sont déjà survoltés, comme si ils avaient sniffé de la coke avant de venir. Les asiatiques restent dans leur coin, bien sagement, et font mine de rien.

Un s’amuse à allumer et éteindre la lumière, l’autre se met à jouer des scènes de film tout seul au milieu du vestiaire. Ça improvise des combats de catch depuis les bancs du vestiaire. Un autre arrive avec la musique à fond sur son téléphone. Un dernier se met à rapper des rimes improvisées sur les moules… Une ambiance de taré.

Puis le dernier arrive, toujours le même. Il s’appelle Losito, 1m95, 180 kilos facile, et s’amuse à pousser tout le monde avec son gabarit de Sébastien Chabal, l’embonpoint en plus. Signe distinctif : a quelques dents recouvertes de couronnes en or.

À force de les côtoyer, je prend la vague de l’ouvreur de moules taré, à commencer par placer au minimum un gros mot par phrase, et à insulter chaque chose et truc possible et imaginable.

David m’aide le matin dans le vestiaire. C’est lui le recordman de la phrase la plus longue (une vraie phrase) avec un nombre de gros mots d’une variété impressionnante. Il devrait se lancer dans une carrière de rapeur.

On se change, ce qui prend du temps car il faut tout un attirail complet de la tête aux pieds, et toute une série de procédures de nettoyage. Certains se font une petite séance d’étirements et d’échauffement des articulations (je suis de ceux-là).

Puis on attends devant la porte d’entrée de l’atelier. « Ready to kill the mussels ? » (prêt à buter les moules ?), entend-on à gauche et à droite.

Le superviseur arrive, créant le silence le plus complet. On passe un à un devant lui, nous indiquant où nous placer sur le long des convoyeurs. La porte de l’atelier s’ouvre, et tout le monde se rue sur le meilleur couteau. Le meilleur est le couteau, le plus vite on peut aller. Les retardataires n’ont qu’a se lever plus tôt.

6h55, 5 minutes avant l’heure H.

La concentration est à son comble. On entend les couteaux claquer sur l’inox, en signe d’une attente interminable. La première moule arrive enfin. Des « YEAAEAEEH !! », ou encore « BRING THE MUSSELS !! »(amène les moules) surgissent.

Nous prenons position tels des athlètes au départ d’un 100 mètres sprint. Jambes légèrement écartées, pied gauche légèrement devant le pied droit. Main gauche au-dessus du convoyeur, prête à attraper les moules. Main droite empoignant fermement le couteau, pointe à 45 degrés vers le haut, coude collé au corps.

Et nous nous jetons tels des rapaces affamés sur les moules qui nous passent devant. Non pas pour les bouffer, mais pour les buter. Enfin, elles sont déjà cuites avant d’arriver à nous de toute façon.

40 ouvreurs, des centaines de moules défilant sur les convoyeurs. Le claquement des coquilles sur l’inox se multiplie par milliers, créant un boucan infernal. On croirait un orage de grosse grêle sur une plaque de verre, toute la journée durant.

Les très bons jours, nous sommes capables d’ouvrir à nous tous jusqu’à 400.000 moules. 300.000 serait une bonne moyenne.

La course est lancée !

Les 2h30 avant la première pause, c’est la course au rendement. Tout le monde n’a qu’un but : buter le plus de moules possible, rien que pour se targuer d’être le meilleur. Il faut faire le trou, tout de suite.

Les 2h30 suivantes sont un peu plus relax. On joue sur la distance, l’endurance. Ça se relâche. On prend même le temps de se raconter une blague, tout en butant des moules. D’autres font quelques pas de danse, toujours en butant les moules.

Buter les moules, ça, ça ne s’arrête jamais. Ici, une moule est une moule comme un centime est un centime, point barre.

Ligne d’ouverture de moules. Photo d’entreprise

De temps en temps, la machine à cuire les moules rame devant les rapaces que nous sommes. Cela arrive que les moules n’arrivent plus pendant 2 ou 3 minutes, nous laissant sans rien dans les mains. Alors ça gueule dans tous les sens et ça tape les couteaux sur l’inox !

Et le superviseur arrive en courant, complètement affolé pendant qu’on le hue comme des cinglés échappés de l’asile, et fonce voir ce qu’il se passe dans la salle de cuisson. Comment on fait tourner le compteur, nous ? Hein ?

Et les dernières 2h30, c’est le sprint. Les moules volent dans tous les sens entre les mains, à la vitesse des jambes d’Usain Bolt.

Les anciens se balancent des coquilles vides pour se déconcentrer et prendre un avantage de temps. Ça fuse un peu dans l’atelier. Ça se vanne, ça rigole. Les plus susceptibles balancent avec rage les mauvaises moules ou les moules ratées à la benne, voire les éclates à même le sol.

Et à 15h30, tout le monde se rue sur les compteurs, tels des ados qui regardent si ils ont le bac ou pas. Et ça crie de victoire, et ça chambre, et ça hurle encore. La seule question qui a lieu d’être en ce moment est : « combien t’as fait de moules? ». Si tu dis autre chose, c’est la porte, haha !

Bien sûr, la compétition entre nous, l’ambiance, gueuler, huer, et tout ça, c’est très bon enfant ! On s’éclate surtout !

Les experts

Il y a trois façon d’ouvrir les moules : la tranquille à la maison, la industrielle, et la bourrain. C’est un peu les trois niveaux. Facile, intermédiaire, expert. De 500 à 3000, de 3000 à 9000, puis 9000 et plus par jour.

J’ai démarré à 3400 pour mon premier jours, j’en suis à 8600 après 1 mois. À la fin du mois prochain, je devrais être capable des 10.000 et plus.

Les experts se reconnaissent entre mille. Sous leurs gants, ils ont les doigts bandés comme des boxeurs, et ont tous leur petite technique ou détail différent. Souvent, ils ont leur propre couteau, taillé pour eux, et le manche fait à leur main.

J’aime voir Edward : il se positionne de profil par rapport au convoyeur, et fait un mouvement circulaire avec tout le haut de son corps, accompagnant incessamment chaque prise et relâche de moule. Tout est dans le rythme.

Les experts, ils en sont à un niveau tel que je n’arrive même pas à distinguer leurs gestes. Une moule ouverte en un peu moins de 2 secondes, chrono en main. Inhumain, mais pourtant réel.

Tongara, le meilleur ouvreur de l’usine, a lui passé la barre des 19.000……. Pour la énième fois…. Il veut passer les 20.000. Il y arrivera. Il faut que les conditions soient réunies.

Imaginez-vous ouvrir une moule en moins de 0,8 seconde, de la prise à la relâche……….

Le voir est extraordinaire, bluffant ! Ses bras se déplacent tel un mirage, et ses mains sont littéralement invisibles. Même une machine n’irait jamais aussi vite. Il faut réellement une caméra haute vitesse pour voir ce qu’il se passe !

Nous ouvrons les « Greenshell Mussels », reconnaissables à leur couleur verte. On les trouve dans tous les grands supermarchés en Nouvelle-Zélande.

La technique

Toujours est-il qu’il faut la souplesse d’un gymnaste olympien (le calme aussi), la précision d’un tireur de ball trap, et le coup de couteau vif et net d’un boucher de 40 ans de métier. Bon à savoir: on utilise plus la main gauche que la main droite. Je vais finir ambidextre.

Voici, en gros, et selon les préférences de chacun, comment on fait :

  • Prendre la moule main gauche côté plat vers le haut, coté arrondi dans le creux de la main, ouverture vers soit.

  • En même temps, coincer la barbe de la moule en la maintenant avec le pouce gauche contre la coquille et en la poussant vers l’extérieur. Ne jamais lâcher la barbe !

  • Rentrer la pointe du couteau dans l’ouverture, par le haut.

  • Lame rentrée d’environ 1 à 2 centimètres suivant la taille de la moule, il faut impérativement que la lame suive parfaitement la forme intérieur de la coquille pour trancher le frein, sinon c’est poubelle car ça abîme la chair.

  • Un coup de couteau sec de haut en bas, décrivant un arc de cercle, passant en-dessous de la moule.

  • Ouvrir la moule avec la pince pouce et index de la main droite, sans jamais poser le couteau (!) d’un autre coup très vif et rapide, tout en maintenant la barbe avec le pouce gauche, qui s’arrache alors toute seule. Si on va trop lentement ou qu’on fait des a-coups, la moule s’arrache de la coquille, et c’est poubelle.

  • Séparer les deux coquilles, en pivotant celle supérieure de 90 degrés par rapport à l’autre, toujours d’un coup sec, de la main gauche.

  • Exactement pendant ce temps là, on sélectionne du regard sur le convoyeur la prochaine moule que l’on va prendre.

  • Mettre la partie vide à la poubelle, et la partie moule dans le petit tunnel qui descend dans un autre convoyeur.

  • Prendre la moule suivante, repérée plus tôt, et on recommence!

Un travail polyvalent !

Chez Seafood Products, je ne fait pas que d’ouvrir les moules.

J’ai donc aussi fait du grading, c’est à dire le tri du produit fini. On enlève les coquilles vides, les moules qui se trimballent en dehors de la coquille, les moules abîmées, ou les coquilles fissurées, avant que ça parte au congélateur.

Chaque déchet a son bac. Et là il faut se transformer en Mickeal Jordan pour bien viser, et sortir ses lunettes bioniques car tout est dans le détail. Il faut aller très vite ! On est de 5 à 9 rien que pour ce poste.

Pour le grading, je suis avec les asiatiques, ça change des Maoris. Ils sont plus fins, on va dire. Ils sont aussi super sympas, moins rustres.

Je fais aussi du packing, l’emballage. Poste plutôt sympa, le plus calme de tous. Aussi celui où on fait le plus d’heures, jusqu’à 3 supplémentaires par jour. Parfait pour arrondir la paie.

Il arrive aussi que j’aille aider à l’extérieur de l’usine, pour charger les cartons remplis de moules fraîches dans les containers qui partent aux quatre coins du monde.

En bas et à gauche, partie de la ligne de grading.

En résumé

Super entreprise à la super ambiance et où tout le monde est là pour la même chose. Rien ne nous arrête.

Facile de faire des heures supplémentaires, en naviguant entre les postes pour aider en cas de coup de bourre, et même pour le ménage le soir. Il suffit juste de dire que tu veux rester un peu et on te trouve de la place dans la minute !

Si proche du congélateur, 8 à 10 degrés. Si proche de la salle de cuissons 16 degrés. Il faut rester habillé sous les vêtements de travail.

La suite

Il faut dire, ça devient presque une obsession ces moules. Vais-je vraiment finir aussi taré que mes collègues ? Les records, les chiffres, le salaire, les records, les chiffres, le salaire…

Un jour, les collègues se sont mis à chanter l’hymne national néo-zélandais, sans aucune raison, avec une voix de tête et un rythme digne des chœurs de chorale… à en mourir de rire ! Si je connaissais les paroles, j’aurais suivi volontiers ! Haha !

Tous les jours des trucs bizarres se produisent. Par exemple, le gars en face de moi s’amuse à jongler avec les moules de temps à autre, un autre qui se met à rire tout fort tout seul, un autre qui se met à danser…

Bref, les moules et les chiffres, ça rend fou.

Je vais faire mes 3 mois tout de même ! Et je verrai selon les économies si je continue encore un ou deux mois ou pas !

En espérant que le reportage vous aura plu !

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je?