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NZ #2 : Roadtrip à Abel Tasman et Nelson Lakes

Après plusieurs jours passés à Arthur’s Pass et aperçu un bout de la Côte Ouest, je pars pour 5 jours à l’assaut de la région de Tasman, au Nord de l’île du Sud. Au programme : un beau roadtrip jusque Abel Tasman. Le rythme sera bien différent car il y a beaucoup plus de route à faire. Les paysages aussi car beaucoup moins de montagne.

Carte du roadtrip

Je fais un premier arrêt à Lewis Pass pour avoir une belle vue sur la vallée et le Mount Mueller (1630m) et Mount Freyberg (1817m) depuis la Lewis Tops Track avant de garer ma voiture au Mueller Hill Campsite, 15 kilomètres plus loin. Je fais une longue et plate randonnée de 16,5 kilomètres qui mène au Lake Daniell en longeant la Albert River puis le Frazer Stream.

La rando est très facile et traverse une belle forêt très calme et remplie de Weka, des oiseaux qui ressemblent à de petits dinosaures à plumes. Sur la fin du chemin du retour, il commence à pleuvoir. J’avais encore une fois prévu le coup : k-way, protection de pluie pour mon sac et même petit parapluie.

Le Marble Hill Campsite est vraiment chouette, magnifique vues sur la montagne, peut être un des plus beaux campsite où j’ai été.

Ma voiture « Gordon », qui me sert aussi de maison pendant mes roadtrip. Marble Hill Campsite

Frazer Stream

Beau tapis de mousse sur la randonnée vers le Lake Daniell.

Lake Daniell.

Marble Hill Campsite. La vue depuis mon emplacement…

 

La deuxième étape me fait rejoindre Motueka, à quelques kilomètres du parc Abel Tasman. La route est assez longue, 210 kilomètres, dans les fameuses conditions néo-zélandaises : bumpy, curvy, noisy, soit cabossé, plein de virages, bruyant (revêtement très granuleux).

Une seule règle sur les routes en NZ, répétées inlassablement le long du goudron : « Allow extra time » (prévoyez du temps supplémentaire). Eh oui, car quand il y a un camion ou un camping car ou un type trop prudent qui ralenti bien à chaque virage, c’est pour longtemps…

C’est pas que c’est mal fait, c’est que la géologie, la géographie et la densité de trafic et de population font que c’est comme ça. Oubliez les autoroutes ! Sur toute l’île du Sud, il y en a 2 pour un total de 20 kilomètres de long (!) : les autoroutes Sud et Nord de Christchurch. C’est tout !

Je fais plusieurs arrêts, à Maruia Falls, à Murchison pour grimper sur le Skyline Walk, à Hope Saddle Lookout, puis je bifurque sur une petite route de campagne pour esquiver le bazar à Nelson.

Maruia Falls, très facile d’accès de puis la route principale.

La petite ville de Murchison, perdu entre les montagnes de la région de Nelson Lakes.

 

C’est le début de la saison haute (désolé si je me répète) et la petite ville de Motueka se transforme en un embouteillage monstre. Il faut dire, à 15 kilomètres de là se trouve le parc National Abel Tasman, peut être un des lieux les plus touristiques et les plus visités après le Tongariro National Park et la région de Queenstown.

C’est horrible et je n’ose même pas imaginer en plein de mois de Janvier, pleine haute saison et les grandes vacances en nz… !

Je monte vite dans les collines pour aller au Marble Hills Resort. C’est un fermier qui a converti une partie de son terrain en un campsite. J’ai bien fait d’arriver très en avance, le camping était complet dès 17 heures ! Et pourtant celui-ci n’est pas si facile d’accès : il faut monter une petite route en graviers. Les logements sont prit d’assaut dans toute la région, juste à cause de Abel Tasman !

Le cadre est vraiment super, très spacieux et entouré de moutons et de vaches. J’en profite pour me faire une après-midi relaxation et commencer mon nouveau livre : « How to survive » du fameux Bear Grills qu’on ne présente plus. Le lendemain, je prévois une randonnée de 30 kilomètres à Abel Tasman.

Ma maison au Marble Hill Resort, loin du bazar touristique.

La route de gravier qui mène au Marble Hill Resort, entourée de champs.

4 heures du matin. Il fait encore nuit. Le ciel dégagé est tapis de millions d’étoiles.

Je dois rouler 6 kilomètres pour rejoindre l’immense parking du parc et je le fais très doucement. Les routes en nz sont déjà dangereuses de jour. De nuit, il faut rajouter les animaux qui traversent (possums, lapins, porc-épic), les moutons ou les vaches égarés…

5h20, je démarre la randonnée aux premières lueurs du jour. C’est la règle ultime pour éviter 99% des touristes : se lever le plus tôt possible ! Car Abel Tasman est vraiment, vraiment, vraiment touristique. La Track fait 60 kilomètres de long dans un sens, il faut 3 à 5 jours pour la faire en entier dans un ou deux sens.

Tout est très tranquille les 4 premières heures. Comme d’habitude, tout le monde rate le meilleur moment de la journée avec ce magnifique lever de soleil et surtout la marée basse. Car à marée haute, la plupart des plages disparaissent ! Ça a fait un sacré changement de décor quand je suis revenu 8 heures plus tard !

Et puis le trafic a commencé vers 11 heures. Vers 14 heures, ça devenait une rue piétonne : un groupe toutes les 20 secondes. Avec ça et la marée maintenant haute, toute la magie du lieu a complètement disparue, ahlala.

Du coup j’étais très content de n’avoir passé qu’une seule journée ! J’ai aussi un peu changé mon itinéraire et j’ai fait au final un total de 32 kilomètres. Les 10 heures prévues ont été en faits en 8h30, car le terrain est très facile et très aménagé (tourisme oblige). Je n’étais même pas fatigué.

J’ai tout de même réservé une nuit dans une chambre simple en auberge de jeunesse pour avoir un vrai lit et une vraie douche. Je fais toujours ça après une grosse étape pour bien me reposer, ou tous les 2 ou 3 jours de camping à la néo-zélandaise (campsite).

Vue sur une partie du parc de Abel Tasman

Partir tôt le matin et vous serez seul avec les plus belles couleurs de la journée

Levé de soleil sur une plage déserte à Abel Tasman

Vue sur une partie du parc depuis les terres

Des plages paradisiaques…

Vue sur une partie de la côte de Abel Tasman.

Dans les terres du parc, les rivières sont absolument magnifiques de couleurs et de clarté.

 

Au retour, je bifurque au Nelson lakes National Park, en commençant par le lac Rotoiti. Très grand et très beau, je vais y marcher 13 kilomètres jusqu’à l’impressionnante Whiskey Falls qui fait un bon 100 mètres de haut, puis en contournant un peu le Mount Robert.

Le lac Rotoroa était très déstabilisant. Une unique route y mène et elle est totalement vide de chez vide. Arrivé au lac, le parking est blindé de chez blindé. Hyper touristique, alors que franchement, j’ai largement préféré le lac Rotoiti. Je ne vais pas rester longtemps ici, juste le temps de me cuisiner mon repas de midi.

Je retourne au Marble Hill Campsite pour y passer ma dernière nuit. Christchurch est encore loin : 210 kilomètres et 3 heures. Mais quand j’ouvre la porte de la voiture, je me fais attaquer comme un malpropre par les sandflies !

Ma main gauche s’est faite piquer 7 fois et ma main droite 3 fois, en l’espace de 5 minutes. Les sandflies ne sont pas dangereuses mais sont un vrai fléaux, surtout sur la cote Ouest où elles sévissent vraiment de début Décembre à fin Mars.

Lake Rotoiti

Whiskey Falls, immense ! Notez la taille des 2 personnes en bas de la photo !

Lake Rotoiti durant ma petite randonnée escarpée autour des sommets.

 

Ce sont des insectes très particuliers. Ils ressemblent à de toutes petites mouches de même pas 5mm et dont il est difficile de discerner les ailes. Il y a plusieurs espèces mais seulement 3 piquent. Seule la femelle pique, comme chez les moustiques et pour les mêmes raisons (nourrir les petits et avoir assez d’énergie pour la ponte). En gros, c’est un moustique-mouche. Mais qui opère différemment.

Il se sert du gaz carbonique dégagé par le corps humain pour repérer sa proie. Ensuite, il ne va piquer QUE sur les parties de la peau qui sont fines : dessus des mains, poignets, cou, dessus des pieds, chevilles. C’est pour ça que mes mains ont morflées car c’était le seul endroit propice à découvert.

Les sandflies ne piquent pas ! Elles ouvrent et creusent dans la peau ! Avec leurs mandibules qui sont équipées d’un crochet. De cette manière, elles font une petite mare de sang qu’elles boivent ensuite. Chaque piqûre saigne.

Cela fait une douleur comme une toute petite aiguille qui se plante, c’est donc facile de les « spotter », car on les sent très bien. Inutile de souffler dessus pour enlever la sandlfy, elle ne bougera pas ! Il faut la frapper et donc la tuer pour l’enlever. C’est bien sûr déjà trop tard, mais le plus tôt ce sera fait, le moins on aura de conséquences.

Les piqûres de sandflies sont très bizarres. Ça fait bien sûr un petit bouton, mais qui n’apparaît que plus tard, environ 12 à 24 heures pour ma peau. Plus tôt on enlève la bête moins le bouton est gros. J’ai même remarqué pour mon cas que 1 seconde de réaction équivaut à 1mm de diamètre. Le bouton est rouge puis se jaunit un peu avec le temps, passant à une toute petite cloque. Et là, ça reste, et ça dure !

Il faut compter au minimum 3 semaines pour que ça parte, jusqu’à 3 mois dans les pires cas. Ça gratte aussi, mais très bizarrement : c’est quand ça veut gratter. Ça me le fait 1 à 2 fois par jour, surtout le matin, mais l’envie part au bout de 30 minutes, avant de revenir plusieurs heures plus tard pour un autre 30 minutes. Vraiment particulier !

Heureusement, la sandfly ne transmet absolument aucune maladie. Un scientifique y a consacré sa vie et s’est même servit de lui-même comme cobaye.

Bref, vu l’infestation soudaine, je me suis planqué dans ma voiture, j’ai fait 1 heure de pause en lisant un peu mon livre, et je suis reparti à Christchurch plutôt que de couper le voyage retour avec une nuit entouré de ces sandflies.

Le bilan de ce deuxième roadtrip est mitigé.

Certes, c’était magnifique, mais le tourisme était de trop. Il faut venir ici en basse saison pour ne pas avoir tous ces désagréments. J’ai appris par moi-même les défauts de la région de Tasman :

  • Le tourisme : y venir en saison basse uniquement, surtout si c’est pour aller à Abel Tasman ;
  • Les paysages : on se croirait sur la côte d’Azur = pas vraiment de dépaysement ;
  • La déforestation : entre Nelson et Rotoiti Lake, 40 kilomètres de forêts commerciales sans arrêt, absolument horrible. Tellement, que j’étais CHOQUÉ de voir ça !
  • La pollution des sols : avec sa voisine Marlborough Sound, la région Tasman est recouverte d’exploitations de vins : pesticides à tout va !

La couverture forestière de Nouvelle-Zélande : à gauche avant l’arrivée de l’Homme. À droite : de nos jours.

 

Je suis allé à Abel Tasman par curiosité. Un lecteur de mon blog, qui voyageait à pied, m’avait demandé si c’était possible d’y aller en auto-stop depuis Picton. C’est bien sûr tout à fait faisable et il m’a renvoyé un mail plus tard pour me dire qu’il l’avait fait ! C’est ce qui m’a donné envie d’y aller.

Je suis donc un peu déçu mais sans plus. J’ai tout de même appris des choses qui me serviront plus tard, comme pour tout voyage d’ailleurs.

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NZ #1 : Roadtrip à Arthur’s Pass

Je prends la route pour mon roadtrip à Arthur’s Pass et je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Je connais bien la première heure de route, car c’est la même que pour aller à Lyndon Lake, région où j’ai grimpé le Trig M et le Mount Lyndon, fait du kayak sur le lac et où j’ai grimpé le Foggy Peak. C’est ensuite l’inconnu.

La route est magnifique et slalome en une douce montagne russe dans des espaces gigantesques. C’est très sauvage. Je le répète encore et toujours mais prendre la route en Nouvelle-Zélande, ce n’est pas prendre une autoroute rectiligne, c’est entrer dans une véritable aventure.

Chaque grand virage passé amène sur un panorama différent qui à chaque fois me donne des frissons tellement c’est impressionnant.

Lake Pearson, sur la route du parc national de Arthur’s Pass.

La route rejoins la Waimakariri River et la fameuse ligne de chemin de fer historique TranzAlpine qui rejoins Christchurch à Greymouth sur la côte Ouest. La vallée est superbe et très large. La rivière fait presque toute la largeur de la vallée, soit presque 5 kilomètres. C’est un tapis de roches dans lequel l’eau glaciaire aux accents bleu turquoise ou bleu ciel selon la profondeur, se fraye un chemin.

Peu avant le village d’Arthur’s Pass, je m’arrête au village de Bealey pour faire un bout de la Bealey Spur Track. Cela fait un bon moment que je n’ai plus de réseau et je veux surtout rejoindre le premier point de vue afin d’avoir une meilleure vue sur les montagnes et la couverture nuageuse afin de savoir comment je vais organiser mes randonnées de la journée. Les sommets sont dans le brouillard mais le ciel semble se dégager et les nuages monter en altitude.

Je fonce au village d’Arthur’s Pass, mais avant une pause s’impose au très long pont qui traverse la Waimakariri River.

waimakariri-river-nouvelle-zélande-nz

Le pont de la Waimakariri River, Route 73.

Je démarre la Mount Bealey Route. Je vais passer de 754 mètres à 1836 mètres d’altitude. Cela fait une pente moyenne de 30% sur 3,6 kilomètres. Je suis heureux d’avoir fait un bout de la Bealey Spur Track car ça m’a servi aussi d’échauffement.

La rando démarre du parking du poste de police, c’est pas courant. Il faut grimper en forêt et c’est assez compliqué. Il faut faire de grandes enjambées entre les racines des arbres qui servent d’escaliers. Le décor est très beau : tout est recouvert de vert. Je sais que j’ai encore plein d’autres randos et plein de dénivelé à faire donc je prends mon temps pour ne pas me brûler.

À la sortie de la forêt, la vue est superbe. À ma droite se trouve Avalanche Peak dont la crête se poursuis sur Lyell Peak et enfin sur Mount Bealey, là où je vais. Avalanche Peak et recouvert d’une fine couche de neige. Je voulais aussi y grimper mais j’ai bien fait de démarrer par le Mount Bealey car du coup je ne suis pas sûr d’avoir l’équipement pour y aller.

Ça se corse vite : comme très souvent en montagne en NZ, les champs de pierre sont là pour tendre des pièges. Celui-ci est très piégeux, non pas parce qu’il est complexe ou technique, mais parce qu’il est dangereux. Il faut passer par la crête et tout ici est un champ de pierre : la crête et les 2 faces qui tombent presque à pic de chaque côté. La crête doit faire moins de 20 mètres de large.

Je me pause un bon 5 minutes pour regarder comment passer ça en analysant bien le tout. Tout est question de logique et d’équilibre. Le problème c’est que la moindre roche qui glisse ou le moindre pied mal placé peu faire tomber d’autres pierres et faire effet avalanche. Alors il faut faire gaffe et être sûr.

Je remarque tout de même très bien que le côté gauche est bien plus dangereux que le côté droit qui paraît beaucoup plus solide avec plein de très grosses roches et un peu moins pentu. Je fais donc mon chemin en me positionnant plus sur ce coté que l’autre. Tout se passe très bien.

Je fais 300 mètres et me voilà à un autre niveau de difficulté : il y a une petite pointe de 10 mètres de haut et la crête devient plus fine. C’est là que je m’arrête. Je décide de ne pas continuer. En effet, j’ai maintenant une bonne vue sur la suite de la montée qui se corse de plus en plus. La fin est presque une lame de couteau et le Mount Bealey est superbe mais très dangereux et semble instable. La face qui se présente devant moi est une cascade de pierre qui tombe presque à pic.

C’est pas grave. Je ne suis pas alpiniste, je ne suis pas un professionnel de la montagne. Mais je sais tout de même voir le danger et rester les pieds sur terre. C’est là qu’il faut remballer son égo et savoir écouter à la fois son propre corps et raisonnement ainsi que ce qui nous entoure. Il ne faut pas oublier que la Nature est imprévisible et que nous ne sommes rien face à elle. Un accident est si vite arrivé. Je suis déjà très content d’être arrivé à cet endroit. C’était déjà bien coriace !

Il faut que j’aille tout là haut à droite ! Trop dangereux pour moi !

Il n y a tout de même pas à se plaindre : voilà la vue depuis mon petit bout de crête de pierres !

À droite dans le nuage : Avalanche Peak / milieu : Lyell Peak / À gauche en dehors du cadre : Mount Bealey

J’ai donc un peu plus de temps que prévu pour cette journée, alors je décide d’aller voir la cascade Devil’s Punchbowl. C’est un petit chemin de 30 minutes facile, mais après le Mount Bealey, ça paraît difficile : les cuisses brûlent un peu (beaucoup).

La cascade fait 130 mètres de haut et tombe à pic. Le débit est énorme et le petit vent pousse toutes les éclaboussures en plein sur moi. Je suis resté 1 minute et j’étais trempé comme si je sortais de la piscine.

 

C’était le moment humainement intéressant de la journée. Arthur’s Pass est un lieu touristique, nous sommes en début de haute saison touristique (j’y étais en Décembre).

En montagne c’est facile d’esquiver les gens. Mount Bealey, 1086 mètres de dénivelé pour 3 heures de montée : difficile et demande quand même un peu d’expérience = personne. Devils Punchbowl : 30 minutes facile = blindé de monde.

Quand il n’y a personne il n’y a jamais de problème. Quand c’est blindé de monde il y a toujours des problèmes. C’est incroyable. Sentier interdit aux chiens. Qu’est ce que je vois ? Une nana avec son chien. En NZ, on est très à cheval sur la protection de la nature : on ne sort pas des sentiers. Qu’est ce que je vois ? Un jeune grimper à un arbre près de la rivière à 30 mètres du sentier. Sur la plate-forme devant la cascade, tout le monde passe son temps à faire 40 photos qui prennent trois siècles avec des pauses tout le temps différentes pour avoir des likes sur Instagram…

Du coup ça crée une file pour pouvoir accéder au point de vue. Aaaaaah le 21ème Siècle… Aaaaaaaahh, le respect, la jugeote, le je-m’en-foutisme… Ne jamais regarder plus loin que le bout de son nez. C’est terrible et une fois de plus je perds foi en l’humanité. Même un piaf est moins con que ça.

 

À 5 kilomètres de là, je rejoins mon petit camping pour la nuit. Début de la haute saison touristique = premier arrivé premier servi. Je suis là dès 18 heures et nous sommes déjà 5. Nous ne serons au final que 15 sur un très grand terrain. Là pareil, il y a 2 écoles : l’aventure et le confort. Je suis sûr que tout est rempli au village…

À savoir que le camping en NZ est différent de chez nous ou de l’Europe. On appelle ça des Campsites ou des Campground. Ce ne sont pas des campings mais des terrains dédiés et aménagés pour le camping. Pas de réservation, pas de réception, pas de piscine, pas de lavabo, généralement pas de douche. Pour ça, il faut aller dans ce que l’on appelle un Holiday Park.

Un camping ici en gros c’est un champ avec une toilette sèche. Terminé.

Ces sites sont généralement des sites gérés par le DOC (Department Of Conservation) et il faut payer 8$ par personne par nuit. C’est un genre de petite taxe pour l’entretien du terrain et des toilettes, mais aussi pour les sentiers de randonnées gérés par le DOC.

Je glisse toujours un billet de 10$ car toutes les randos gérées par le DOC que j’ai faite, c’est impeccable et très bien fait, très bien repéré. Là, encore une fois, les toilettes sèches sont aussi propres qu’ à la maison et ça ne pue pas. Ils font vraiment un boulot au top du top.

Le Klondyke Campsite est très venteux. Il se situe à côté de la Waimakariri River et au croisement de 3 vallées ! Le lieu est superbe et sauvage. Par contre, mon gas cooker rechigne à faire bouillir mon eau… Malgré toute la protection que je lui donne (planqué derrière la porte de la voiture, entouré avec mon bidon de 10 Litres d’eau et mon sac à dos), le vent pousse la flamme. Je n’aurai que de l’eau bien chaude… C’est la première fois que je mets 30 minutes pour faire des pâtes, haha.

On annonce une nuit à 4 degrés. Il n’avait déjà pas fait plus de 10 dans la journée alors que je ne suis « que » à 750 mètres d’altitude. Vive la montagne. Même si il a fait beau ce jour là, l’été, on ne sait pas ce que c’est dans les Alpes néo-zélandaises…

Enfin, j’ai prévu le coup. J’ai 4 couches qui me servent de couverture et mon matelas en mousse est bien confortable. J’étais bien au chaud dans le coffre de mon Gordon qui, une fois de plus, montre sa polyvalence exceptionnelle. Je fais tout avec : déménagements, kayak, vélo, lit, maison… Je l’ai sûrement déjà dit mais je peux allonger mon 1m80 sans toucher le hayon.

Juste derrière moi voiture, au Klondyke Corner Campsite. Le paradis !

Ce qui est bien quand on est dans la nature comme ça, c’est que l’on peut vivre comme on devrait vivre : l’horloge et l’heure n’existent plus.

C’est le soleil que l’on regarde et que l’on suit, à l’ancienne. Quand la pénombre arrive, on va se coucher. Quand le soleil se lève, on se réveille.

Le sommeil est important (il occupe presque 1/3 de notre vie!) et je pense que presque tout le monde aime dormir. Quand on se réveille non pas en sursaut par un réveil mais par les premières lueurs du soleil, d’une façon on ne peut plus naturelle, là on se sent en vie et on se sent un être humain.

 

Il est 6h30. Je dois rouler 10 petits kilomètres pour rejoindre la Otira Valley Track.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé cette nuit là, mais je crois que j’ai été embarqué par des extra-terrestres sur l’exoplanète NZ2263B.

Le climat est Dan-tesque ! Et terriblement inquiétant… Les sommets des montagnes fument, les nuages se mouvent comme des ombres chinoises, un long nuage sans fin se fait pousser par un vent puissant dans une vallée tellement petite qu’on peut la traverser en faisant deux pas.

Devant un tel accueil et une telle démonstration de force, je me fais tout petit. J’enfile ma combinaison (mon manteau), mon casque spatial (ma capuche) et mes gants. Une fois ma réserve d’oxygène sur moi (mon sac à dos), j’entame le début du sentier qui se faufile au milieu de la Otira Valley.

À ma droite, un nuage passant derrière Avalanche Peak se transforme subitement en une main qui se plie en un poing (je ne blague pas !). Derrière moi, cette longue langue de vapeur défile toujours. Au loin, les sommets Cassidy et Blimit, enneigés, se cachent et se montrent toutes les 2 minutes, au gré des nuages qui passent.

L’exoplanète NZ2263B est fascinante. Je suis face à des paysages uniques, dans une ambiance de ténèbres, sous une lumière que je n’ai jamais vue. Le Mount Cook, c’est du pipi de chat à coté. À mesure que je monte, ça s’amplifie.

Le sentier rejoins la Otira River qui prend sa source tout au bout de la vallée. Son eau glaciaire est transparente comme l’air. En y trempant mon doigt, je peux sentir sa forte odeur de roche qui prend instantanément au nez.

Après 1 heure de marche, le sentier disparaît. Pour aller au fond de la vallée, il faut traverser encore un de ces fameux champs de pierre. Celui est très correct, peu pentu. Je presse tout de même un peu le pas car il doit faire pas loin d’un kilomètre en longueur. Plus on y reste longtemps et plus on s’expose au danger.

À ma gauche, la montagne est percée d’une multitude de cascades qui rejoignent la Otira River. Toute cette eau présente sur la face permet à la verdure de pousser. À ma droite, un mur de pierre froid, féroce et tailladé se dresse. Devant moi, le bout de la vallée avec le Mount Philistine (1967m) sur la gauche et le Mount Rolleston (2275m) sur la droite. Cela forme un circ de pierres partiellement recouvert des restes d’un glacier, la source de la Otira River.

À ma gauche…

… Et à ma droite ! Deux paysages bien différents qui se font pourtant face de quelques petites centaines de mètres seulement !

Maintenant en milieu de matinée, le climat s’est un peu calmé, mais la puissance de la montagne est toujours aussi majestueuse. À maintenant 30 mètres de moi, j’approche le bout du glacier comme si c’était une rencontre du troisième type…

La Otira Valley est pour moi le plus bel endroit que j’ai pu voir en 2 ans dans ce pays. Totalement irréel ! Aucun mots pour décrire la sensation que j’ai eue pendant ces heures de marche.

Vue panoramique sur la Otira Valley

Vue sur le Mount Rolleston

Seul sur la mer de pierres, de plus en plus près du Mount Rolleston !

Les détails du Mount Rolleston sont magnifiques de puissance…

C’est comme ça qu’on est accueilli au paradis !

L’après-midi, je vais sur la cote Ouest. Changement de décor ! Revoilà un petit bout de plaine avec des champs et des fermes. Je m’arrête à Te Kinga pour grimper en partie la montagne du même nom. Aller à son sommet prend 8 heures. La forêt native sub-tropicale est magnifique et couverte de vert du sol à la cime des arbres.

Puis je rejoins Moana et le Holiday Park où je vais passer la nuit. Cette fois il y a des douches et même une cuisine et un salon à disposition. Le soir, je suis allé au restaurant et il y avait plein de photos d’époque qui montraient les conditions du travail du bois dans les années 1900-1940 et aussi des photos des scieries. Intéressant d’avoir le témoignage visuel de cette petite ville.

Le lac Brunner, à Moana. Vue sur le Mount Te Kinga.

Levé de soleil, Moana

Je rebrousse chemin vers Arthur’s Pass en m’arrêtant dans le petit village de Otira. Un village fantôme qui ne l’est pas encore. C’est un vrai voyage dans le temps. Les quelques maisons sont encore d’époque, tout comme les poteaux électriques en bois tout tordus recouverts de mousse. On a pas encore l’asphalte…

Vue sur le village de Otira, retour dans le passé

Je décide de faire le Bealey Valley Track. Celui-ci démarre par la forêt, superbe et toute verte de partout comme à Te Kinga. Le climat est menaçant comme un vrai climat de montagne, mais l’ambiance est différente de la veille à Otira Valley. C’est dailleurs étonnant à quel point cette vallée est différente de Otira alors qu’elles sont voisines ! À vol d’oiseau, il n y a même pas 1 kilomètre.

La forêt se transforme vite en un long champs de pierres, encore une fois. La Bealey River se faufile au milieu d’un enchevêtrement de pierres de toutes les tailles imaginables. C’est très compliqué d’avancer convenablement car le terrain est exigent. Sur les cotés je vois des lapins sauvages sautiller tout comme je sautille entre les rochers.

Pareil, pas de sentier ici. Il faut naviguer à l’œil et utiliser sa tête. Rester sur le coté gauche de la rivière s’est avéré le meilleur choix. Il a tout de même fallut que je passe au milieu une fois avant de revenir à gauche. Mes chaussures étanches m’ont vraiment bien servies. Puis il a fallut que je contourne un énorme rocher de peut être 5 mètres de haut en escaladant sur le coté. Problème : ce gros rocher était coincé dans un encore plus gros morceau d’une matière différente : le limestone. Le limestone c’est hyper friable. Il faut tester ses prises plus d’une fois et faire très attention.

Une fois cette dernière difficulté passée, je me retrouve coincé dans le fond de la vallée : tout au bout, la roche se resserre fermement puis est bloquée par une haute langue de glace qui vient du Mount Lancelot (2112m). À droite, deux grandes cascades descendent de la montagne. C’est superbe !! Passer ce terrain exigent valait le coup.

Et voilà le moment du retour, que je fais tranquillement. Je m’arrête un peu partout, comme au viaduc de la Otira Valley et le long de la Waimakariri River, absolument magnifique tout comme la route qui traverse cette partie des Alpes néo-zélandaises.

Otira valley Viaduct

Vue sur la Waimakariri River, depuis la Route 73

Vue sur la Waimakariri River, depuis la Route 73

Pont au-dessus de la Cass River, Route 73

La Nouvelle-Zélande, c’est ce pays où chaque roadtrip est une aventure hors du commun dans des paysages littéralement époustouflants. La nature dans son état le plus pur. La très faible population de l’île du Sud permet une vraie immersion interplanétaire !

En savoir plus sur Arthur’s Pass : visitez le site du DOC (Department Of Conservation)

Aymeric – Pictures From The World
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Trouver sa place : mon histoire (expatriation NZ)

Le 27 Novembre 2017, je publiais un article intitulé « Quelle est votre mission ? ». Je parle de mes expériences de voyages et mon expatriation qui ont plus ou moins réussi et qui m’ont mené après 3 années de vadrouilles à ma mission de vie : je voulais voyager toute ma vie au lieu de travailler toute ma vie.

Je voulais éviter à tout prix d’être cette personne qui n’a rien fait de sa vie, qui est restée enfermé chez elle, qui n’a pas su se trouver, qui n’a fait que de travailler au lieu de profiter de chaque instant.

Tout cela est vrai. J’ai profité longtemps, j’ai été libre d’aller où je voulais et de faire ce que je voulais pendant quelques années. Si je remet le contexte de cette période où j’ai écrit cet article, en vrai, je voulais juste trouver ma place dans un monde que je n’aimais pas. En vrai, je voulais surtout voyager dans suffisamment de pays pour choisir celui dans lequel refaire ma nouvelle vie.

Voyager pendant presque 5 ans m’avait appris énormément de choses, bien plus que de rester chez moi, cela va de soi. Grâce à ça, j’ai compris qui j’étais, ce que je voulais et ce que je voulais faire de ma vie. Ça paraît banal mais c’est la base de tout. C’est le gouvernail de la vie.

Alors je voyageais, je rentrais en France remettre mon compte en banque à niveau et je repartais. Jusqu’à un moment où je suis arrivé sur un os. Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus continuer comme ça, que chaque retour en France et retour au travail devenait de plus en plus douloureux et compliqué à vivre. Il fallait que ça cesse.

C’est ce que je vous raconte dans cet article. Je vous livre dans les grandes lignes mon expérience personnelle et tout le cheminement qui à fait que oui, ça y est, je l’ai trouvé mon petit coin de paradis !!

Sur les pentes de roches pendant l’ascension du Foggy Peak, Arthur’s Pass, île du Sud, Nouvelle-Zélande

Trouver ma place

C’est en ce beau dimanche matin bien ensoleillé que je sors de l’aéroport international d’Auckland. Je m’assoie sur un banc devant le parking des taxis pour me poser 10 minutes afin de réaliser où je suis : au bout du monde.

Je regarde le futur, qui s’annonce palpitant : pas de moyen de transport, pas de travail, pas de toit sous lequel dormir. J’ai tout abandonné en France. Comme tous les backpackers, ma maison est maintenant mon sac à dos, un outil indispensable, tout comme de bonnes chaussures et une petite réserve sur son compte en banque au cas où ça tournerait mal.

Je suis donc dans l’inconnu, mais je sais ce que je fais. Ce n’est ni la première fois que je voyage, ni la première fois que j’arrive à l’étranger sans rien. Ces 5 dernières années, je les ai passées la plupart du temps à l’étranger, dans un tour du monde qui n’en était pas un. Mon but : trouver ma place dans un monde que je n’aime pas.

 

Les débuts : pourquoi moi ?

J’ai commencé en 2014 avec le Canada, sans vraiment le vouloir. Une opportunité, 45 candidats, un seul retenu : c’était moi… Je suis tombé de ma chaise, sans voix. Je n’y ai jamais cru, je n’ai jamais poussé, je n’avais même pas une motivation réelle. Et pourtant. J’étais littéralement choqué car, dans la réalité, je n’avais rien demandé.

Devant l’ampleur soudaine de ce qui m’arrivait, ne sachant même plus quoi faire, j’ai pensé à dire que j’avais changé d’avis et qu’ils devaient chercher un autre type pour me remplacer. Mais comment reculer ?

Je veux dire, comment après en être arrivé là, après m’être déplacé deux fois à Paris, après avoir passé un entretien, après avoir passé la pré-sélection, après avoir passé 4 heures de tests en mathématique et un test psychologique dans une salle à l’odeur immonde, après avoir été le seul sur 45 appliquant à être retenu.

C’est dingue, c’est que je dois y aller, c’est que ça doit vraiment valoir le coup. Alors j’ai mis le pied à l’étrier et je suis parti sans aucune prétention dans ma nouvelle aventure.

Et puis les mois sont passés. Tout allait bien, je me plaisais plutôt bien. J’avais un bon niveau de vie, bien meilleur qu’en France. Non loin des États-Unis, je passais régulièrement la frontière pour de longs week-end dans ma ville préférée, j’ai nommé New York. Je faisais des roadtrips un peu partout au Québec, et aussi aux USA.

Le boulot que j’avais était super intéressant, dans une très grande entreprise avec de gros marchés. Je travaillais en 5/4 : 5 jours de travail, 5 jours de repos, 5 jours de travail, 4 jours de repos, 4 jours de travail, 5 jours de repos, etc. Et en alternance jour / nuit, 12 heures par poste. Au début, c’était génial. Je faisais 60 heures et j’avais 5 jours de repos, c’était fantastique. Je profitais à fond, je faisais du vélo, de la randonnée, je voyageais, j’allais à la musculation…

Et avec les mois qui passaient et la fatigue qui s’accumulait, les jours de repos devenaient vraiment des jours de repos : le lit était devenu mon meilleur ami.

Coucher de soleil sur la rue principale de Trois-Rivières, la ville où j’habitais.

Premier sentiment de liberté

Et puis je voulais voyager, je voulais voir du pays. Je me disais que je pouvais faire un roadtrip géant entre Canada, USA et Mexique. Mes projets de voyages étaient démultipliés et la « wishlist » devenait sans fin. Je n’arrivais jamais à court d’idées.

Quand on est venu me voir pour me dire qu’on voulait me garder et me prolonger mon visa de travail pour 2 ans supplémentaires, j’ai dit non après quelques semaines de réflexion. Je ne me voyais pas tenir ce rythme 2 ans de plus. À la place, je partais à l’aventure réaliser mes petits rêves. Je ne voulais pas regretter. « C’est maintenant qu’il faut en profiter ».

J’ai pris ma voiture, j’ai traversé tout le Canada de la charmante Trois-Rivières jusqu’à Vancouver. Et une fois arrivé là, j’ai vu la frontière à 30 minutes de route, alors je l’ai naturellement passée. J’ai rejoins Los Angeles, puis j’ai tout traversé jusqu’à New York, en passant par Chicago, Indianapolis, Pittsburgh et Washington DC.

Après avoir conclu en beauté à New York, je suis revenu à ma petite Trois-Rivières, j’ai fait mes valises, j’ai vendu toutes mes affaires et je suis retourné en France après un peu plus d’un an et demi de l’autre coté de l’Atlantique.

Ce voyage avait été dingue : livré à moi- même, libre d’aller où je voulais et de faire ce que je voulais, quand je voulais et avec qui je voulais. J’ai dormi chez les locaux, ou dans ma voiture à la belle étoile quand ce n’était pas possible. J’ai fait, vu et vécu des choses que jamais je n’aurais pensé possible en restant dans mon petit train de vie.

C’était un rêve éveillé, et je ne voulais surtout pas qu’il s’arrête. J’étais devenu accroc. Je voulais faire du voyage ma vie et j’avais une liste de pays a visiter qui prenait une page entière.

Le lac Moraine, le moment le plus superlatif de tout le roadtrip !

Premier retour en France : catastrophe !

De retour en France, cette idée s’était confirmée très rapidement. J’ai vécu le choc des cultures quand je suis arrivé au Canada. Mais quand on vit à l’étranger suffisamment longtemps sans revenir, il y a aussi le choc des cultures au retour !

On rentre chez soi, mais on ne sent plus chez soi. Je croyais tout connaître, mais en fait je ne connaissais rien ! C’était une galère sans nom, et j’ai bien pédalé dans la semoule. Revenir dans son pays et ne plus s’y sentir chez soi, c’est dur.

Et c’est encore plus dur quand on ne s’y attends pas, mais alors vraiment pas. J’ai vraiment pris une grosse claque en revenant. Je redécouvrais simplement mon propre pays avec une vision totalement différente.

Je n’avais pas oublié les images, les paysages, ce à quoi ressemble la France visuellement. J’avais juste oublié la mentalité et le comportement des gens.  J’avais sous mes yeux un bordel sans nom. Autour de moi, plein de monde qui ne me semblait pas humain tellement c’était rempli de morosité et d’agressivité.

Je n’ai pas mis longtemps à ne plus me sentir à l’aise. Dès la douane à l’aéroport, ça commençait. Pas un sourire, pas un bonjour, ou un regard ni un bienvenue chez vous. Au lieu de ça, j’ai eu droit à un : «Eh ! Enlevez votre casquette ! », sur un ton hautain, grave, nerveux, froid, irrespectueux, et tout ce que vous voulez. Puis ça n’a pas arrêté.

Tout m’a sauté aux yeux d’un seul coup, en quelques minutes. Un enchaînement fou. Absolument tout le contraire de ce que j’avais vécu au Canada.

Je passe sur mes recherches d’emploi que j’ai du faire avec l’aide de gens jaloux, totalement désintéressés, à la zone de confort aussi riquiqui qu’un raisin sec et à l’esprit aussi fermé qu’une porte de coffre fort…

Où sont les sourires, la bonne humeur, la communication ? Bref, je vais m’arrêter là, car le portrait que je fais de mon pays n’est pas rose du tout, tout comme bon nombre d’expatriés qui reviennent. J’ai tenu 5 mois. C’était très long. Devant tant d’agression, je n’avais qu’une seule idée en tête : partir, loin, le plus vite possible.

New Brighton Pier, Christchurch, Nouvelle-Zélande

Vite, de l’air !

Quand j’ai mis les pieds à Bali en 2016, j’étais bien comme jamais. 3 semaines de retour aux sources avant d’attaquer mon PVT d’un an en Australie. C’était en fait ma première tentative de non-retour. Je l’ai ratée comme un bleu alors que je l’avais préparé comme un dieu.

J’ai dû repartir au bout de 4 mois. J’ai tout de même appris énormément de choses de cette expérience, mais avec les années de recul, je m’en veut à mort. C’est totalement de ma faute. J’ai vraiment fait le con. Je vais être clair : ne pas avoir suffisamment de fonds, c’est une chose, mais ne pas avoir assez de couilles, ça en est une autre.

Si j’ai bien appris quelque chose c’est de me botter les fesses quand j’arrive devant un obstacle. J’ai bossé 2 mois, j’ai voyagé 1 mois dans le pays et après, au lieu de trouver un autre boulot pour continuer, je ne sais pas ce qui s’est passé mais j’ai pris la fuite, la solution du loser en herbe. Je me hais encore maintenant pour ça. Aujourd’hui à 31 ans, je n’ai que deux regrets : avoir fait un crédit pour une voiture et avoir abandonné mon PVT Australie. Ne faites jamais ça.

J’ai rencontré des gens incroyables qui m’ont ouvert l’esprit et vécu de nombreux moments qui m’ont vraiment marqués à vie. J’ai fait un boulot complètement délirant qui m’a totalement sorti de ma zone de confort. Et rien que pour ça, je me dit que j’ai quand même fait quelque chose de bien. Ça rattrape un peu ma bêtise.

Dans le fond, je pense que j’étais juste un jeune gars pas sûr de lui, trop seul et un peu trop loin de sa zone de confort. C’était trop gros pour moi.

Me voilà à passer deux autres semaines à Bali puis une semaine à Singapour, un très chouette petit pays, avant le deuxième et inexorable retour en France. Celui là, contrairement au premier, je l’avais préparé à l’avance, histoire de ne pas prendre un autre uppercut. Car à ce moment là, je n’avais aucun de plan de sortie…

Coucher de soleil aux Ïles Whitsunday, Australie

 

Deuxième retour en France : recommencer à 0

On est en Octobre 2016. Je retourne pour la deuxième fois en France avec 1400 Euros sur mon compte. On peut penser que c’est beaucoup, mais quand on a pas de logement, pas de transport, pas de travail, je peux vous dire que 1,400 Euros ce n’est pas beaucoup, même si je n’étais pas encore à la rue.

Je pensais y arriver avec l’Autralie, mais me revoilà encore une fois à la case départ. Les cartes étaient remises sur la table. Avec cette somme et zéro revenus, je ne pouvais pas faire grand chose que de rester planqué chez moi, enfin, chez mes parents.

Je réfléchissais aussi beaucoup. Je me demandais si il ne fallait pas enfin me poser. C’était un peu compliqué, car même si avec ma préparation mentale je m’en sortais beaucoup mieux sur le plan du retour de choc de culture, je ne sentais toujours pas le fait de me réinstaller en France.

J’avais l’impression de revenir au début, d’avoir juste fini mes études et de chercher mon premier boulot. C’était comme si tout ce que j’avais fait depuis mon départ au Canada en 2014 ne s’était jamais réalisé. J’étais assez frustré. Je voulais me poser, mais pas en France où je ne me reconnaissais plus.

Avec mes amis, la « colle » n’était plus vraiment là, ce n’était plus vraiment comme avant, résultat de la distance et des chemins de vies trop opposés.

 

Que faire ?

Il fallait que je continue de chercher mon petit coin de bonheur, mais mon compte en banque ne me le permettait pas. Le seul plan qui se proposait était celui du retour au monde du travail. Il fallait que je repasse du coté obscur de la Force, me retrouver enfermé entre quatre murs après avoir vécu et ressenti toute cette liberté.

Alors, comme je l’avais appris avec mon échec australien, je me suis botté le cul. Il me fallait du travail, et il me le fallait le plus vite possible.

En 3 semaines, je décrochais un entretien. Le boulot était à 35 kilomètres, mais je ne pouvais pas refuser. J’avais 2 semaines pour trouver une voiture, avec un budget au ras des pâquerettes : moins de 1,000 Euros. Sur un petit coup de tête, je fini en Citroën Saxo. Encore une fois, j’avais l’impression de revenir à zéro alors que j’avais à cette époque 28 ans. Me voilà avec la pire voiture que je n’ai jamais eue. Elle ne passait même pas le Contrôle Technique à cause de la pollution.

Ma fameuse Saxo, qui m’a quand même vraiment bien servie !

Au boulot, c’était compliqué. Je travaillais avec de la fonte. C’était poussiéreux, ça collait à la peau. Tous les soirs, de la poussière de fonte me sortais du nez en me mouchant. L’entreprise était vieille, tout était à l’ancienne.

Cette année là, l’hiver était arrivé en avance et en début décembre, sous la neige et les températures négatives, pas de chauffage, courants d’air à travers les vitres fissurées et lumière blafarde.

Je me souvient encore le délire quand il fallait vérifier les fuites sur les pièces : le produit gelait directement au contact de la fonte, rendant le travail impossible. Je faisais des retouches de peinture sur les produits finis dans un hangar avec le toit troué de partout, je marchais dans des flaques d’eau à longueur de journée et la pluie ou la neige me tombait dessus. J’ai fait de l’usinage avec une machine dont le châssis était fissuré.

Le pire boulot et la pire entreprise que je n’ai jamais faite ! J’ai tenu 1 mois et demi et encore, c’était uniquement parce qu’il me fallait de l’argent pour redémarrer.

Ma voiture enfin fiabilisée et mon compte en banque revenu à peu près à la normale, j’attaquais déjà une autre page du livre de mon deuxième retour en France. Je vivais encore totalement au jour le jour. Je ne pensais plus au futur, à ce que je voulais faire, ni aux conséquences de ce que je faisais. Ce dont j’étais sûr, c’est qu’il allait falloir que je reste pour plusieurs mois, voire quelques années.

 

S’accrocher…

Me voilà arrivé dans une toute petite entreprise de 2 personnes, patron inclus. Ma plus grande crainte : le doute que ça peut créer d’embaucher quelqu’un qui bouge tout le temps et qui voyage si longtemps. Je craignais les questions sur ce sujet au plus haut point car je suis quelqu’un de plutôt honnête et je ne voulais pas perdre une place à cause de ça.

Évidemment, je n’y ai pas échappé et c’est bien normal. Alors j’ai dit que j’arrêtais sérieusement mes délires de voyages et d’expatriations.

Ce demi-mensonge a tout de même failli se réaliser. Je n’étais pas au boulot, j’étais à la maison. Atelier tout neuf, musique, à la campagne, environnement peu bruyant, pas de poids lourd à porter. Le seul défaut comme souvent en production c’est de rester debout toute la journée, mais à part ça je n’avais rien à redire.

Je me disais qu’après toutes ces années, tous ces boulots et toutes ces entreprises, c’était la cerise sur le gâteau. Mais il y a toujours un mais. La vie n’est jamais facile et les courants changent sans prévenir.

Ski à La Balme. « Faire ce que l’on aime le plus souvent possible ». Ce n’était malheureusement pas si souvent.

… Avant la descente

Après plusieurs mois, le contre-coup de mon ancienne vie de voyageur m’est arrivé dessus. C’était doux et subtil mais suffisant pour me disjoncter le cerveau. Ajouté à ça, mon père avait eu un cancer qui a été guéri, puis un deuxième, guéri lui aussi. Même si tout s’est bien passé, ça fait toujours de gros moments de réflexion sur la vie et sur l’avenir dans ma tête.

De plus, j’avais du mal à me refaire des amis ou à améliorer des liens déjà faits. À vrai dire, je connaissais plus de monde à l’étranger que chez moi !

Les flash-back de mes années à l’étranger n’arrêtaient pas. J’étais là, revenu chez moi, revenu dans une routine que je voulais auparavant abandonner à tout prix. C’était dur, et j’étais assez seul.

Je ne voulais pas en parler car je ne pensais pas que quelqu’un puisse comprendre ce que je vivais étant donné le décalage entre mes expériences et celles des gens que je connaissais. C’était peut être une erreur mais j’y croyais tellement. La seule personne à qui je m’ouvrais un peu était ma meilleure amie.

Ça me retournais et je commençais à bien sentir la différence entre ce que je faisais à l’instant et ce que mes valeurs, mes envies et mes projets étaient. Ça ne collait pas, et c’était évident.

J’étais revenu tant bien que mal sur un fil qui n’était en fait pas le bon. Parce que oui, ma première idée était de faire de grosses économies pour repartir, puis avec ce travail je suis revenu dans une normalité qui m’allait finalement pas si mal. Je ne pensais que vaguement à toute cette idée de repartir.

Mais me voilà à nouveau perdu, à nouveau seul, à nouveau face à une page qui ne demande décidément qu’à se tourner. Tout cela me prenait la tête et je faisais des erreurs bêtes au boulot à cause de ça car j’étais trop dans la Lune.

Ça m’a valut des passages au bureau et, moi qui aime tant vouloir bien faire, je ne savais plus comment m’excuser auprès de mon collègue qui devait se taper le rattrapage de mes erreurs. Tout allait bien et j’ai foutu la merde.

J’étais vraiment perdu mais je ne le montrait pas car je ne voulais pas aborder ce sujet. Je n’est jamais vraiment été un grand communiquant non plus. Je voulais être sûr pour ne pas faire d’erreur et éviter d’être influencé par quoique ce soit. Car cette fois, je sentais vraiment que ça serait la dernière.

Cela demande tellement d’efforts et d’énergie de revenir à zéro que je savais déjà que si je devais repartir ce serait pour la dernière fois. Alors je me suis donné le temps.

Voilà le genre d’images que j’avais en tête pendant que je bossais. Jasper, Rocheuses canadiennes. De sacrés souvenirs.

Un voyage en Slovénie s’est révélé déterminant

Je passais mes week-end à randonner au Luxembourg. Quand je n’étais pas au Luxembourg, j’étais dans les Vosges. et je roulais 900 kilomètres pour rendre visite à mon père une fois par mois pendant son traitement pour le cancer. Tout ça m’aidait à réfléchir. Car pour réfléchir à de si grands projets, à un choix de vie tel, il faut beaucoup d’espace.

En Août 2017, j’ai passé toutes mes vacances d’été à faire du camping, du vélo et de la randonnée en Slovénie. Le meilleur voyage que je n’avais pas fait depuis longtemps ! Ce pays est extraordinaire. La culture et les valeurs de ses habitants sont tout simplement incroyables. Ça m’a retourné dans l’autre sens. C’était tellement magnifique. Et c’était aussi parfait car je pouvais avoir une comparaison directe entre le retour à la liberté ou le retour à la routine.

Le verdict s’est amplifié : J’en avais marre. Je ne savais même plus ce que je faisais en France. La mentalité et la morosité ambiante m’agaçaient à nouveau. Je ne voyais ici aucun futur pour moi. Depuis 2014, j’avais passé 60% de mon temps à l’étranger. Tout le reste, j’étais dans mon pays à me demander pourquoi j’y étais, dans un environnement qui ne me correspondait plus.

Un mois plus tard, je me suis vraiment pausé. Il fallait vraiment que je me décide et que j’augmente le niveau de sérieux. Ça ne pouvait plus continuer comme ça. Je suis parti dans les Vosges et j’ai fait en sorte de me perdre dans la nature.

Je me suis assis devant un splendide panorama et je me suis dit que c’était maintenant qu’il fallait que je me décide et que ça suffisait les questionnements, les « si », les « mais si », les « peut-être », etc. La réponse, personne ne va me la donner. Il n’y a que moi qui peut prendre la décision.

Col de Vrsic, Slovénie

 

Le choix de ma vie

Le fruit des mes mois de réflexion m’ont porté sur plusieurs choix sérieux. :

  • Le grand classique : boulot, bagnole, maison,…
  • Moins classique : faire le tour de France par les Grands Sentiers de Randonnées, en semi- autonomie.
  • M’acheter un petit van pour l’aménager avec un lit et une petite cuisine, direction le tour d’Europe.
  • Beaucoup plus ambitieux mais connu : l’expatriation.

Je n’ai jamais aimé faire comme tout le monde, je n’ai jamais envié celle ou celui qui avait une maison et une vie de famille. Pour moi à cette époque, ça rimait avec endettement, hautes responsabilités et emmerdements.

Les deux projets de voyage au long court en semi-autonomie me motivaient beaucoup. Mais après 1 ou 2 ans, qu’allait-il se passer à la fin ? Encore l’inexorable retour à la case départ que je ne voulais absolument plus du tout, car le budget que j’avais aurait été complètement pompé par le projet.

Le quatrième projet était beaucoup plus viable car le fait de pouvoir travailler entretien toujours les finances et permet au final de partir autant que voulu. Encore faut-il ne pas se planter de pays ! Je n’avais plus de seconde chance et c’était cette fois beaucoup plus sérieux que l’épisode du Canada.

Il me fallait un pays dont je connaissais la langue, suffisamment développé pour avoir un train de vie correct, faisable du point de vue immigration et visa et avec une mentalité assez proche du Canada, sans son hiver à rallonge. J’étais tombé sur la Nouvelle-Zélande, qui est certes très loin, mais correspondait à mes critères.

En plus, comme j’avais 29 ans, je pouvais avoir le PVT Nouvelle-Zélande qui me donnait déjà une bonne année afin de m’assurer de la faisabilité sur place avec une extension de 3 mois possible.

Planqué dans ma chambre, j’ai fait ma demande de visa en douce. Personne ne l’a su. Je ne l’ai annoncé à ma famille et mes amis que quelques mois avant mon départ.

J’allais travailler tout à fait normalement, comme si de rien était. Je ne voulais pas d’interférence ou de prise de tête inutile. Je ne voulais pas trop que ma famille et mes amis aient le temps de réaliser ce que je faisais réellement.

J’avais décidé de partir sans revenir, pour de vrai. Je savais déjà la difficulté d’acceptation. J’ai préféré préserver et tout décaler au plus tard pour prendre un peu par surprise. Dans le fond, beaucoup de monde savait déjà que je voulais repartir quand je suis revenu en France. Mais beaucoup de monde avait aussi passé ça dans un coin tout au fond de la tête avec le temps.

Le Hohneck, Vosges, France

Passer aux aveux

En Février 2018, j’ai profité d’une énième erreur et d’un passage au bureau supplémentaire pour le dire, à demi-mot. Cette fois, mon patron était assez énervé. Je savais que j’allais me faire engueuler et sincèrement, j’aurais fait pareil à sa place. Mon collègue, qui était là aussi, ne disait pas grand chose, mais je pense qu’il approuvait dans sa tête tout ce qui se disait.

Je connaissais parfaitement tout le chemin qui avait fait que j’étais ici à cette table. Moi aussi j’approuvais, c’était le comble. Je savais tout : le pourquoi, le comment. C’était horrible. J’étais tellement désolé, je ne savais pas quoi dire et je ne savais plus où me mettre.

C’était dur, mais c’était de ma faute à 100%. Je ne l’avais pas mal prit. J’avais toutes les réponses mais je n’ai ouvert le bec que ce jour là. J’ai dit une toute petite partie de mes tracas, vraiment infime. Pour moi, la vie privée n’a pas à intervenir au travail donc j’ai été à la fois très rapide et très brouillon.

Vue sur des falaises impressionnante le long du Te Henga Walkway, région d’Auckland.

Le dernier au revoir

En attendant, je quittais la France. Je savais ce que je voulais – ne pas revenir en France – mais je ne savais pas où je mettais les pieds non plus. On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne. Mais je me disais que j’y étais enfin, que mon rêve de trouver ma place allait se réaliser.

J’étais presque pressé mais je gardais les pieds sur terre. Ça n’allait forcément pas être facile et le challenge de partir sans revenir avait de fortes chances d’être de haut niveau.

Ça n’a pas manqué. J’ai eu mon lot de stress et de déboires, logique. J’ai réussi mon PVT, j’ai fait mon extension de 3 mois et j’ai pu passer sur un visa de travail. Tout ça m’a prit 1 an et demi. C’était long, compliqué, dur. Au delà des dépenses liées à l’immigration, il a fallut vraiment bouger mon cul pour y arriver, plus que pour tout le reste.

Mais voilà, j’y suis, j’y suis arrivé et je suis heureux. Je vis dans une super ville, dans un super pays, j’ai un super boulot, des collègues géniaux. Je vis dans mon appartement, j’ai ma voiture et j’ai même une copine.

Ma vie a vraiment recommencée et les changements et sacrifices que j’ai dû faire ont vraiment été de bonnes choses. Je mène maintenant une vie qui me plaît dans un pays qui me plaît.

J’ai encore quelques gros challenges pour avoir ma Résidence Permanente mais je ne quitterai la Nouvelle-Zélande pour rien au monde !

Vue imprenable sur le Mount Cook! Nouvelle-Zélande

Aymeric – Pictures From The World
Qui suis-je?

Nouvelle-Zélande : découvrir le Northland !

Mon premier boulot en Nouvelle-Zélande terminé, mes économies réalisées, c’est parti pour un roadtrip dans le Northland !

Mon trajet !

C’est peut être la région la moins visitée, ou celle qui a « le moins d’attrait » du pays. C’est le fameux « n’y va pas, il n’y a rien à faire », ou encore « bof, je l’ai fait, ça m’a pris 3 jours et je me suis ennuyé ».

Alors oui, c’est vrai, dans le Northland, il n’y a pas grand chose. Il n’y a pas grand monde non plus, surtout pour les touristes. Ils sont déjà peu nombreux, mais encore moins que d’habitude pour cause de saison hivernale.

Mais si on sait apprécier l’instant présent, faire preuve de patience, d’ouvrir ses yeux et ses oreilles, croyez-moi, vous ne vous ennuierez nulle part.

C’est comme l’art. Accrochez un tableau parfaitement monochrome et demandez ce que les gens en pensent. Certains n’en auront rien à cirer, d’autres en auront les larmes aux yeux devant tant de beauté.

Depuis la Route 12, aux alentours de Whirinaki, côte Ouest.

Premières découvertes dans l’arrière pays néo-zélandais. Il y a déjà une chose qui m’a fait sourire. Quand on prend la State Highway 1 en direction du Northland, il y a un péage. C’est un des rares péages du pays, demandant seulement 2,30$. Tout à fait légitime, car il faut bien entretenir les routes (ce qu’ils font à merveille, on voit où l’argent va). Eh bien figurez-vous qu’avant ce péage, d’énormes panneaux, répétés 3 fois sur 3 kilomètres, vous indiquent une route alternative gratuite… ! Si ça c’est pas une mentalité différente…

Le musée des Kauri

Le Kauri est un arbre typique de la Nouvelle-Zélande. Et il est en voie de disparition à cause d’une maladie incurable appelée « Dieback Kauri Tree ». C’est un germe qui se promène dans les sols et qui attaque uniquement les Kauri. Ils se dessèchent, perdent leurs feuilles, leur sève suinte de partout. Le germe se répand uniquement par le sol, et le simple fait de marcher en forêt a un effet « pollinisation » par la semelle de chaussure.

Pour tenter de diminuer la pandémie, le DOC (Department Of Conservation), qui gère tous les sentiers de randonnée et les parcs du pays, a mis en place des stations de désinfection des chaussures que l’on retrouve à chaque départ de randonnée, mais aussi à plusieurs croisements de sentiers.

Station de nettoyage des chaussures (et le spray antiseptique caché sur la droite)

Il est aussi interdit de sortir des sentiers, ce que les néo-zélandais respectent comme jamais. Ah, encore une fois, les mentalités… Et je rajouterai que je n’ai encore jamais vu un seul déchet ou aucune chose dégradée !

Cela ne fait bien sûr que ralentir le problème, car désinfecter des semelles de chaussures ne détruit pas le germe dans sa totalité. Il faudrait nettoyer toute la surface au sol du pays, ou au moins la surface des forêts abritant des Kauri. je vous laisse imaginer le délire.

Au 19ème Siècle, le Kauri était un arbre dont le bois était surexploité. On l’utilisait pour tout : vaisselle, meubles, maisons, décoration, parquet, même pour faire des bateaux ! Au passage, cela a bien évidemment transformé les paysages néo-zélandais : la déforestation était impressionnante ! Et elle l’est encore aujourd’hui : j’ai croisé plein de camions sur les routes transportant des troncs d’arbres par dizaine…

Une assiette en Kauri brut.

Déforestation…

La déforestation est aussi visible depuis les routes du Northland. Et quand on tombe sur des collines entières déforestées, représentant des dizaines d’hectares, je peux vous dire que vous pouvez sentir la mort à plein nez. C’est littéralement horrible et désastreux.

On peut en dire autant des exploitations de pétrole, sables bitumineux, gaz de Schiste, minerais,… Et cela me rappelle grandement le Canada.

Oui, le Canada, c’est extraordinaire, loin de tout ce que l’on peut s’imaginer. Mais je ne vous raconte pas les horreurs qu’il se passe là bas. Le pays est tellement grand, les exploitations tellement perdues (souvent uniquement accessible par hélicoptère ou petit avion), que c’est « pas vu, pas prit ! ».

C’est un véritable génocide envers la vie sur terre, nous y compris. On peut aussi parler du lait, de la viande ou des poissons. Tous les exemples sont presque bons, car nous surconsommons absolument tout ce que nous trouvons.

Alors, certes, depuis quelques (trop courtes) années, il y a la reforestation. C’est bien, j’en ai vu à quelques endroits. On replante donc de jeunes arbres, mais après on entretien pas, parce que c’est trop de surface, c’est trop de boulot, c’est trop d’argent. Donc il se passe quoi ?

Les mauvaises herbes prennent l’espace libre, car c’est souvent ce qui pousse le plus vite. Et les mauvaises herbes font quoi ? Elles empêchent le soleil d’atteindre le sol, et donc de faire pousser correctement les arbres, car c’est comme si vous mangiez une seule feuille de salade à chaque repas.

Ne parlons pas de la faune détruite elle aussi, qui se fait remplacé par des tonnes de bactéries et de saloperies (pour dire la vérité jusqu’au bout). Car le sol a été rendu spongieux par les nombreux passages des machines et la perte des arbres (je rappelle que les racines servent aussi à consolider les sols), et que ces bestioles raffolent des milieux humides.

C’est donc de la foutaise. On ne protège rien du tout, on ne remet rien du tout en place, et le fait de replanter ne fait que « joli à voir ». C’est comme si on prenait votre enfant et qu’on vous donnait une poupée en plastique à la place.

Bref, tout ça pour dire que ça fait réfléchir de voir des désastres écologiques pareil de ses propres yeux. Il n y a pas plus puissant que ça!

Première nuit sauvage en Nouvelle-Zélande

Je passe ensuite sur la côte Ouest, et m’arrête au Maungaraho Rock, une formation de roches volcanique de 4 millions d’années. C’est en réalité un ancien évent de volcan. Il est possible de grimper à son sommet, si on a du matos d’escalade. Je me contente de la vue à mi-hauteur.

C’est également ici que je vais passer ma première nuit en voiture en Nouvelle-Zélande. Le matelas en mousse est suffisamment confortable, j’ai une couverture et deux plaids pour rester au chaud. Nuit à 4 degrés, absolument pas eu froid ! En plus, je peux m’allonger complètement, c’est le pied ! Pour cuisiner, mon gas cooker est génial. Il fonctionne avec des bonbonnes de propane qui ressemblent à des canettes de spray.

 

Pour mon deuxième jour, je continue la route 12 en passant par Dargaville et Baylys Beach, où la plage est aussi une route, comme à Fraser Island en Australie. Viennent ensuite les lacs Taharoa et Kaiiwi.

Waipoua Forest

Traversée de la Waipoua Forest, une forêt sub-tropicale qui garde la fraîcheur et l’humidité. Aujourd’hui, il fait 16 degrés. Les températures sont encore clémentes. La mousse qui pousse le long de la route en dit long sur la fréquentation du coin. La côté Ouest du Northland est très peu peuplée, et je suis presque seul sur la route.

Je m’arrête pour voir les Four Sisters (4 Kauri qui ont poussés quasiment au même endroit), et surtout le second plus gros Kauri de la planète entière, mesurant 5,22 mètres de diamètre, estimé à 3.000 ans de vie. Lui, il en a des choses à raconter !

Embourbé sur un terrain de camping…

Je continue sur Omapere et ses sublimes vues ultra sauvages sur l’Océan Pacifique, puis sur Opononi où je vais passer la nuit sur un campground où je suis… Tout seul ! C’est à dire que même le proprio est absent.

Les 10 dollars demandés sont glissés dans une boîte aux lettres. Et là, je souris encore. Car vous savez ce que 99% des touristes de nos jours auraient fait ? Ne pas payer, « bien évidemment ». Et après, on va gueuler que le gouvernement néo-zélandais diminue ou durcit les entrées dans le pays.

Parce que oui, ce genre de comportement débile fait partie des raisons. Donc ici, on est en Nouvelle-Zélande, alors on fait et on se comporte comme un néo-zélandais. C’est pourtant pas compliqué !

Manque de pot, les sols sont toujours très humides en Nouvelle-Zélande, surtout en hiver. Résultat pour moi qui n’ai pas du tout l’habitude, je m’embourbe comme un débutant sur le terrain de camping… Je trouve tout de même un type sur la route d’à coté qui m’aide à pousser la voiture, rien n’y fait.

Des fois, il ne faut pas grand chose pour arrêter une voiture !

Par chance, le frère du proprio débarque 30 minutes plus tard avec un pick up à 4 roues motrices, comme si je l’avais commandé. Et, comme par hasard, le type a tout ce qu’il faut pour remorquer. 5 minutes plus tard, j’étais sorti d’affaire. Leçon apprise, on ne m’y reprendra plus ! Je peux passer ma nuit sur les deux oreilles.

Bay of Islands, à ne pas rater !

Troisième jour, je coupe vers la côte Est par Kaikohe, et m’arrête à Paihia, Bay of Islands, profiter du grand soleil et de 18 degrés… Ils sont sympas les hivers dans le Northland.

Puis je redescend sur Whangarei pour passer la nuit chez l’habitant (AirBnb), et visiter un peu.

Quatrième et dernier jour, je vais à Whangarei Heads pour une petite grimpette de 450 mètres tôt dès le matin. Un lieu à l’atmosphère matinale totalement fabuleuse, que même le plus grand comte ne raconte pas !

Sur la route du retour

Petite pause à Ruakaka Beach, puis visite de Waipu Cave, une grotte dont je n’ai pu voir que l’entrée… Il me manque des chaussures étanches, malheureusement. Il fallait traverser 20 centimètres d’eau sur 3 ou 4 mètres de large (eau glaciale, évidemment), puis encore quelques mètres beaucoup trop boueux pour des baskets. Dommage !

Puis retour sur Auckland et ses embouteillages!

Un roadtrip qui est allé bien plus vite que prévu. Je m’étais noté plein de randonnées à faire le long des côtes, mais beaucoup d’entre elles étaient fermées pour cause de maintenance des sentiers (eh oui, c’est l’hiver!)… Comme quoi, voyager en basse saison a aussi tout de même quelques défauts!

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je?

Le jour où je me suis transformé en photographe V.I.P. !

Cet article fait suite à l’article « Rencontres…: Lowell, à Toronto« .

Rappel:

Couchsurfing, je l’ai beaucoup utilisé dans ce roadtrip, surtout au Canada. En effet, grâce à ce réseau, je n’ai dormi qu’une seule nuit en hôtel, en un peu plus de trois semaines. C’est la première fois que je me logeais de cette manière. Lowell a été mon premier hôte.

Lowell a été la personne dont je me souvient le plus. Non seulement car ça été mon premier contact avec Couchsurfing ainsi que ma première nuit lors de ce voyage. Mais aussi pour sa personne, sa personnalité, son parcours, sa façon de voir les choses, ses valeurs, sa confiance et aussi l’expérience qu’il m’a fait vivre.

C’est tout simplement la plus belle rencontre que j’ai faite en traversant le pays.

Un jour, il voulait que je le rejoigne à son travail. Il fallait absolument qu’il me présente à ses collègues. Alors je lui dit que c’est trop d’honneur! Je suis toujours aussi gêné, mais il insiste, alors j’y vais.

Je fais rapide connaissance de ses deux associés, dont celui qu’il a rencontré au Rwanda, et de sa secrétaire. Puis, ce sera au tour de son groupe de travail dans un petit open-space à coté. Ensuite, il m’emmène dans son bureau, il m’offre un café… Et me dit de m’asseoir… !

La proposition

«Alors, Lowell, tu m’embauches?
– Ça pourrait!
– Je dirai « oui » tout de suite!
– En fait, je voulais te parler parce que j’ai éventuellement quelque chose à te proposer demain mais il faut que tu sois d’accord.
– Vas-y, racontes moi tout!
– Demain, j’organise une soirée privée pour un de mes clients. Il me faut trois photographes pour cette soirée. Le problème, c’est que mon troisième photographe n’est pas sûr de pouvoir venir! J’ai vu ton appareil ce matin avant qu’on parte, et je pense que tu as le matériel pour. Je ne suis pas encore sûr mais est-ce que ça te dirais de le remplacer si jamais il ne venait pas?
– Écoutes, ta proposition, c’est au-delà de tout ce que je peux imaginer! Tu me surprends, là! Écoutes, ça me gêne un peu que tu proposes ça à moi parce que je n’ai jamais fait ça, je n’ai aucune expérience. Mais si t’as besoin, écoutes, je ferai ce que je pourrai!
– Okay! C’est super, mon ami! Tu sais, tu peux me sauver sur ce coup-là! ».

À ce moment, là, je pense qu’il aurai fallut voir ma tête! Ce mec est en passe de me faire vivre une de mes plus belles expériences de ma vie à cette heure-ci. Photographe de soirée VIP… Et à l’improviste, s’il-vous-plaît! C’est sérieux?

Le tram de Toronto.

Le costume

Mon troisième et dernier jour à Toronto commence déjà… Mais ce sera le plus beau !

Il a plu dans la nuit et le ciel sera couvert toute la journée. On est samedi mais Lowell a un très gros week-end de travail. Il est déjà debout, assis devant son ordinateur sur la table du salon, répondant à ses nombreux mails. C’est un de ses appels téléphonique qui m’a réveillé.

Alors qu’il raccroche, il me dit : «Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi, mon ami! Je viens d’avoir mon photographe au téléphone et il va vraiment falloir que tu soies de la partie!». Alors, moi qui vient de me réveiller, la tête pas encore en place et les jambes engourdies de la longue marche d’hier, je peine à croire ce que je viens d’entendre!

«La mauvaise nouvelle… C’est qu’il faut porter un costume noir ». Alors je lui dit : « Tu sais Lowell, je suis en voyage, je suis en aventure à travers le Canada, je ne vais pas emporter un costume avec moi…». Il se met à réfléchir, tout en continuant de répondre à ses mails de la main droite et en triturant son téléphone de la main gauche. «Mmmh… On va essayer de s’arranger! … Tu chausses quelle pointure?».

Par chance je fais juste une demi pointure de moins que lui! Lowell est plus petit que moi et aussi beaucoup plus trapu. Il a suffisamment de costumes et de chaussures pour en remplir la moitié de son armoire et de son entrée, alors ça ne pose pas de problème pour un prêt l’espace d’une journée.

Il m’a fallut une ceinture pour le pantalon et la veste était trop large aux épaules. Ça faisait un rendu plutôt bizarre, comme ces costumes de super-héros avec des muscles en mousse dedans!

Lowell, qui venait de sortir de la salle de bain, me demande comment ça va, alors je lui dit que je nage un peu dedans. Il regarde le look et me dit que ça va aller. De toute manière, il n’y a pas trop le choix!

Avec ses sourires, son rire et ses grands gestes, il était content d’avoir pu arranger le problème vestimentaire. « Maintenant, t’es mon gars! Tu bosses pour moi aujourd’hui!».

Test photo avec Lowell avant de prendre la route!

Visiter les locaux de la CBC Toronto

On embarque en voiture et, comme d’habitude, Lowell est en retard. Mais cette fois-ci d’une bonne heure, par ma faute. Il faut qu’on fonce au building de la CBC, une importante chaîne d’information télévisée.

Alors qu’on est encore sur l’autoroute, le client pour qui il organise la soirée fait une conférence de presse. Il voulait me présenter pour aborder le fait que je serais un des photographes de sa soirée.

Parce que oui, dans le milieu, tout le monde connaît tout le monde. Sauf que moi, je viens de nulle part! Alors, pour éviter de trop dire que je suis une pièce rapportée, on va m’inventer une fausse vie pendant qu’on est en route!

Je suis donc un ancien bon ami de Lowell et je suis photographe à Paris. Le reste est un peu plus vrai car, pendant mes vacances à Toronto, je croise Lowell dans la rue qui, de fil en aiguille, m’invite chez lui et me propose de faire des photos de soirée.

C’est dans des moments comme ça qu’on est heureux de savoir parler et de comprendre un minimum l’anglais! Parfois, ça peut sauver des situations!

On arrive devant le building de la CBC mais il est déjà trop tard, on ne peut plus rentrer dans la salle de conférence. On attendra dans le hall d’entrée, assis sur les canapés.

Je ne suis pas du tout dans mon environnement, entouré de tous ces gens du show-business. En plus, Lowell connaît une personne sur deux ici alors, naturellement, il me présente à tout le monde en disant que je suis son photographe! Il va falloir que je m’y habitue…

Quelques minutes plus tard, la conférence finie, les gens présents dans la salle repartent en passant par le hall où nous sommes. Son client, un producteur de cinéma canadien, arrive et on fonce pour ne pas le rater. Il me présente à nouveau, tout en lui expliquant, l’air de rien, le topo qu’on s’était dit en voiture.

Ça ne lui a fait ni chaud, ni froid et, avec le sourire, je sers la main de John. Il était accompagné de Shana, une employée de Lowell que j’avais déjà vue à son bureau la veille. Elle s’occupe des relations publiques et à l’air d’être faite pour son travail. Elle est très énergique, blagueuse et souriante. Devant la porte d’entrée de la chaîne d’information, je les prendrais en photo tous les trois ensemble. Ma première photo de la journée pour Lowell!

Un des plateaux de télévision de la CBC !

Établir un plan

Il est 14 heures passé. On était vraiment en retard ce matin! Lowell me propose alors de m’emmener dans le quartier Chinois que j’avais visité la veille. Toujours avec sa bonté et son enthousiasme ravageur, il veut m’inviter dans son restaurant préféré de la ville. Un jamaïcain qui adore le chinois. Oui, ça existe.

J’avoue que c’est à cet endroit que j’ai mangé le meilleur chinois de ma vie! Authentique, bien décoré, bien présenté, un service aimable et une nourriture au juste milieu entre la douceur et le goût trop fort. Ça fondait en bouche!

On profite de ce temps de midi pour établir le plan de la soirée. Pour m’aider dans ma nouvelle tâche dans laquelle je n’ai aucune expérience, je voulais qu’il me raconte un peu plus précisément comment se déroulent ces petits cocktails VIP.

Il m’explique alors que c’est une soirée qui réunira des amis de John, son client qu’il m’a présenté tout à l’heure. Il y aura environ 80 producteurs, acteurs et même des banquiers et des clients de clients. Ce sera chez la femme de John, une maison dans un quartier proche du centre-ville.

Lowell s’est occupé de faire les invitations et d’engager le service de sécurité. C’est pour ces raisons que je vais pouvoir rentrer très facilement, car normalement, il faudrait que j’aie une carte de presse! On arrivera un peu avant le début de la soirée pour qu’il me présente à la femme de John et aux deux autres photographes présents qui, eux, sont professionnels!

Petite épicerie dans le quartier chinois de Toronto.

Dans le bain

J’ai eu du mal à me mettre à l’aise au milieu de tous ces gens aux porte-feuilles débordants et aux manières aisées. Au début, je préférais rester un peu dans les coins de la maison, j’observais beaucoup, je prenais une ou deux photos comme ça. Les deux autres photographes, hyper à l’aise, me regardaient bizarrement. J’étais hyper stressé.

Il fallait que je fasse quelque chose pour me lâcher un peu. J’ai décidé de me concentrer sur les réglages de mon appareil photo pour oublier le stress, ce qui a marché avec succès ! Je quittais les coins pour faire le tour du grand salon puis, finalement, passais au milieu des invités, les prenants en photo avec leurs sourires et leurs verre en main.

C’était pas très pratique les photos de portrait avec les murs blancs de la maison. Je n’arrivais pas à de très bons réglages avec mon flash que j’étais obligé d’utiliser car je n’ai pas la plus haute technologie de capteur. Ça passait mieux avec les photos de groupe car l’alignement des personnes masquait le fond.

Plus le temps passait, plus j’étais à l’aise. Moi qui suit d’un naturel assez timide et introverti, je me surpassais dans cette soirée!

De temps en temps, je croisais Lowell, tout sourire avec son coté de fêtard, et me disait de me lâcher et surtout de me servir en nourriture et en boisson! Quand il était accompagné, il en profitait pour me présenter et me demandait toujours de faire des photos de lui et ses amis.

D’autres fois, je croisais les autres photographes alors on s’échangeait nos réglages d’appareil. C’était vraiment sympa comme expérience! J’avais oublié que mon costume n’était pas à ma taille et j’avais passé du très bon temps.

À la fin, on a fini le banquet avec Lowell et quelques invités qui tardaient à partir, dont cette femme de Paris, très sympa. Ça nous a fait un bon repas entre petits hot-dog de qualité, fromages, pains et biscuits français.

En rentrant chez Lowell en voiture, je lui expliquait ce que j’avais vécu et à quel point je n’aurais jamais pensé vivre une expérience comme celle là! Il en était tout aussi heureux que moi.

De retour à son appartement, je lui montre mes photos qu’il apprécie bien. Il en choisira les meilleures et les enverra aux personnes présentes à la soirée. Ce qu’il a le plus aimé, c’est le fait que j’ai également pris des photos de la décoration ou même de la nourriture.

Il faut dire, il y’avait de très belles œuvres aux murs et la nourriture était présentée dans des plats en bois du plus bel effet !

De gauche à droite : un acteur, Lowell, un producteur, et un banquier, sur la même photo !

Toute bonne chose a une fin

Le lendemain matin, je dormais tellement bien que j’ai eu peine à me réveiller.

Lowell était déjà debout et toujours autant à fond pour me dire au revoir, ce qui m’a motivé à me lever rapidement et à passer encore un peu plus de temps avec lui.

On partagera le petit déjeuner et je ne savais comment le remercier pour la confiance qu’il m’a faite et les expériences inoubliables dans lesquelles il m’a embarqué!

Pour me remercier, il me propose de me donner les chaussures qu’il m’a prêtées pour la soirée, ce que j’accepte avec grand plaisir! Il m’a également donné une petite peluche de serpent multicolore, que j’ai toujours aujourd’hui.

Je lui fait promesse de lui envoyer des photos de mon voyage de temps en temps et, si j’y pense encore, une petite carte postale quand je serais en Australie.

Mon départ s’est fait à grands coups d’accolades. J’avais l’impression de connaître Lowell depuis si longtemps après tout ce qu’on a partager…!

Merci Lowell !

Merci Couchsurfing !

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
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