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Le jour où je me suis transformé en photographe V.I.P. !

Cet article fait suite à l’article « Rencontres…: Lowell, à Toronto« .

Rappel:

Couchsurfing, je l’ai beaucoup utilisé dans ce roadtrip, surtout au Canada. En effet, grâce à ce réseau, je n’ai dormi qu’une seule nuit en hôtel, en un peu plus de trois semaines. C’est la première fois que je me logeais de cette manière. Lowell a été mon premier hôte.

Lowell a été la personne dont je me souvient le plus. Non seulement car ça été mon premier contact avec Couchsurfing ainsi que ma première nuit lors de ce voyage. Mais aussi pour sa personne, sa personnalité, son parcours, sa façon de voir les choses, ses valeurs, sa confiance et aussi l’expérience qu’il m’a fait vivre.

C’est tout simplement la plus belle rencontre que j’ai faite en traversant le pays.

Un jour, il voulait que je le rejoigne à son travail. Il fallait absolument qu’il me présente à ses collègues. Alors je lui dit que c’est trop d’honneur! Je suis toujours aussi gêné, mais il insiste, alors j’y vais.

Je fais rapide connaissance de ses deux associés, dont celui qu’il a rencontré au Rwanda, et de sa secrétaire. Puis, ce sera au tour de son groupe de travail dans un petit open-space à coté. Ensuite, il m’emmène dans son bureau, il m’offre un café… Et me dit de m’asseoir… !

La proposition

«Alors, Lowell, tu m’embauches?
– Ça pourrait!
– Je dirai « oui » tout de suite!
– En fait, je voulais te parler parce que j’ai éventuellement quelque chose à te proposer demain mais il faut que tu sois d’accord.
– Vas-y, racontes moi tout!
– Demain, j’organise une soirée privée pour un de mes clients. Il me faut trois photographes pour cette soirée. Le problème, c’est que mon troisième photographe n’est pas sûr de pouvoir venir! J’ai vu ton appareil ce matin avant qu’on parte, et je pense que tu as le matériel pour. Je ne suis pas encore sûr mais est-ce que ça te dirais de le remplacer si jamais il ne venait pas?
– Écoutes, ta proposition, c’est au-delà de tout ce que je peux imaginer! Tu me surprends, là! Tu me fais un cadeau d’anniversaire! Écoutes, ça me gêne un peu que tu proposes ça à moi parce que je n’ai jamais fait ça, je n’ai aucune expérience. Mais si t’as besoin, écoutes, je ferai ce que je pourrai!
– Okay! C’est super, mon ami! Tu sais, tu peux me sauver sur ce coup-là! ».

À ce moment, là, je pense qu’il aurai fallut voir ma tête! Ce mec est en passe de me faire vivre une de mes plus belles expériences de ma vie à cette heure-ci. Photographe de soirée VIP… Et à l’improviste, s’il-vous-plaît! C’est sérieux?

Le tram de Toronto.

Le costume

Mon troisième et dernier jour à Toronto commence déjà… Mais ce sera le plus beau !

Il a plu dans la nuit et le ciel sera couvert toute la journée. On est samedi mais Lowell a un très gros week-end de travail. Il est déjà debout, assis devant son ordinateur sur la table du salon, répondant à ses nombreux mails. C’est un de ses appels téléphonique qui m’a réveillé.

Alors qu’il raccroche, il me dit : «Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi, mon ami! Je viens d’avoir mon photographe au téléphone et il va vraiment falloir que tu soies de la partie!». Alors, moi qui vient de me réveiller, la tête pas encore en place et les jambes engourdies de la longue marche d’hier, je peine à croire ce que je viens d’entendre!

«La mauvaise nouvelle… C’est qu’il faut porter un costume noir ». Alors je lui dit : « Tu sais Lowell, je suis en voyage, je suis en aventure à travers le Canada, je ne vais pas emporter un costume avec moi…». Il se met à réfléchir, tout en continuant de répondre à ses mails de la main droite et en triturant son téléphone de la main gauche. «Mmmh… On va essayer de s’arranger! … Tu chausses quelle pointure?».

Par chance je fais juste une demi pointure de moins que lui! Lowell est plus petit que moi et aussi beaucoup plus trapu. Il a suffisamment de costumes et de chaussures pour en remplir la moitié de son armoire et de son entrée, alors ça ne pose pas de problème pour un prêt l’espace d’une journée.

Il m’a fallut une ceinture pour le pantalon et la veste était trop large aux épaules. Ça faisait un rendu plutôt bizarre, comme ces costumes de super-héros avec des muscles en mousse dedans!

Lowell, qui venait de sortir de la salle de bain, me demande comment ça va, alors je lui dit que je nage un peu dedans. Il regarde le look et me dit que ça va aller. De toute manière, il n’y a pas trop le choix!

Avec ses sourires, son rire et ses grands gestes, il était content d’avoir pu arranger le problème vestimentaire. « Maintenant, t’es mon gars! Tu bosses pour moi aujourd’hui!».

Test photo avec Lowell avant de prendre la route!

Visiter les locaux de la CBC Toronto

On embarque en voiture et, comme d’habitude, Lowell est en retard. Mais cette fois-ci d’une bonne heure, par ma faute. Il faut qu’on fonce au building de la CBC, une importante chaîne d’information télévisée.

Alors qu’on est encore sur l’autoroute, le client pour qui il organise la soirée fait une conférence de presse. Il voulait me présenter pour aborder le fait que je serais un des photographes de sa soirée.

Parce que oui, dans le milieu, tout le monde connaît tout le monde. Sauf que moi, je viens de nulle part! Alors, pour éviter de trop dire que je suis une pièce rapportée, on va m’inventer une fausse vie pendant qu’on est en route!

Je suis donc un ancien bon ami de Lowell et je suis photographe à Paris. Le reste est un peu plus vrai car, pendant mes vacances à Toronto, je croise Lowell dans la rue qui, de fil en aiguille, m’invite chez lui et me propose de faire des photos de soirée.

C’est dans des moments comme ça qu’on est heureux de savoir parler et de comprendre un minimum l’anglais! Parfois, ça peut sauver des situations!

On arrive devant le building de la CBC mais il est déjà trop tard, on ne peut plus rentrer dans la salle de conférence. On attendra dans le hall d’entrée, assis sur les canapés.

Je ne suis pas du tout dans mon environnement, entouré de tous ces gens du show-business. En plus, Lowell connaît une personne sur deux ici alors, naturellement, il me présente à tout le monde en disant que je suis son photographe! Il va falloir que je m’y habitue…

Quelques minutes plus tard, la conférence finie, les gens présents dans la salle repartent en passant par le hall où nous sommes. Son client, un producteur de cinéma canadien, arrive et on fonce pour ne pas le rater. Il me présente à nouveau, tout en lui expliquant, l’air de rien, le topo qu’on s’était dit en voiture.

Ça ne lui a fait ni chaud, ni froid et, avec le sourire, je sers la main de John. Il était accompagné de Shana, une employée de Lowell que j’avais déjà vue à son bureau la veille. Elle s’occupe des relations publiques et à l’air d’être faite pour son travail. Elle est très énergique, blagueuse et souriante. Devant la porte d’entrée de la chaîne d’information, je les prendrais en photo tous les trois ensemble. Ma première photo de la journée pour Lowell!

Un des plateaux de télévision de la CBC !

Établir un plan

Il est 14 heures passé. On était vraiment en retard ce matin! Lowell me propose alors de m’emmener dans le quartier Chinois que j’avais visité la veille. Toujours avec sa bonté et son enthousiasme ravageur, il veut m’inviter dans son restaurant préféré de la ville. Un jamaïcain qui adore le chinois. Oui, ça existe.

J’avoue que c’est à cet endroit que j’ai mangé le meilleur chinois de ma vie! Authentique, bien décoré, bien présenté, un service aimable et une nourriture au juste milieu entre la douceur et le goût trop fort. Ça fondait en bouche!

On profite de ce temps de midi pour établir le plan de la soirée. Pour m’aider dans ma nouvelle tâche dans laquelle je n’ai aucune expérience, je voulais qu’il me raconte un peu plus précisément comment se déroulent ces petits cocktails VIP.

Il m’explique alors que c’est une soirée qui réunira des amis de John, son client qu’il m’a présenté tout à l’heure. Il y aura environ 80 producteurs, acteurs et même des banquiers et des clients de clients. Ce sera chez la femme de John, une maison dans un quartier proche du centre-ville.

Lowell s’est occupé de faire les invitations et d’engager le service de sécurité. C’est pour ces raisons que je vais pouvoir rentrer très facilement, car normalement, il faudrait que j’aie une carte de presse! On arrivera un peu avant le début de la soirée pour qu’il me présente à la femme de John et aux deux autres photographes présents qui, eux, sont professionnels!

Petite épicerie dans le quartier chinois de Toronto.

Dans le bain

J’ai eu du mal à me mettre à l’aise au milieu de tous ces gens aux porte-feuilles débordants et aux manières aisées. Au début, je préférais rester un peu dans les coins de la maison, j’observais beaucoup, je prenais une ou deux photos comme ça. Les deux autres photographes, hyper à l’aise, me regardaient bizarrement. J’étais hyper stressé.

Il fallait que je fasse quelque chose pour me lâcher un peu. J’ai décidé de me concentrer sur les réglages de mon appareil photo pour oublier le stress, ce qui a marché avec succès ! Je quittais les coins pour faire le tour du grand salon puis, finalement, passais au milieu des invités, les prenants en photo avec leurs sourires et leurs verre en main.

C’était pas très pratique les photos de portrait avec les murs blancs de la maison. Je n’arrivais pas à de très bons réglages avec mon flash que j’étais obligé d’utiliser car je n’ai pas la plus haute technologie de capteur. Ça passait mieux avec les photos de groupe car l’alignement des personnes masquait le fond.

Plus le temps passait, plus j’étais à l’aise. Moi qui suit d’un naturel assez timide et introverti, je me surpassais dans cette soirée!

De temps en temps, je croisais Lowell, tout sourire avec son coté de fêtard, et me disait de me lâcher et surtout de me servir en nourriture et en boisson! Quand il était accompagné, il en profitait pour me présenter et me demandait toujours de faire des photos de lui et ses amis.

D’autres fois, je croisais les autres photographes alors on s’échangeait nos réglages d’appareil. C’était vraiment sympa comme expérience! J’avais oublié que mon costume n’était pas à ma taille et j’avais passé du très bon temps.

À la fin, on a fini le banquet avec Lowell et quelques invités qui tardaient à partir, dont cette femme de Paris, très sympa. Ça nous a fait un bon repas entre petits hot-dog de qualité, fromages, pains et biscuits français.

En rentrant chez Lowell en voiture, je lui expliquait ce que j’avais vécu et à quel point je n’aurais jamais pensé vivre une expérience comme celle là! Il en était tout aussi heureux que moi.

De retour à son appartement, je lui montre mes photos qu’il apprécie bien. Il en choisira les meilleures et les enverra aux personnes présentes à la soirée. Ce qu’il a le plus aimé, c’est le fait que j’ai également pris des photos de la décoration ou même de la nourriture.

Il faut dire, il y’avait de très belles œuvres aux murs et la nourriture était présentée dans des plats en bois du plus bel effet !

De gauche à droite : un acteur, Lowell, un producteur, et un banquier, sur la même photo !

Toute bonne chose a une fin

Le lendemain matin, je dormais tellement bien que j’ai eu peine à me réveiller.

Lowell était déjà debout et toujours autant à fond pour me dire au revoir, ce qui m’a motivé à me lever rapidement et à passer encore un peu plus de temps avec lui.

On partagera le petit déjeuner et je ne savais comment le remercier pour la confiance qu’il m’a faite et les expériences inoubliables dans lesquelles il m’a embarqué!

Pour me remercier, il me propose de me donner les chaussures qu’il m’a prêtées pour la soirée, ce que j’accepte avec grand plaisir! Il m’a également donné une petite peluche de serpent multicolore, que j’ai toujours aujourd’hui.

Je lui fait promesse de lui envoyer des photos de mon voyage de temps en temps et, si j’y pense encore, une petite carte postale quand je serais en Australie.

Mon départ s’est fait à grands coups d’accolades. J’avais l’impression de connaître Lowell depuis si longtemps après tout ce qu’on a partager…!

Merci Lowell !

Merci Couchsurfing !

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je?

 

Rencontres… : Lowell, à Toronto

Ma rencontre avec Lowell remonte déjà à pas mal de temps. J’étais alors expatrié au Canada. Cela faisait plus d’un an et demi que je m’y était installé. C’est aussi le début de cette période où j’avais décidé de ne pas continuer mon expérience québécoise. J’avais décidé de partir faire un énorme roadtrip qui m’a emmené bien plus loin que prévu !

Parti de Trois-Rivières, j’ai parcouru 7.600 kilomètres jusque Vancouver où, après une expérience un peu étrange avec le réseau Couchsurfing, je décide de passer aux Etats-Unis et de faire toute la côte ouest puis la grande diagonale Los Angeles – New York !

Ma voiture qui m’a emmenée jusque dans les Rocheuses Canadiennes. Et plus loin encore ! Il restait 10.000 kilomètres à faire pour revenir au point de départ !

Couchsurfing, je l’ai beaucoup utilisé dans ce roadtrip, surtout au Canada. En effet, grâce à ce réseau, je n’ai dormi qu’une seule nuit en hôtel, en un peu plus de trois semaines. C’est la première fois que je me logeais de cette manière. Lowell a été mon premier hôte.

Lowell a été la personne dont je me souvient le plus. Non seulement car ça été mon premier contact avec Couchsurfing ainsi que ma première nuit lors de ce voyage. Mais aussi pour sa personne, sa personnalité, son parcours, sa façon de voir les choses, ses valeurs, sa confiance et aussi l’expérience qu’il m’a fait vivre.

C’est tout simplement la plus belle rencontre que j’ai faite en traversant le pays.

Me voici donc à Toronto, après une longue mais belle journée, la première de mon roadtrip. Je viens de rentrer dans l’appartement de Lowell qui n’est pas encore rentré de son travail. Il est neuf heures du soir.

 

Le cuisinier étoilé

Je n’ai pas pris le temps de découvrir l’appartement : dès que j’ai posé les yeux sur le canapé, je me suis affalé dessus et y ai fait une petit sieste en attendant Lowell. Manque de pot, je n’ai pas eu le temps de fermer les yeux que je reçois un coup de fil.

« Alors, mon ami, le gardien t’as bien fait monter? Tu es chez moi?
– Oui, c’est bon, je suis dans ton salon, là. Je me repose un peu en t’attendant.
– Okay, tout va bien alors. De mon côté, je suis sur le chemin du retour. Regardes dans le frigo ce qu’il y à a manger. Ce serait cool si tu préparais quelque chose le temps que j’arrive car il commence déjà à se faire un peu tard!
– Euh… Lowell, je m’excuse mais tu as mis le doigt sur une de mes hantises : faire la cuisine! Oui, je suis Français, oui je suis censé être un cuisinier 5 étoiles mais je suis désolé, ce n’est pas mon cas!
– Ah oui? Tu as l’air bien bizarre comme Français!
– Eh oui… Et encore, tu ne sais pas tout! En tout cas, je veux bien faire un effort, mais tu risques d’avoir mal au ventre après!
– Haha! Bon, on va s’arranger autre chose! T’en fait pas! J’arrive dans 10 minutes!
– D’accord, merci de nous avoir épargné un repas catastrophique! À tout de suite!».

Voilà ce dont je suis capable. Bon, ce n’est pas ma photo, mais ça m’est déjà arrivé, en moins pire tout de même ! C’est ce jour où j’ai appris qu’il fallait mettre un plat en-dessous…

Eh oui, je déteste faire la cuisine!

Bon, je sais quand même faire quelques plats très simples que l’on qualifie souvent de « bouffe d’étudiant » et d’ailleurs, je suis tout comme eux un spécialiste des pâtes, du riz, des omelettes et je suis capable de cuire un steak-haché à toutes les cuissons existantes.

Aussi, un micro-onde n’a aucun secret à me dévoiler étant donné que je connais par-cœur la moitié des modèles présents sur le marché… Je suis un spécialiste!

J’étais très déstabilisé, encore plus après ce petit épisode.

Dans la réalité, c’était mon premier roadtrip en solo, dans un pays que je ne connais pas, chez quelqu’un que je ne connais pas et que je n’ai pas encore vu en vrai. De plus, j’ai démissionné de mon boulot et je ne sais pas de quoi sera demain, ni la prochaine heure de temps qui va passer. Je suis dans l’inconnu le plus total, et assez loin de ma zone de confort.

Lowell, le jamaïcain

Lowell. Photo : Couchsurfing

Il est toujours souriant et très positif, tout le temps à fond mais sans jamais avoir l’air stressé. Il a le rire contagieux, le contact facile et aime aider les gens. C’est pour cette raison qu’il fait partie du réseau Couchsurfing. Extraverti, sensible, optimiste, tout le temps en mouvement, il me booste et me met tout de suite en confiance.

Dans son parcours atypique, il a beaucoup voyagé et vécu dans plusieurs pays avant de s’installer à Toronto. Il fait toujours quelques voyages familiaux en Jamaïque, dès qu’il a assez de temps.

Il a 48 ans mais on lui en donne dix de moins sans problème. Toujours habillé de beaux costards et de chaussures à talonnettes, traînant sa petite mallette noire de sa main droite sûre, il est le co-fondateur d’une entreprise de marketing et de communication à Toronto.

«Bon, mon ami-français-mais-qui-ne-cuisine-pas! Est-ce que tu as faim, au moins?
– Un petit quelque chose à manger, je ne dirai pas non!
– Bon, là il est un peu tard, je commence a fatiguer mais j’ai la solution! T’aimes bien la cuisine exotique? Les trucs épicés ?
– Oui, c’est sans problème, j’aime bien les plats Indiens, Pakistanais, Chinois et tout ça!
– Bien, bien! T’as déjà mangé Jamaïcain?
– Non, c’est comment?
– Ah, mon ami, il faut absolument que tu goûtes ça une fois dans ta vie! C’est plutôt épicé mais tu peux le commander sans épices, si tu veux. Des choses à base de semoule ou de riz, du poulet avec des légumes, pour les plats de base. T’aimerais ça?
– J’essaierai sans problème! Ce sera un plaisir de goûter la cuisine de ton pays!
– Super! Il y a un restaurant Jamaïcain que je connais bien juste en bas de chez moi, on va commander?
– C’est parti! ».

Encore une première expérience pour aujourd’hui. Un repas Jamaïcain! Voilà qui change un peu.

On va à pied à ce qui se présentera plutôt comme un genre de fast-food où l’on est servit que par des Jamaïcains. En poussant la porte, ça sent déjà très bon! Lowell m’explique un peu les plats car mon vocabulaire d’anglais culinaire est aussi bon que mon niveau en cuisine…

Puis je choisis, suivant ses conseils, quelque chose de plutôt simple avec du poulet épicé, du riz et du céleri.

Remonté à son appartement, je me met à déguster ce nouveau style de cuisine et c’est effectivement épicé mais super bon. J’ai encore l’odeur du plat dans le nez et j’en aurai bien repris un peu!

Le « Wierd Frenchy »

«Bon, maintenant, il est temps que j’en apprenne plus sur le putain de français bizarre que tu es! Il avait insisté et bien marqué la pause sur le « putain », puis on est partit en éclat de rire tous les deux!
– Bizarre, oui. Mais tu n’as encore rien vu! Accroches-toi, je vais y aller d’une traite!
– Vas-y, je suis prêt! Il s’agrippe à la chaise.
– En plus de ne pas aimer faire la cuisine, je n’aime pas le football et je n’aime pas le vin non plus!
– Quoi??!! Tu n’aimes pas le vin? Mais comment tu fais? Il était désemparé.
– Eh bien, je bois de l’eau! Lui dis-je avec un sourire.
– T’es vraiment bizarre… Et la bière?
– Oh, j’ai testé quelques bières de microbrasserie au Québec mais sinon, pas grand chose.
– Eh bien dis-donc, c’est rare les gens comme toi! Tu mériterais le surnom de « Weird Frenchy »! On part tous les deux en éclat de rire, puis il reprend. Et c’est quoi que tu n’aimes pas dans le football?
– Je trouve que c’est un jeu trop lent, et au moindre contact, les joueurs pleurent, ils en font de trop… Je préfère le basketball, c’est plus vivant et il y a plus d’action!
– Et le hockey sur glace, tu as déjà été voir un match? Ils sont bons à Montréal!
– J’ai jamais vraiment trop accroché… Pour le coup, c’est l’inverse, c’est trop violent! ».

Puis je lui explique que j’ai quitté mon travail, que je commence ma traversée du pays par Toronto et qu’une fois terminé, je rentre en France avant de faire une demande de Visa pour l’Australie, le prochain pays que je veux visiter. Il m’avouera alors sa jalousie envers mes projet.

L’Australie, une expérience extraordinaire ! à cette époque, c’était encore presque un rêve. Je l’ai réalisé avec succès ! Ici aux îles Whitsunday.

Le Rwanda

«Tu sais, ça me rappel ma jeunesse… Enfin, quand j’avais ton âge, je veux dire ! Je suis partis à Dubaï car ça commençait à vraiment bouger. C’était le début des grosses constructions. Il y avait du business à faire et j’y ai travaillé pendant 5 ans. Une fois que les projets étaient fini, je voulais aider des gens en difficulté parce que mon père m’a inculqué le sens du partage. Il m’a bien expliqué dès mon plus jeune âge qu’il y avait des gens qui vivaient sans rien sur Terre et qu’il fallait penser à eux avant de penser à soi. Alors, j’ai pris mes valises et je suis partis au Rwanda. Pendant 2 ans, j’ai bossé sur un projet d’aménagement de terrains de football pour les jeunes en partenariat avec Nike. J’ai reçu une distinction pour ça, j’ai été accueilli dans le bureau de hauts dirigeants du pays pour ça. Mais plus que tout, je me suis vraiment éclaté à mener à bien le projet avec les jeunes malgré la misère qui règne dans ce pays. J’y retournerais bien au Rwanda! Mais maintenant, c’est trop la guerre… Je suis vraiment déçu par la tournure qu’a prit ce pays… J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait la bas pour cette population en difficulté, n’a servit à rien. Enfin… Là-bas, j’ai rencontré une personne avec qui je suis devenu ami et on est venu à Toronto pour lancer une boîte de marketing et de communication.

-Tu as un parcours atypique! Lui dis-je tout étonné. Ça a du être une super expérience de vivre dans un pays peu développé comme celui-là.

-Oui, c’est vrai! Mais tu vois, ce que j’ai le plus aimé là bas, c’est que je me suis rendu compte que l’argent, c’est pas le bonheur. Le vrai bonheur, c’est quand tu n’as rien. Parce que posséder, c’est se déconnecter de la réalité, c’est s’enfermer dans un univers fait de faux. Aussi parce que tu arrives à te démerder sans rien. Le bonheur, c’est la simplicité. Et là, à te dire ça, je veux dire, ces voyages que tu entreprends, tu me rappel tout ces moments de vrai bonheur que j’ai vécu quand j’ai voyagé au Rwanda. C’est les meilleurs souvenirs que j’ai de ma vie! Et vraiment, tu as raison de voyager comme ça tant que tu le peux! Fais-toi plaisir! ».

La soirée s’est terminée sur ces touches de nostalgie. J’avais déjà repris tous mes repères en anglais à force de discuter mais je ne savais plus quoi lui dire après ce témoignage. Il était tellement émotif à me raconter tout ça !

Quelques années plus tard… Je mets les pieds en Indonésie. C’est à ce moment que je l’ai compris aussi.
Afficher le bonheur sur son visage alors que l’on vit dans la pauvreté… C’est possible !

Chauffeur du président Lowell

Le lendemain matin, pour le remercier de sa sympathie de la veille avec le repas Jamaïcain, et comme je sais qu’il utilise les transports en commun pour se rendre en ville, j’ai décidé de l’attendre pour lui proposer de l’emmener à son travail avec ma voiture.

Comme tous les matins, il est en retard. Il court entre sa garde-robe, la salle de bain et son ordinateur. Il serait presque capable de répondre au téléphone en se brossant les dents et en écrivant un mail à la fois ! C’est une personne très occupée, tout le temps en action. En fait, il bosse tout le temps, du lever au coucher.

Arrivé à ma voiture, je suis un peu gêné. J’ai une voiture familiale un peu bas de gamme remplie de plein d’affaires de partout. Lui, il est en costard tout neuf Hugo Boss, il est patron d’une entreprise qui tourne, il est très loin d’être pauvre et pourrait se permettre un bolide de luxe dans son garage.

J’ai l’impression d’être le chauffeur d’un président, la limousine remplacée par un taudis rouillé à 4 roues.

Il ressent bien cette gêne chez moi pendant que je fais de la place pour qu’il puisse s’asseoir. Alors il me dit :

« Tu sais, quand j’étais à Dubaï je roulais en grosse Jaguar et j’avais plus d’argent à la fin du mois. Aujourd’hui, je vais bosser en bus et ce même argent, économisé donc, je le réinvesti dans ce que j’aime et ce qui me fait plaisir plutôt que dans un objet futile ».

Il m’a cloué sur place… Je n’ai pas su quoi dire ! Tellement de vérité et de bon sens en si peu de temps, je n’étais pas prêt !

Une fois dans ma voiture, on avait pas eu le temps de mettre nos ceintures que ça sonnait déjà dans tous les sens! Pas toujours facile d’être patron. Il était tellement prit dans ses conversations que ça en était gênant quand je lui demandais où tourner car il était concentré dans son appel.

La première fois, ça allait, le feu était rouge. Mais après, comme j’avais les indications au dernier moment, c’était plutôt stock-car! Alors il rigolait en même temps de parler puis il coupait sa conversation pour me dire que j’étais bon pilote. Toujours le mot pour rire ce Lowell!

La surprise

Plus tard dans la journée, il me passait un coup de fil alors que je visitais la ville. Il voulait que je le rejoigne à son travail. Il fallait absolument qu’il me présente à ses collègues. Alors je lui dit que c’est trop d’honneur! Je suis toujours aussi gêné, mais il insiste, alors j’y vais.

Je fais rapide connaissance de ses deux associés, dont celui qu’il a rencontré au Rwanda, et de sa secrétaire. Puis, ce sera au tour de son groupe de travail dans un petit open-space à coté. Ensuite, il m’emmène dans son bureau, il m’offre un café… Et me dit de m’asseoir… !

Ce que va me proposer Lowell va sortir totalement de ce à quoi je m’attendais. Quelque chose qui va me pousser loin dans mes retranchements. Une opportunité et une expérience que jamais je n’aurai cru possible !!

Une journée inouïe m’attends.

Tout ça sera à suivre dans le prochain article sur ma rencontre avec Lowell !!

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
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