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Australie #1 : Les îles Whitsunday en catamaran !

En arrivant à Airlie Beach, sur la côte Est australienne, on ne se rend pas vraiment compte de l’endroit où l’on met les pieds.

Petite ville « hype » de 8.000 habitants, avec ses petits immeubles de construction récente et colorés, serrés les uns aux autres sur la montagne qui surplombe la mer. Le centre ville est très simple : une rue principale où bars, restaurants et auberges de jeunesses se succèdent face au Lagoon, une piscine publique gratuite à ciel ouvert.

L’ambiance est très cool et calme de la journée passe à une ambiance vivante et assez festive la nuit. Une petite ville côtière australienne habituelle, où il fait bon vivre !

Le Lagoon d’Airlie Beach, avec une partie de la ville dans la colline en arrière plan.

Une partie de la ville vue depuis la petite nationale qui longe la côte.

 

Seulement, ce qu’on ne voit pas, c’est qu’à une trentaine de kilomètres au large se trouve un archipel de 74 îles paradisiaques nommé Whitsunday Islands. Parmis ces îles se trouve une des plus belles plages de sable du Monde. On y trouve aussi un des sables les plus purs du Monde. Pour aller découvrir tout cela, un nombre impressionnant de bateaux attendent les touristes au port d’Airlie Beach. C’est le business local.

Alors, bien sûr, en voyant cela, on se dit que les îles sont pleines à craquer de touristes et les lagons pleins à craquer de bateaux. Mais finalement, pas tant que ça. J’ai toujours le chic pour être au bon endroit au bon moment. En ce mois de Septembre, nous sommes ici encore en hiver, évitant la horde de backpackers et autres touristes. Pas plus de 25 degrés, nuageux. C’est aussi la période de migration des baleines, ce qui pourrait promettre un beau spectacle.

J’embarque avec 30 autres voyageurs sur le Wings 3, de la compagnie Whitsundays Sailing Adventures, pour 2 nuits et 2 jours de folie, au milieu du paradis ! C’est un catamaran de 18 mètres de long.

Là, pareil, je me suis dit « 30 personnes sur un bateau de 18 mètres, ça va être une horreur, on va se marcher dessus ! ». Il n’en a rien été ! J’ai même réussi, avec surprise, a avoir mes petits moments de solitude sur le pont ou à l’arrière du bateau !

Le bateau

 

Nous allons réaliser la route suivante

 

Premier jour

Pendant que nous faisons connaissance entre voyageurs sur le pont du bateau, le capitaine nous emmène à notre premier arrêt pour faire du snorkeling au Nord-Est de l’île principale, Whitsunday, à 3 heures de voile du port.

L’eau est à 22 degrés et, malgré la combinaison intégrale (obligatoire à cause des méduses-boîtes), on ne restera pas très longtemps dans l’eau ! 10 minutes pour ma part, 20 pour les courageux ! Quand on est habitué à 35 degrés depuis quelques mois, à 22 degrés, on sort presque le manteau 🙂

Le corail n’était pas très coloré et peu de poisson. Il y avait pas mal de courant. Les palmes m’ont bien servit ! Nous n’avons pas raté grand chose. Un poil déçu, mais j’attends de voir la suite.

Après un bon café bien chaud, de bonnes rigolades pour nous réchauffer et un petit casse-croûte, nous repartons pour Tounge Bay, 1 heure de voile plus loin, afin de manger et dormir. Sur le chemin, nous croiserons 3 baleines, dont une qui s’amusait à frapper la queue à la surface de l’eau.

Les matelots nous expliquent alors qu’elles font ça avant de replonger pour une longue durée sous l’eau. Elles étaient à 30 mètres du bateau ! C’était impressionnant !

Le soir et pendant une longue partie de la nuit, mon activité consistera à observer les poissons à l’arrière du bateau, accompagné d’un lyonnais. Sous la coque, des lumières puissantes éclairent juste sous le niveau de l’eau, attirant tous les petits poissons. Il y avait aussi quelques méduses.

Et vient maintenant la grande expérience de dormir sur un bateau, ce que je n’avais encore jamais fait ! Si vous êtes claustrophobe, ce ne sera pas pour vous. Si vous avez le mal de mer, non plus. Deux ou trois personnes ont dormi sur le pont. Sinon, mis à part le bruit de clapotis constant (prévoyez les bouchons d’oreille), c’était super confortable et très silencieux ! Vous êtes comme légèrement bercé par des petites vaguelettes.

 

 

Deuxième jour

Réveillés assez tôt avec un bon petit déjeuner et à grands coups de café, nous prenons le bateau pneumatique pour rejoindre la plage de la crique et entamer une courte randonnée de 30 minutes dans une forêt d’eucalyptus. Nous nous dirigeons vers le Hill Inlet Lookout. Et là, stupeur !

Le paradis existe ! Nous avons alors une superbe vue panoramique sur la plage Whitehaven Beach, qui figure au top 10 des plus belles plages du Monde (et ça le vaut). Un paysage extraordinaire, une eau transparente et des bancs de sable en forme de grands tourbillons à fleur d’eau. Complètement fou !!

Nous y descendrons ensuite, afin de fouler son sable dans lequel on retrouve 98% de silice ! Le plus pur du Monde ! Une blancheur éclatante ! Le matelot-guide qui était avec nous, Chad, m’expliquera que quand il fait humide, le sable devient craquant sous le pied ! Nous avons profité de la plage et de l’eau cristalline. Un décor féérique ! Il y avait des stingrays et des requins citrons (inoffensifss pour l’homme) dans l’eau.

Aussi, c’est parfait si vous avez besoin d’une petite pédicure. Sans vous en rendre compte, vous nettoyez sacrément bien vos pieds en marchant dans ce sable atypique. Pas besoin de frotter ! Le soir, on avait la plante des pieds toute rosie avec l’abrasion du sable.

En début d’après-midi, nous revenons au bateau. Nous partons dans une crique voisine pour faire du snorkeling. L’eau est toujours aussi froide, mais le récif est bien plus intéressant et les poissons nombreux ! C’était super ! J’en ai vu des bien gros ! Et les éternels tout multicolores qui se promènent en bancs. L’expérience est encore plus géniale quand ils te suivent en nageant à coté de toi !

Résultat, je suis resté 2 fois plus longtemps dans l’eau, alors qu’elle était à peine plus chaude. Comme quoi !

Nous levons l’ancre une fois de plus pour nous diriger au Hook Passage, au Nord-Ouest de Whitsunday Island. Nous aurons notre « sunset cruise », tranquillement sur le pont du bateau. Totalement incroyable… Encore des baleines, et même des dauphins qui suivent le bateau… Dans une lumière de coucher de soleil irréelle.

Alors que nous étions en train de manger d’excellents Nachos sur le pont, de grandes mouettes volaient à nos coté pour prendre leur part. Impressionnant !

Et que dire du ciel, de la lumière, du soleil, du coucher de soleil, des couleurs, du paysage, de l’eau… Incroyable !!

L’activité du soir sera la même, à observer et attendre patiemment le « gros poisson » à l’arrière du bateau…

Quand soudain, un énorme poisson vient casser la croûte dans le banc. Impressionnant ! Un vrai prédateur, très rapide malgré sa taille ! Nous appelons Chad le matelot. C’est un Trevally Géant, une sorte de gros Thon, mesurant jusque plus de 1m50 de long pour plus de 60 kilos !

Il tournait en rond, à la manière d’un requin, puis rentrait au hasard dans le banc de poisson pour le disperser. Puis, il coursait les poissons les plus éloignés du groupe. Une véritable course poursuite qui finissait par un petit saut hors de l’eau. Et comme c’est un poisson de 60 kilos, on avait l’impression que quelqu’un tombait du bateau ! Tout ça à moins de 3 mètres de nous. Fallait pas mettre la main dans l’eau !!

Puis, un autre Trevally Géant est arrivé. Et là, c’était la baston entre les deux, telles les oiseaux qui se battaient pour nos Nachos quelques heures avant. Impressionnant ! Le spectacle durera plus de 2 heures.

En voilà sorti de l’eau !! Énorme !!

 

Troisième jour

Encore un réveil matinal, car nous devons être de retour au port pour 11h. Nous mettons les voiles pour un ultime spot de snorkeling sur Hook Island, à Manta Ray Bay. Une baie totalement sauvage avec une superbe forêt, de toutes petites plages et un littoral rocheux magnifique. Il a plu en matinée et l’eau est toujours aussi froide ! … Mais le cadre est là !

Hook Island

Nous levons l’ancre pour une dernière fois, direction Airlie Beach, à 2 heures de voile…

Évidemment, 2 jours et 2 nuits dans un endroit pareil, c’est trop court. Bien trop court. C’est plutôt 2 mois que 2 jours qu’il faudrait ! Mais voilà, tout début à une fin, comme on dit. Aussi, c’est bien de ne pas trop abuser sur l’expérience, histoire de n’en garder que de bons souvenirs, et de toujours être dans un état second quand on se rappel des images que l’on a vues.

Mais ce n’est pas fini pour autant ! On ne se dit pas au revoir comme ça, quand même. Eh non ! Il y a des coutumes, des codes à respecter. Rendez-vous au bar du coin avec les gens du groupe et l’équipage pour un petit verre !

 

Conclusion

Mes amis, la conclusion de ce trop court voyage en bateau est très simple : le paradis existe !

Les mots ne sont pas assez forts. Tout était incroyable, du début à la fin, même si les spots de snorkeling et le climat n’étaient pas toujours au rendez-vous. Le groupe était génial, l’équipage au top. On a même super bien mangé du matin au soir ! Une super expérience en bateau.

C’était du tout en un : les baleines, les dauphins, les poissons, le snorkeling, la randonnée, la plage, les sunset cruising… On a tout eu, je vous dit !

Les îles Whitsunday sont absolument splendides ! Si vous passez un jour dans le coin, arrêtez-vous, c’est obligatoire !!

À faire une fois dans sa vie ! (au moins)

Des poissons bizarres, qui font du snorkeling !

 

Mes conseils

Ne pas avoir froid !
Amenez au moins un pull et un pantalon en plus. C’est pas parce qu’il fait 30 en ville qu’il fait 30 sur l’eau, croyez-moi… Les conditions ne sont pas du tout les mêmes en mer ! Vous risqueriez d’être très surpris… De plus, si vous êtes claustrophobe ou que vous n’aimez pas dormir en cabine, vous aurez bien plus chaud avec de bons vêtements si jamais vous voulez dormir sur le pont.

Ne pas être malade !
De même, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de vagues sur la plage qu’il n’y a pas de vagues en mer ! Vous risqueriez d’être très surpris à nouveau. Si vous avez le mal de mer ou que vous n’êtes pas sûr d’avoir le mal de mer, prenez ce qu’il faut !

Ne pas brûler au soleil !
On est en Australie, le pays du record du taux de cancer de la peau. Ici on ne parle pas d’un indice UV de 4 ou 5 mais de 9 jusque 15 ! Eh oui, il n’y a pas que les animaux, le soleil veut aussi te tuer en Australie. De plus, l’eau réfléchit les rayons, ainsi que le sol du bâteau et le sable des plages. Vous n’aurez pas grande ombre… Quand vous allez voir les paysages, vous passerez forcément tout votre temps dehors. Ecran maximal appliqué le plus régulièrement possible ! N’oubliez pas non plus un chapeau ou au moins une casquette.

Ramener de bons souvenirs !
Amenez votre GoPro ou un appareil photo étanche en plus du reste ! Ma GoPro n’étant plus étanche, j’ai pas grand chose des sessions de snorkeling… Si vous n’avez pas ou peu de matériel photo, l’équipage en fait pour vous et vous vend ensuite les photos sur clé USB ou sur CD à la fin du séjour. Sur mon bateau, c’était vendu au pris de 20$.

Le groupe !!

 

La vidéo !

Parce que les photos, ça bouge pas !

 

Si j’ai quelque chose à rajouter ? Non !

Si vous avez quelque chose à rajouter ? Dites moi en commentaire !

Sur-ce, je vous dit bon vent ! (voix de Jean-Pierre Pernault)

 

Aller plus loin…

Le site internet d’Airlie Beach : http://www.airliebeach.com/

Le site internet de Whitsundays Sailing Adventures : https://whitsundayssailingadventures.com.au/

 

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
 Qui suis-je?

Mon expérience avec les Aborigènes en Australie

Voilà un sujet que je trouve délicat et complexe. Je n’ai jamais réellement osé l’aborder. Parce que les Aborigènes, ils ont une sacrée histoire. Disons-le clairement : une histoire pleine de haine, pleine de sang. La faute aux « hommes blancs », venus coloniser le pays à la fin du 18ème siècle.

J’ai vu un reportage à la télévision, la veille où j’écris cet article. Un reportage sur une tribu du Nord-Ouest australien, un peuple à l’avenir très incertain mais au sein duquel certaines personnes réalisent que la fin du règne de leur tribu approche à grands pas. En cause numéro une : l’homme blanc qui a apporté l’alcool et qui a massacré les Aborigènes jusque dans les années 70 (!), moment où le gouvernement australien s’est « excusé » de ce génocide certain.

Cette famille Aborigène dont le documentaire s’attardait cherchait à fuir ce passé, à fuir ces violences. Elle passait son temps à revenir en arrière, à revenir sur les traces de leurs ancêtres. Ils étaient redevenus de véritables nomades chasseurs-cueilleurs, loin de toute violence. Ils prenaient à nouveau le plaisir d’être libre, de faire ce que bon leur semble.

Il partageaient face caméra, avec très grande difficulté, leur passé, leur histoire en tant que personne. Les abus complètement fous des hommes blancs qui venaient voler leurs enfants, qui venaient abuser physiquement et sous toutes les formes des femmes et des hommes qui n’avaient rien demandé, si ce n’est qu’on les laisse tranquille…

Le tout dans le but de supprimer les Aborigènes…

C’est ce reportage précis qui m’a finalement poussé à lever mes peurs et mes craintes, et de raconter mon histoire et mon expérience avec eux.

Aller, j’avoue, c’était un reportage de « Rendez-vous en Terre Inconnue ».

 

Pourquoi craindre et avoir peur d’en parler ?

Tout d’abord car quand un Aborigène dit « homme blanc », je me sens visé. Car ils parlent des Européens en disant cela (et notamment des anglais et des hollandais). Même si ce n’était pas à mon époque, même si je ne leur ai rien fait de mal directement, je me sens visé. Car c’est mon peuple qui est visé.

Ensuite, car leur culture et leur histoire est tellement fascinante, complexe, riche et variée, et à la fois pleine de déboires et de massacre, qu’il faut du temps pour s’en remettre. Il faut du temps pour mettre tous les éléments que l’on a appris sur eux à leur place. Il faut du recul pour réaliser ce qu’il s’est réellement passé. Il faut se perdre aussi un peu pour rentrer dans leur univers et dans leurs croyances.

 

Mon histoire et mon expérience

Ce reportage m’a rappelé absolument tous mes souvenirs avec les Aborigènes que j’ai pu voir, côtoyer, rencontrer, et même aidé, lorsque j’étais à Darwin, au Nord du pays. Darwin est une des grandes villes australienne où la population Aborigène est la plus grande.

J’y suis resté 2 mois, car j’y travaillais. Et si je les ai vu, côtoyé, rencontré et même aidé, c’est parce que je faisais le taxi dans la ville, le taxi à vélo (Pedicab Driver). Comme ça, pas besoin de baisser sa fenêtre pour discuter, c’est bien plus simple.

Quand vous êtes Pedicab Driver, vous êtes au contact des gens tous les temps. Vous tournez dans la ville des heures durant, tous les jours. Vous voyez tout, vous êtes témoin ou même acteur sans cesse d’une multitude de choses plus ou moins roses. Et vous faites parfois des rencontres qui valent de l’or !

Posant fièrement avec mon Pédicab, en Australie. C’est un moyen de transport écologique très efficace et rapide dans les petits centre-ville. Cependant, il faudra être prêt physiquement ! Et mentalement aussi…

 

Parmi les plusieurs milliers de personnes avec qui j’ai eu contact, parmi les plusieurs centaines de clients que j’ai eu, il y a eu quelques Aborigènes.

Avant de commencer le job, le patron m’avait prévenu : « Si tu prends des Aborigènes, demande leur bien de payer avant que tu les embarques. Si ils ne veulent pas, ne les prend pas ». J’ai trouvé ça déjà bien bizarre !

Puis, de fil en aiguille, on rencontre d’autres personnes. Et ce qui revient le plus est ceci : à Darwin, on ne parle généralement pas d' »Aborigènes », mais de « Noirs ».

J’étais choqué !!!

Ma curiosité cherchait à savoir pourquoi ? Comment ? Comment est-ce possible tant de haine et de discrimination dans ses propos ??

J’étais super heureux quand j’ai eu la chance d’embarquer mes premiers Aborigènes sur le vélo ! C’était des parents qui voulaient faire plaisir à leurs 3 enfants. Ils ont payé à l’avance, avant que je ne le demande, et les jeunes s’étaient éclatés comme des fous pendant que je faisais le tour du pâté de maison avant de les ramener aux parents, très heureux aussi.

 

Alors, il est où le problème ??

 

Le problème ? C’est celui de l’expérience. Pas une expérience, mais plusieurs expériences. Afin de se donner une vue d’ensemble et de partir sur des bases plus réelles pour s’en faire une opinion la plus juste possible.

Car les Aborigènes, je vais peut être vous choquer, mais je les ai de moins en moins aimé…

J’ai eu de nombreux mauvais payeur (c’est à dire des non-payeurs), j’ai failli me faire voler ma sacoche (avec plus de 400$ dedans… Heureusement, elle était bien sécurisée sur moi), et j’ai aussi eu des petits problèmes…

J’étais en pause, garé le long de la rue principale du centre-ville. Je discutais avec un collègue. J’étais à 20 mètres de mon vélo. Un Aborigène approche mon Pedicab, puis commence à le triturer. Règle formelle : ne jamais laisser toucher quiconque au vélo. Je vais donc le voir pour simplement lui dire de ne pas toucher le vélo. Il fait semblant de ne pas m’entendre et continue bien allègrement avec les manettes de frein, et essaye enfin de s’asseoir sur la selle. Alors je me met à lever un peu le ton, qu’il comprenne qu’il faut qu’il arrête là tout de suite.

Il s’arrête net, me regarde quelque secondes sans bouger, et me met un grand coup de point au visage en m’insultant. Heureusement pour moi, il a raté son coup, donc je n’ai pas eu bien mal, même si mon oreille gauche s’est souvenue de la frappe toute la nuit…

 

Depuis cette histoire, les Aborigènes, je les ai définitivement détestés. S’en était de trop avec tous ces problèmes. J’ai oublié tout leur passé, toutes leurs histoires… Je n’en avait plus rien à faire. J’étais trop énervé. Je ne les ai plus jamais pris sur le vélo, je ne leur ai plus jamais adressé la parole. Plus de contact, plus de problème.

En roulant en ville, je les voyait faire n’importe quoi, se comporter n’importe comment, éclater des bouteilles par terre, s’énerver, provoquer, se battre,…

J’ai alors aussi compris en partie pourquoi les gens les détestaient à ce point : ce sont les alcooliques, les drogués, les sans domicile fixe, les fauteurs de trouble ne s’empêchant en rien pour casser.

Un beau soir, le même Aborigène qui m’avait frappé revient vers moi. Je l’ai tout de suite reconnu. Alors je me suis poussé en disant « Eh, je te connais toi, me remet pas un coup ! ». Mais il venait pour s’excuser de ce qu’il avait fait. Je lui ai dit que j’appréciais son geste, mais que je ne l’excusais pas car ça n’avait aucun sens ce qu’il avait fait. C’est la dernière fois que je leur parlerai.

 

Le temps passant un peu, les choses se calmant avec le temps, j’ai un peu « oublié » tous ces détails.

 

Puis, à force de me balader dans les rues et de les voir, mes pensées ont repris une direction totalement différente. Je me suis rappelé leur histoire. Et je les voyais, là, sous mes yeux, assis sur les trottoirs à jouer de la musique pour espérer gagner quelques centimes…

Je me souviens de tout, de tous les détails.

Je me souviens de ce groupe de jeunes, bien alcoolisé, qui dansaient comme des fous sur la musique jouée par un Aborigène. Je me souviens aussi de ce groupe de personne qui prenait des selfies avec eux. Je me souviens de cette très vieille dame Aborigène, dormant avachie dans son fauteuil roulant sur le trottoir. Je me souviens de ceux qui faisaient des piles avec leur bouteilles de bière, de ceux qui les fracassaient contre les voitures qui passaient ou qui étaient garées. Je me souviens de celles et de ceux qui s’engueulaient, voire se battaient. Je me souviens de celles et ceux qui titubaient à s’en taper les poteaux et les poubelles…

En allant bosser, je passais devant des résidences où ils étaient placés, parfois totalement insalubres et où ils vivaient les uns sur les autres…

Bref, j’en aurait encore pour des heures à ressortir tous les détails, et mieux encore les gestes, les sons et les odeurs (d’alcool)…

Logements Aborigènes à Darwin. L’extérieur à l’air correct, mais ne regardez pas l’intérieur !

 

Les Aborigènes des villes, c’est très dur. C’est dur de voir comment ils vivent, comment ils sont… C’est tellement moche qu’on a parfois du mal à le regarder, à accepter ce que l’on voit.

Dès le début de soirée, ils sont déjà presque tous alcoolisés, tous les jours. Dans la nuit, la plupart sont complètement bourrés, parfois complètement drogués. Parfois, ils se font embarquer au commissariat. Et le lendemain matin, on les voit dormir au milieu des pelouses dans des positions reconnaissables entre toutes : celles des personnes qui ont vraiment trop bu…

J’avais tout ça sous les yeux, tous les soirs, toutes les nuits, toute la semaine. Et j’avais pitié. Je trouvais leurs conditions de vie totalement inacceptables. C’était inadmissible. Incompréhensible que l’on puisse laisser ces personnes dans ces conditions alors que nous sommes dans une grande ville, dans un pays développé et riche.

Alors j’ai repris contact, si je puis dire, avec les Aborigènes. J’ai tout remis à zéro, comme rien ne s’était passé. J’ai commencé à les faire remonter sur mon vélo.

 

Le changement

Au début, c’était pas simple. Le premier que j’ai repris, il ne m’a pas payé. Il m’avait laissé en plan dehors, en prétextant qu’il avait l’argent chez lui. Bien sûr, quand il m’a dit ça, je savais déjà qu’il n’allait pas revenir…

Mais j’ai persévéré.

Il y a eu cet Aborigène complètement bourré, les bras en l’air, une bière dans chaque main, qui zigzaguait en plein milieu de la grande avenue du centre-ville. J’ai dû m’arrêter sur le coté et vite le ramener sur le trottoir tant bien que mal avant qu’il ne se fasse écraser !

Et en parlant de se faire écraser, j’ai bien cru que j’allais être le témoin d’un suicide lorsque j’en ai vu un essayer de se jeter sous les roues d’une voiture qui passait !! C’était moins une.

J’ai à nouveau eu des tours de pâté de maison avec des jeunes, mais aussi des adultes… Qui allaient chercher leur alcool alors qu’ils avaient déjà au moins 3 grammes dans le sang à 19 heures… Je me sentais coupable. J’espérais qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour tout prendre. C’est à dire tellement d’alcool qu’il faudrait être 4 pour tout porter… Je me sentais participer à leur malheur quand je les y amenais.

Un liquor shop, ou encore bottle shop. En Australie, on achète les alcools dans des boutiques spécialisées, comme au Canada.

 

L’Aborigène artiste

Un jour, en début d’après-midi, j’allais à la banque déposer mon argent de la semaine. En ressortant de la banque, j’entends une guitare qui commence à jouer. C’était un vieil Aborigène, assis sur le trottoir les jambes croisées sur une serviette. Il enchaînait des accords que je connaissais bien. Des accords que tout le monde connaît :

« Imagine » de John Lennon.

Je me suis arrêté direct quand il a commencé à chanter. Sa voix très rauque et très usée, sans être trop grave, m’a directement emporté. Il la chantait tellement bien qu’on aurait dit que c’était lui qui l’avait composée. On aurait dit que les paroles faisaient partie intégrante de sa vie. Il y croyait dur comme fer, balançant légèrement son buste de gauche à droite au rythme doux de la chanson.

John Lennon était littéralement balayé par cet Aborigène croisé dans la rue.

Incroyable. Mémorable. J’étais scotché.

J’étais planté devant lui tout le long. Tout le monde passait devant, en regardant par terre… Ce mec est un génie. Il interprète une chanson à la perfection, et tout le monde s’en fou. Lorsqu’il en a eu fini, je lui ai donné une pièce de 2$. (en espérant qu’il n’allait pas la dépenser le soir même dans l’alcool…).

 

Le soir, reprise du boulot. Et comme par magie, on aurait dit que mon « pardon » avait été fait. Mon « pardon » pour toutes les fois où je me suis énervé contre eux, et où je les ai parfois même insulté !

Jusqu’à la fin de mon job, ils m’ont tous payés et ils ont tous été très sympas. C’était le jour et la nuit. Même si ça ne les empêchait pas d’être toujours autant alcoolisés et/ou drogués. À chaque fois que c’était le cas, je faisais bien attention à ne pas les amener chercher de l’alcool, ce que bien sûr ils détestaient ! Mais au moins, je ne me sentais pas mal de faire ce geste « participatif ».

Le comble du comble fût mon dernier client en Pedicab… Parmi les 150.000 habitants de la ville, c’était une Aborigène. Je ne suis pas du tout croyant, mais des fois j’ai vraiment l’impression qu’il y a des coïncidences…

 

Le dernier client

Il était 4 heures du matin.

Je retournais au garage où l’on entrepose les vélos. C’est un peu en dehors du centre-ville, loin du « zoo » qui se passe presque tous les soirs (sauf le lundi !) dans cette ville très jeune et très fêtarde. Une dame m’interpelle depuis le trottoir. Vu l’heure qu’il est, je me demande bien ce qu’elle fait là.

Elle me demande si je ne connais pas un endroit où dormir. À Darwin, il y a des tonnes d’hôtels, mais surtout des hôtels à plus de 200$ la nuit… Donc je lui propose une auberge de jeunesse, mais vu l’heure qu’il est, on ne va pas la recevoir. Elle me dit qu’elle s’en fiche. Bon.

Par chance, je dors dans le lieu le moins cher de la ville, à 25$ la nuit en dortoir. Mieux encore, il y a un gardien de nuit que je connais bien maintenant, étant donné mes horaires.

Un type vraiment sympa, et qui sait ce que c’est de chercher où dormir convenablement étant donné son passé. C’est sa prothèse à la jambe gauche qui l’a mis dans la plus belle mouise de sa vie… Bref, il pourrait peut être la laisser dormir quelques heures sur un canapé dans la grande pièce commune.

Cette dame est calme, et a un comportement tout à fait normal. On dirait qu’elle vient de se réveiller ! Alors je commence à discuter avec elle, surtout qu’elle à l’air un peu perplexe.

Elle fini par me dire qu’elle habite dans un de ces fameux « HLM » pour Aborigènes, et qu’une baston a éclatée dans la nuit, à cause de l’alcool. Ils étaient une bonne quinzaine dehors à se battre. La bagarre s’est finie il y a quelques temps et elle ne veut pas dormir chez elle, car elle a peur que ça recommence à nouveau dans la nuit. Elle cherche a dormir en sécurité.

J’espère l’aider, en tout cas j’y met tout ce que je peux, pour qu’elle puisse effectivement dormir normalement, même si je sais que ce sera très dur à cette heure, et vu comment dans cette ville les gens sont racistes et peu tolérants envers les Aborigènes…

Je la dépose donc à mon auberge, et lui dit d’aller expliquer son cas au gardien de nuit, tout en disant qu’elle vient de ma part pour augmenter ses chances. Je l’attends dehors sur le vélo, pour m’assurer.

Quelques minutes plus tard, elle ressors, l’air dépitée. Ça n’a pas marché.

Je lui propose alors qu’elle dorme dans le parc en face de l’auberge, que je n’ai rien d’autre à lui proposer. Elle accepte, déçue. Je lui donne le reste de ma bouteille d’eau, c’est tout ce que j’ai pour elle. Elle veut me payer. Je lui dit que non, que demain je ne travaille plus et que c’est la dernière personne que j’ai emmenée. J’avais déjà passé la nuit à faire des prix au rabais.

Elle me remercie très chaleureusement pour mon aide, en me serrant dans ses bras…

 

Quelques semaines plus tard, mon voyage en Australie m’emmenait dans le Red Center, un désert en plein cœur de l’Australie, où l’on trouve le fameux rocher « Uluru », et les fameuses montagnes « Mount Olgas ». Un haut lieux de la culture et de l’histoire Aborigène.

J’ai pris une claque monstrueuse, impensable, à cet endroit.

J’ai pu apprendre quelques histoires sur les croyances Aborigènes, j’ai pu m’immiscer un peu dans leur vraie vie : pas celle en ville, mais celle de chasseur-cueilleur. Après ces 3 jours dans le désert, au beau milieu de leur véritable lieu de vie, j’ai détesté l’humanité, j’ai détesté la planète entière, j’ai perdu toute foi en toute vie humaine.

Le rocher sacré de Uluru, en plein milieu du désert.

 

Comment a-t-on pu faire ça. C’est horrible. C’est un cauchemar qu’on ne peut même pas faire ni imaginer tellement il est violent.

Je pensais alors aussi aux indiens quand on a découvert l’Amérique du Nord. J’ai aussi pensé aux africains lors des nombreuses colonisations. Et tant d’autres encore. Comment peut-on faire ça, alors que ce sont des gens de notre propre espèce.

Je ne le comprenais déjà pas, mais je comprends encore de moins en moins pourquoi une différence de couleur de peau, de culture ou de quoi que ce soit d’autre est rejetée de cette façon ?

Les réponses sont très difficiles à trouver.

En attendant, je les ai aussi détestés, à ma façon, avec mon expérience. Mais j’ai été suffisamment curieux et ouvert pour changer la donne. J’ai voulu me prouver le contraire, j’ai essayer d’aller vers eux. Je suis repassé du bon côté. Même si il est très difficile de les comprendre et de comprendre leur histoire dans son entièreté.

 

Aujourd’hui, ce sont des personnes que je respecte avec un grand « R », et que j’admire avec un grand « A ». Pour ce qu’ils ont vécu, et pour leur courage.

Et je demande bien sûr à quiconque croisera un Aborigène de le saluer et de le respecter autant qu’il le pourra !

 

Aymeric LECOSSOIS
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