Archives par mot-clé : culture

Singapour #2 : Colonial District, The Quays, Marina Bay

Le quartier Colonial District présente une architecture du 19ème Siècle, pléthore de musées et de magasins. Le quartier The Quays borde la rivière de Singapour, avec ses restaurants, ses bars et ses boîtes de nuit. à l’embouchure de la rivière se trouve le quartier de Marina Bay, où l’on trouve un fantastique jardin botanique et un buildings des plus reconnaissable : le Marina Bay Sands.

Avec tout ça, il y a de quoi faire !

Colonial District

Une architecture du 19ème siècle sur fond de gratte-ciels tout neufs, des musées, des parcs, des galeries marchandes, se promener sur les quais de la rivière Singapour… Le Colonial District, c’est tout ça !

La carte


Asian Civilisations Museum

Un superbe musée sur 3 étages qui retrace l’histoire des religions en Asie et qui renferme une collection incroyable d’objets de toute sorte : bijoux, textiles, statues, vaisselle, meubles… On y apprends et découvre l’Histoire, les cultures et les religions de l’Asie du Sud-Est, de l’Inde et de la Chine. L’entrée est à 8$ SGP. A voir absolument !


Saint Andrew’s Cathedral

Construite en 1838 et détruite par un orage violent, elle fut reconstruite dans sa forme actuelle en 1862. C’est un des plus beaux exemples de l’architecture gothique anglaise.


MICA Building

D’une architecture néo-renaissance, ce building est très coloré. Il renferme une galerie d’art d’artistes locaux et des bureaux.

Bon plan pour manger bon et pas cher : le Food Court en face de la station de pompier sur Hill Street, non-loin du MICA Building.


Peranakan Museum

Les Peranakan sont les Singapouriens de pure souche. Comment ne pas visiter ce musée? On y découvre leur culture et leurs traditions. Sont aussi présentés des costumes de cérémonie, des meubles, des photos d’époque, de la porcelaine fine. L’entrée est à 6$ SGP.

 

 

The Quays

Tout le long de la Singapour River se situe le quartier The Quays. On passe d’un quai à l’autre via des ponts centenaires, dont le Elgin Bridge, le Coleman Bridge, ou encore le Read Bridge.

La carte

Sur fond de gratte-ciel récent et démesurés se situent de petits immeubles mitoyens d’époque, juste rafraîchis, témoignant de l’extraordinaire passé de la ville.

En effet, c’est ici que plusieurs décennies en arrière, on amenait ses produits par bateau pour les échanger ou les vendre ici même ! À Clark Quay, on pourra apprécier un bon repas dans un des nombreux restaurants.

 

 

Marina Bay

À l’embouchure de la rivière Singapour se situent jardin botanique, hôtels de luxe, casino, et ce building reconnaissable entre tous, le Marina Bay Sands. Une belle promenade fait le tour de la baie, avec un beau point de vue sur la Skyline. Parfait pour les photos de coucher de soleil. Au bout de la promenade se trouve le musée des sciences, avec sa forme en pétale de lotus très originale.

La carte


Gardens by the Bay

Considéré comme le jardin botanique du futur, c’est un projet hi-tech d’un milliard de dollars ! C’est un des poumons de la ville, généralement bien polluée par la circulation et le climat tropical. Ses conservatoires rassemblent plus de 217.000 plantes de 800 espèces différentes. Au centre de l’un d’eux, on trouve une montagne artificielle avec une cascade de 35 mètres de haut !

À la Supertree Grove, on trouve 18 « arbres géants » de métal, recouverts de plus de 160.000 plantes. Ce sont en fait des « échappements » des deux conservatoires. À l’intérieur de ces structures se trouvent des turbines qui permettent de créer de l’électricité !

Deux de ces arbres géants sont reliés par une plate-forme, sur laquelle on peut apprécier la vue sur l’immense jardin botanique, depuis 22 mètres de hauteur. On a aussi une vue imprenable sur le gratte-ciel Marina Bay Sands.

 

Helix Bridge

Ce pont piéton permet de rejoindre l’autre côté de la baie, qui est une grande esplanade où passe le circuit de Formule 1. On y trouve aussi une scène ouverte pour des spectacles en plein air, et un stade de foot qui a la particularité d’être sur l’eau ! Depuis le pont, la vue sur le musée des sciences est très sympa !

Le Helix Bridge, tout à gauche. Au centre le Marina Bay Sands. Tout à droite, le musée des sciences.


Singapore Flyer

Une roue d’observation haute de 165 mètres ! Un panorama impressionnant sur la ville, à 360 degrés. Le mouvement de rotation est très lent (30 minutes pour le tour complet), ce qui permet de ne rien rater du paysage ! Le défaut : un petit peu cher, 33$ SGP. On peut y embarquer jusque tard le soir. Parfait pour apprécier les couleurs du coucher de soleil sur la ville !

La vue depuis le point le plus haut de la roue.

 

Merlion Park

Prenez le Esplanade Bridge ou le Anderson Bridge et prenez vous en photo avec la fameuse tête de lion dont la cascade se jette dans la baie ! Attention, le sport favori ici est l’esquive de perche à selfie !

 

Aymeric Lecossois – Pictures From The World
Qui suis-je?

Slovénie #2 : Ljubljana, capitale verte

J’ai commencé ma visite le Ljubljana par son château. C’était sans le vouloir. Cependant, j’en fait, à mon sens, un bon conseil : commencez par le château ! Non seulement pour la culture et l’histoire de la région, mais aussi pour avoir un point de vue « aérien » de la ville, avant de vous lancer dans ses rues au charme unique.

En redescendant par le chemin marqué « vieille ville », je tombe sur une grande place où le marché dure toute la journée. Je le visite. Je regarde des guêpes dévorer en masse une grosse pastèque coupée en deux, au milieu des bonnes odeurs de fruits et légumes. Un bon début pour visiter cette capitale.

La ville de Ljubljana est assez touristique. Elle est aussi relativement petite (pour une capitale) : 280.000 habitants. On ne peut pas s’y perdre !

Une propreté exemplaire et un silence incomparable !

En trois croisements, me voilà sur la fameuse place des trois ponts. C’est superbe. Tout est pavé, les ponts passant au-dessus de la rivière de Ljubljana (c’est son nom) sont très courts. Les vieux bâtiments sont parfaitement restaurés. On y sentirait presque l’odeur de peinture neuve. La propreté est exemplaire : le sol est exempt de tout déchet, et même du moindre chewing-gum écrasé. Soudain, je remarque quelque chose dont je n’ai pas l’habitude en pleine ville…

C’est le silence !

On entend seulement les gens parler entre eux… Les voitures ont totalement disparues du paysage. Tout le centre-ville est dénudé de quatre roues, tout comme de deux roues ou encore de bus. Tout le monde ici utilise des moyens écologiques de déplacement. Je citerai bien sûr la marche, le vélo, la trottinette, le skateboard, ou même les rollers. Beaucoup de femmes roulent à vélo, mais de beaux vélos de style hollandais, avec des couleurs claires. Je remarque alors autre chose de bien différent par rapport à la montagne et la campagne…

  • A la montagne, on montre ses muscles dans un attirail qui les mettent le plus en valeur.
  • À la campagne, peu importe, on passe la journée à se salir à travailler la terre.
  • À la ville, on prend soin de son image d’une autre manière : la mode est de sortie, et c’est un vrai défilé.

Les hommes sont en pantalon et belles chemises à manches courtes. Ils se pavanent derrière leurs lunettes de soleil. Les femmes, toujours une mode d’avance sur les hommes, sont la plupart du temps en robe ou en combinaison. La mode actuelle est apparemment aux motifs, avec un penchant pour les pois que je croise régulièrement. Au niveau des jeans, c’est la mode du troué ou du déchiré. Certaines ont des grands chapeaux ondulés.

Et la vieille-ville, ma foi, est aussi belle que ses habitants. Les bâtiments sont splendides et colorés. Certains présentent une très belle architecture recherchée. Le long de la rivière, les bars et les restaurants se succèdent sur des centaines de mètres, jonglant entre musique électronique et jazz. Quand je m’écarte un peu de la foule, je tombe sur des petites rues au charme fou et aux façades splendides.

Je fini par traverser toute la ville en direction de l’ouest, pour me poser un peu au parc Tivoli. Je retrouve la circulation automobile avant d’entrer dans le parc. Quelle agression après tout ce temps passé en ville sans ce bruit et ces odeurs… Le parc est sympa, sans être extraordinaire.


Un passé tumultueux

Ljubljana n’est pas grande, mais il y a de tout et pour tous les goûts. Centre historique, châteaux historiques, grands espaces verts, bâtiments de l’ère communiste. L’ambiance est chaleureuse et animée, principalement dû aux 40.000 étudiants venus du monde entier pour étudier ici.

La ville démarre son histoire en 2000 av. J.C. À cette époque, les premiers habitants vivaient dans des cabanes sur pilotis, dans des marais. On vit de la chasse, de la pêche et d’agriculture. On se déplace en embarcation de bois, de style radeau, dans les marais. Le lieu est déjà un haut-lieu de passage pour de nombreuses populations.

Les Romains construisent un premier fort en 1000 av. J.C., faisant grandir la ville, alors appelée Emona, qui se voit alors rattachée à l’Italie. Au cinquième siècle, elle se fait envahir et détruire par les Huns, les Osthrogos puis les Lombards. Mais ses habitants arrivent toujours à la reconstruire.

Au sixième siècle, la ville compte 5.000 habitants et dispose de son propre réseau d’égouts, un grand luxe pour l’époque. Elle est le théâtre de nombreux combats, mais est maintenant suffisamment grande et bien défendue pour être détruite comme par le passé. Elle obtient son statut de ville en 1220.

Au quinzième Siècle, la ville est connue pour la qualité de son art. Après un tremblement de terre qui ravage la ville au début du seizième Siècle, la ville est reconstruite dans un style architectural Renaissance et adoptera le style baroque au 17ème.

En 1815, la ville devient autrichienne et les premiers trains y circulent. Alors qu’elle compte 30.000 habitants, la cité est à nouveau frappée par un tremblement de terre important qui détruit 10% des bâtiments. Ceux-ci seront reconstruits dans le style Art Nouveau.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la ville devient italienne, puis allemande en 1943. Pour la protéger et être sûrs de la garder, les allemands l’entoure de trente kilomètres de barbelés. Plus personne ne peut y entrer ou en sortir. Depuis 1991 et l’indépendance, elle est la capitale de Slovénie.

Le pays a ensuite rejoint l’Union Européenne en 2004.

Une sacrée histoire !

Ljubljana, la « petite grande »

Ljubljana est une très belle capitale qui mérite un détour de quelques jours. Elle a vraiment tout pour elle. Touristique sans trop être touristique, verte, écolo, propre, calme et excentrique à la fois. De « petite » taille, elle est très facile à visiter et présente une belle vitrine de la réussite du passage à l’Europe, ainsi qu’une architecture graphique intéressante.

Mais comme dans tous les pays, Ljubljana ne représente pas entièrement la Slovénie, même si ça s’en rapproche. Toutefois, cela est normal. Imaginez-vous dire que Paris c’est la France et que New-York, c’est les Etats-Unis !

Louer une voiture (ou un vélo !) et visiter les autres régions est primordial pour comprendre le pays et sa culture. Pour cela, je vous invite à vous diriger vers la région montagneuse des Alpes Juliennes, en Haute-Carniole ! Vous pouvez aussi aller dans les Alpes de Kamnik, au nord de Ljubljana.

Cet article contient des passages de mon ebook « Dober dan Slovenija ». Il raconte mon roadtrip de trois semaines en Slovénie, entre haute montagne, mer, campagnes et régions reculées oubliées des touristes. Vous pouvez le télécharger gratuitement à ce lien : http://pixfromworld.fr/bonjour-slovenie-ebook-gratuit/


Aymeric Lecossois – Pictures From The World

Qui suis-je?

Mon expérience avec les Aborigènes en Australie

Voilà un sujet que je trouve délicat et complexe. Je n’ai jamais réellement osé l’aborder. Parce que les Aborigènes, ils ont une sacrée histoire. Disons-le clairement : une histoire pleine de haine, pleine de sang. La faute aux « hommes blancs », venus coloniser le pays à la fin du 18ème siècle.

J’ai vu un reportage à la télévision, la veille où j’écris cet article. Un reportage sur une tribu du Nord-Ouest australien, un peuple à l’avenir très incertain mais au sein duquel certaines personnes réalisent que la fin du règne de leur tribu approche à grands pas. En cause numéro une : l’homme blanc qui a apporté l’alcool et qui a massacré les Aborigènes jusque dans les années 70 (!), moment où le gouvernement australien s’est « excusé » de ce génocide certain.

Cette famille Aborigène dont le documentaire s’attardait cherchait à fuir ce passé, à fuir ces violences. Elle passait son temps à revenir en arrière, à revenir sur les traces de leurs ancêtres. Ils étaient redevenus de véritables nomades chasseurs-cueilleurs, loin de toute violence. Ils prenaient à nouveau le plaisir d’être libre, de faire ce que bon leur semble.

Il partageaient face caméra, avec très grande difficulté, leur passé, leur histoire en tant que personne. Les abus complètement fous des hommes blancs qui venaient voler leurs enfants, qui venaient abuser physiquement et sous toutes les formes des femmes et des hommes qui n’avaient rien demandé, si ce n’est qu’on les laisse tranquille…

Le tout dans le but de supprimer les Aborigènes…

C’est ce reportage précis qui m’a finalement poussé à lever mes peurs et mes craintes, et de raconter mon histoire et mon expérience avec eux.

Aller, j’avoue, c’était un reportage de « Rendez-vous en Terre Inconnue ».

 

Pourquoi craindre et avoir peur d’en parler ?

Tout d’abord car quand un Aborigène dit « homme blanc », je me sens visé. Car ils parlent des Européens en disant cela (et notamment des anglais et des hollandais). Même si ce n’était pas à mon époque, même si je ne leur ai rien fait de mal directement, je me sens visé. Car c’est mon peuple qui est visé.

Ensuite, car leur culture et leur histoire est tellement fascinante, complexe, riche et variée, et à la fois pleine de déboires et de massacre, qu’il faut du temps pour s’en remettre. Il faut du temps pour mettre tous les éléments que l’on a appris sur eux à leur place. Il faut du recul pour réaliser ce qu’il s’est réellement passé. Il faut se perdre aussi un peu pour rentrer dans leur univers et dans leurs croyances.

 

Mon histoire et mon expérience

Ce reportage m’a rappelé absolument tous mes souvenirs avec les Aborigènes que j’ai pu voir, côtoyer, rencontrer, et même aidé, lorsque j’étais à Darwin, au Nord du pays. Darwin est une des grandes villes australienne où la population Aborigène est la plus grande.

J’y suis resté 2 mois, car j’y travaillais. Et si je les ai vu, côtoyé, rencontré et même aidé, c’est parce que je faisais le taxi dans la ville, le taxi à vélo (Pedicab Driver). Comme ça, pas besoin de baisser sa fenêtre pour discuter, c’est bien plus simple.

Quand vous êtes Pedicab Driver, vous êtes au contact des gens tous les temps. Vous tournez dans la ville des heures durant, tous les jours. Vous voyez tout, vous êtes témoin ou même acteur sans cesse d’une multitude de choses plus ou moins roses. Et vous faites parfois des rencontres qui valent de l’or !

Posant fièrement avec mon Pédicab, en Australie. C’est un moyen de transport écologique très efficace et rapide dans les petits centre-ville. Cependant, il faudra être prêt physiquement ! Et mentalement aussi…

 

Parmi les plusieurs milliers de personnes avec qui j’ai eu contact, parmi les plusieurs centaines de clients que j’ai eu, il y a eu quelques Aborigènes.

Avant de commencer le job, le patron m’avait prévenu : « Si tu prends des Aborigènes, demande leur bien de payer avant que tu les embarques. Si ils ne veulent pas, ne les prend pas ». J’ai trouvé ça déjà bien bizarre !

Puis, de fil en aiguille, on rencontre d’autres personnes. Et ce qui revient le plus est ceci : à Darwin, on ne parle généralement pas d' »Aborigènes », mais de « Noirs ».

J’étais choqué !!!

Ma curiosité cherchait à savoir pourquoi ? Comment ? Comment est-ce possible tant de haine et de discrimination dans ses propos ??

J’étais super heureux quand j’ai eu la chance d’embarquer mes premiers Aborigènes sur le vélo ! C’était des parents qui voulaient faire plaisir à leurs 3 enfants. Ils ont payé à l’avance, avant que je ne le demande, et les jeunes s’étaient éclatés comme des fous pendant que je faisais le tour du pâté de maison avant de les ramener aux parents, très heureux aussi.

 

Alors, il est où le problème ??

 

Le problème ? C’est celui de l’expérience. Pas une expérience, mais plusieurs expériences. Afin de se donner une vue d’ensemble et de partir sur des bases plus réelles pour s’en faire une opinion la plus juste possible.

Car les Aborigènes, je vais peut être vous choquer, mais je les ai de moins en moins aimé…

J’ai eu de nombreux mauvais payeur (c’est à dire des non-payeurs), j’ai failli me faire voler ma sacoche (avec plus de 400$ dedans… Heureusement, elle était bien sécurisée sur moi), et j’ai aussi eu des petits problèmes…

J’étais en pause, garé le long de la rue principale du centre-ville. Je discutais avec un collègue. J’étais à 20 mètres de mon vélo. Un Aborigène approche mon Pedicab, puis commence à le triturer. Règle formelle : ne jamais laisser toucher quiconque au vélo. Je vais donc le voir pour simplement lui dire de ne pas toucher le vélo. Il fait semblant de ne pas m’entendre et continue bien allègrement avec les manettes de frein, et essaye enfin de s’asseoir sur la selle. Alors je me met à lever un peu le ton, qu’il comprenne qu’il faut qu’il arrête là tout de suite.

Il s’arrête net, me regarde quelque secondes sans bouger, et me met un grand coup de point au visage en m’insultant. Heureusement pour moi, il a raté son coup, donc je n’ai pas eu bien mal, même si mon oreille gauche s’est souvenue de la frappe toute la nuit…

 

Depuis cette histoire, les Aborigènes, je les ai définitivement détestés. S’en était de trop avec tous ces problèmes. J’ai oublié tout leur passé, toutes leurs histoires… Je n’en avait plus rien à faire. J’étais trop énervé. Je ne les ai plus jamais pris sur le vélo, je ne leur ai plus jamais adressé la parole. Plus de contact, plus de problème.

En roulant en ville, je les voyait faire n’importe quoi, se comporter n’importe comment, éclater des bouteilles par terre, s’énerver, provoquer, se battre,…

J’ai alors aussi compris en partie pourquoi les gens les détestaient à ce point : ce sont les alcooliques, les drogués, les sans domicile fixe, les fauteurs de trouble ne s’empêchant en rien pour casser.

Un beau soir, le même Aborigène qui m’avait frappé revient vers moi. Je l’ai tout de suite reconnu. Alors je me suis poussé en disant « Eh, je te connais toi, me remet pas un coup ! ». Mais il venait pour s’excuser de ce qu’il avait fait. Je lui ai dit que j’appréciais son geste, mais que je ne l’excusais pas car ça n’avait aucun sens ce qu’il avait fait. C’est la dernière fois que je leur parlerai.

 

Le temps passant un peu, les choses se calmant avec le temps, j’ai un peu « oublié » tous ces détails.

 

Puis, à force de me balader dans les rues et de les voir, mes pensées ont repris une direction totalement différente. Je me suis rappelé leur histoire. Et je les voyais, là, sous mes yeux, assis sur les trottoirs à jouer de la musique pour espérer gagner quelques centimes…

Je me souviens de tout, de tous les détails.

Je me souviens de ce groupe de jeunes, bien alcoolisé, qui dansaient comme des fous sur la musique jouée par un Aborigène. Je me souviens aussi de ce groupe de personne qui prenait des selfies avec eux. Je me souviens de cette très vieille dame Aborigène, dormant avachie dans son fauteuil roulant sur le trottoir. Je me souviens de ceux qui faisaient des piles avec leur bouteilles de bière, de ceux qui les fracassaient contre les voitures qui passaient ou qui étaient garées. Je me souviens de celles et de ceux qui s’engueulaient, voire se battaient. Je me souviens de celles et ceux qui titubaient à s’en taper les poteaux et les poubelles…

En allant bosser, je passais devant des résidences où ils étaient placés, parfois totalement insalubres et où ils vivaient les uns sur les autres…

Bref, j’en aurait encore pour des heures à ressortir tous les détails, et mieux encore les gestes, les sons et les odeurs (d’alcool)…

Logements Aborigènes à Darwin. L’extérieur à l’air correct, mais ne regardez pas l’intérieur !

 

Les Aborigènes des villes, c’est très dur. C’est dur de voir comment ils vivent, comment ils sont… C’est tellement moche qu’on a parfois du mal à le regarder, à accepter ce que l’on voit.

Dès le début de soirée, ils sont déjà presque tous alcoolisés, tous les jours. Dans la nuit, la plupart sont complètement bourrés, parfois complètement drogués. Parfois, ils se font embarquer au commissariat. Et le lendemain matin, on les voit dormir au milieu des pelouses dans des positions reconnaissables entre toutes : celles des personnes qui ont vraiment trop bu…

J’avais tout ça sous les yeux, tous les soirs, toutes les nuits, toute la semaine. Et j’avais pitié. Je trouvais leurs conditions de vie totalement inacceptables. C’était inadmissible. Incompréhensible que l’on puisse laisser ces personnes dans ces conditions alors que nous sommes dans une grande ville, dans un pays développé et riche.

Alors j’ai repris contact, si je puis dire, avec les Aborigènes. J’ai tout remis à zéro, comme rien ne s’était passé. J’ai commencé à les faire remonter sur mon vélo.

 

Le changement

Au début, c’était pas simple. Le premier que j’ai repris, il ne m’a pas payé. Il m’avait laissé en plan dehors, en prétextant qu’il avait l’argent chez lui. Bien sûr, quand il m’a dit ça, je savais déjà qu’il n’allait pas revenir…

Mais j’ai persévéré.

Il y a eu cet Aborigène complètement bourré, les bras en l’air, une bière dans chaque main, qui zigzaguait en plein milieu de la grande avenue du centre-ville. J’ai dû m’arrêter sur le coté et vite le ramener sur le trottoir tant bien que mal avant qu’il ne se fasse écraser !

Et en parlant de se faire écraser, j’ai bien cru que j’allais être le témoin d’un suicide lorsque j’en ai vu un essayer de se jeter sous les roues d’une voiture qui passait !! C’était moins une.

J’ai à nouveau eu des tours de pâté de maison avec des jeunes, mais aussi des adultes… Qui allaient chercher leur alcool alors qu’ils avaient déjà au moins 3 grammes dans le sang à 19 heures… Je me sentais coupable. J’espérais qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour tout prendre. C’est à dire tellement d’alcool qu’il faudrait être 4 pour tout porter… Je me sentais participer à leur malheur quand je les y amenais.

Un liquor shop, ou encore bottle shop. En Australie, on achète les alcools dans des boutiques spécialisées, comme au Canada.

 

L’Aborigène artiste

Un jour, en début d’après-midi, j’allais à la banque déposer mon argent de la semaine. En ressortant de la banque, j’entends une guitare qui commence à jouer. C’était un vieil Aborigène, assis sur le trottoir les jambes croisées sur une serviette. Il enchaînait des accords que je connaissais bien. Des accords que tout le monde connaît :

« Imagine » de John Lennon.

Je me suis arrêté direct quand il a commencé à chanter. Sa voix très rauque et très usée, sans être trop grave, m’a directement emporté. Il la chantait tellement bien qu’on aurait dit que c’était lui qui l’avait composée. On aurait dit que les paroles faisaient partie intégrante de sa vie. Il y croyait dur comme fer, balançant légèrement son buste de gauche à droite au rythme doux de la chanson.

John Lennon était littéralement balayé par cet Aborigène croisé dans la rue.

Incroyable. Mémorable. J’étais scotché.

J’étais planté devant lui tout le long. Tout le monde passait devant, en regardant par terre… Ce mec est un génie. Il interprète une chanson à la perfection, et tout le monde s’en fou. Lorsqu’il en a eu fini, je lui ai donné une pièce de 2$. (en espérant qu’il n’allait pas la dépenser le soir même dans l’alcool…).

 

Le soir, reprise du boulot. Et comme par magie, on aurait dit que mon « pardon » avait été fait. Mon « pardon » pour toutes les fois où je me suis énervé contre eux, et où je les ai parfois même insulté !

Jusqu’à la fin de mon job, ils m’ont tous payés et ils ont tous été très sympas. C’était le jour et la nuit. Même si ça ne les empêchait pas d’être toujours autant alcoolisés et/ou drogués. À chaque fois que c’était le cas, je faisais bien attention à ne pas les amener chercher de l’alcool, ce que bien sûr ils détestaient ! Mais au moins, je ne me sentais pas mal de faire ce geste « participatif ».

Le comble du comble fût mon dernier client en Pedicab… Parmi les 150.000 habitants de la ville, c’était une Aborigène. Je ne suis pas du tout croyant, mais des fois j’ai vraiment l’impression qu’il y a des coïncidences…

 

Le dernier client

Il était 4 heures du matin.

Je retournais au garage où l’on entrepose les vélos. C’est un peu en dehors du centre-ville, loin du « zoo » qui se passe presque tous les soirs (sauf le lundi !) dans cette ville très jeune et très fêtarde. Une dame m’interpelle depuis le trottoir. Vu l’heure qu’il est, je me demande bien ce qu’elle fait là.

Elle me demande si je ne connais pas un endroit où dormir. À Darwin, il y a des tonnes d’hôtels, mais surtout des hôtels à plus de 200$ la nuit… Donc je lui propose une auberge de jeunesse, mais vu l’heure qu’il est, on ne va pas la recevoir. Elle me dit qu’elle s’en fiche. Bon.

Par chance, je dors dans le lieu le moins cher de la ville, à 25$ la nuit en dortoir. Mieux encore, il y a un gardien de nuit que je connais bien maintenant, étant donné mes horaires.

Un type vraiment sympa, et qui sait ce que c’est de chercher où dormir convenablement étant donné son passé. C’est sa prothèse à la jambe gauche qui l’a mis dans la plus belle mouise de sa vie… Bref, il pourrait peut être la laisser dormir quelques heures sur un canapé dans la grande pièce commune.

Cette dame est calme, et a un comportement tout à fait normal. On dirait qu’elle vient de se réveiller ! Alors je commence à discuter avec elle, surtout qu’elle à l’air un peu perplexe.

Elle fini par me dire qu’elle habite dans un de ces fameux « HLM » pour Aborigènes, et qu’une baston a éclatée dans la nuit, à cause de l’alcool. Ils étaient une bonne quinzaine dehors à se battre. La bagarre s’est finie il y a quelques temps et elle ne veut pas dormir chez elle, car elle a peur que ça recommence à nouveau dans la nuit. Elle cherche a dormir en sécurité.

J’espère l’aider, en tout cas j’y met tout ce que je peux, pour qu’elle puisse effectivement dormir normalement, même si je sais que ce sera très dur à cette heure, et vu comment dans cette ville les gens sont racistes et peu tolérants envers les Aborigènes…

Je la dépose donc à mon auberge, et lui dit d’aller expliquer son cas au gardien de nuit, tout en disant qu’elle vient de ma part pour augmenter ses chances. Je l’attends dehors sur le vélo, pour m’assurer.

Quelques minutes plus tard, elle ressors, l’air dépitée. Ça n’a pas marché.

Je lui propose alors qu’elle dorme dans le parc en face de l’auberge, que je n’ai rien d’autre à lui proposer. Elle accepte, déçue. Je lui donne le reste de ma bouteille d’eau, c’est tout ce que j’ai pour elle. Elle veut me payer. Je lui dit que non, que demain je ne travaille plus et que c’est la dernière personne que j’ai emmenée. J’avais déjà passé la nuit à faire des prix au rabais.

Elle me remercie très chaleureusement pour mon aide, en me serrant dans ses bras…

 

Quelques semaines plus tard, mon voyage en Australie m’emmenait dans le Red Center, un désert en plein cœur de l’Australie, où l’on trouve le fameux rocher « Uluru », et les fameuses montagnes « Mount Olgas ». Un haut lieux de la culture et de l’histoire Aborigène.

J’ai pris une claque monstrueuse, impensable, à cet endroit.

J’ai pu apprendre quelques histoires sur les croyances Aborigènes, j’ai pu m’immiscer un peu dans leur vraie vie : pas celle en ville, mais celle de chasseur-cueilleur. Après ces 3 jours dans le désert, au beau milieu de leur véritable lieu de vie, j’ai détesté l’humanité, j’ai détesté la planète entière, j’ai perdu toute foi en toute vie humaine.

Le rocher sacré de Uluru, en plein milieu du désert.

 

Comment a-t-on pu faire ça. C’est horrible. C’est un cauchemar qu’on ne peut même pas faire ni imaginer tellement il est violent.

Je pensais alors aussi aux indiens quand on a découvert l’Amérique du Nord. J’ai aussi pensé aux africains lors des nombreuses colonisations. Et tant d’autres encore. Comment peut-on faire ça, alors que ce sont des gens de notre propre espèce.

Je ne le comprenais déjà pas, mais je comprends encore de moins en moins pourquoi une différence de couleur de peau, de culture ou de quoi que ce soit d’autre est rejetée de cette façon ?

Les réponses sont très difficiles à trouver.

En attendant, je les ai aussi détestés, à ma façon, avec mon expérience. Mais j’ai été suffisamment curieux et ouvert pour changer la donne. J’ai voulu me prouver le contraire, j’ai essayer d’aller vers eux. Je suis repassé du bon côté. Même si il est très difficile de les comprendre et de comprendre leur histoire dans son entièreté.

 

Aujourd’hui, ce sont des personnes que je respecte avec un grand « R », et que j’admire avec un grand « A ». Pour ce qu’ils ont vécu, et pour leur courage.

Et je demande bien sûr à quiconque croisera un Aborigène de le saluer et de le respecter autant qu’il le pourra !

 

Aymeric LECOSSOIS
Qui suis-je ?