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Détroit : un fascinant voyage dans le temps

Je redémarre mon bolide Chevrolet. Cette fois, ce n’est pas pour aller faire mes courses ni pour faire quelques dizaines de kilomètres sur l’autoroute histoire de recharger un peu la batterie que le froid de l’hiver Québécois s’amuse a décharger. Non.

Cette fois, c’est pour rejoindre mon acolyte de roadtrip François, afin de s’embarquer dans un voyage en dehors du temps à Détroit… 3 jours en « mode épique » comme il dit souvent !

 

Pourquoi Détroit ?

À la base, en grands fans d’automobiles, nous y allons pour le salon de Détroit, qui se tient au mois de janvier. Mais un aller-retour juste pour passer une journée enfermés dans un salon automobile, c’est dommage! Finalement, nous décidons d’y passer 3 jours, avec au programme, un salon automobile, un match de basket (NBA) et une visite mythique des quartiers de la ville et de ses bâtiments abandonnés les plus connus.

Autant dire, en tout cas pour moi, presque 4 rêves qui se réalisent en même temps !

En ce mois de Janvier, la météo prévoit quelques risques de pluie et quelques éclaircies mais surtout une température fraîche, située entre -8 et 0.

Me voilà sur la route, et surtout sous la neige, pour rejoindre François à la sortie de son boulot qui, au passage, avait déjà travaillé tout le week end en plus de sa semaine normale. De mon coté, j’en était à mon premier jour de repos après 5 jours et 60 heures de nuit. Mais ça n’arrête pas une motivation plus que grande !

Démarrage de la Nissan Versa (gabarit Renault Clio dernières générations), mise en route du GPS et nous voilà déjà partis pour un peu plus de 9h de route et 1000 kilomètres à parcourir… de nuit. Eh oui, il faut rentabiliser le temps ! Bien sûr, c’était sans compter les pauses diverses, les possibles embouteillages et…!

Ne jamais oublier le temps de passage à la douane…

La frontière américaine, en arrivant par la ville de Windsor, au Canada. On a mis 10 minutes a compter les caméras…
On est resté bloqués 1 heure au poste de douane…

 

La douane

Le soleil se lève enfin sur la route et avec la traversée de la ville de Windsor se profile la fin de ces autoroutes aux lignes droites interminables. Oui, le Canada, c’est immense, et le problème c’est qu’il n’y à rien au bord des routes pour s’occuper l’esprit : quelques arbres, des champs, des champs, quelques arbres, encore des champs et c’est tout plat jusqu’à l’horizon. Bref, on a rien rater du paysage, même en peine nuit noire.

Il commence à neiger alors qu’on passe le pont « Ambassador Bridge » qui traverse la Détroit River pour mener à la ville de Détroit et sa douane. Quel accueil on va nous y faire ! Il y a intérêt à être réveillé…

Ça commence comme d’habitude avec les 4 questions de routine :

  • d’où venez-vous ?
  • quel métier faites-vous ?
  • combien de temps vous restez ?
  • qu’est ce que vous allez faire ?

Au delà de ça, ça va être folklorique.

On nous fait garer la voiture, couper le contact et en descendre pour vider nos poches devant les douaniers avant d’aller faire notre ESTA, le fameux petit papier vert qui permet à un Français de rentrer et de sortir sur le territoire US pendant 3 mois.

Pendant ce temps là, les douaniers vont gentiment s’occuper de retourner la voiture pour y chercher… je ne sais quoi. C’est la procédure ! On la récupérera presque une heure après, nos sacs grands ouverts, les fenêtres, le capot et le coffre grand ouvert alors qu’il fait -5 et qu’il neige.

Sans commentaires.

Ils faisaient exactement la même chose avec toutes les voitures qui passaient la frontière… Bref, l’accueil était plus que charmant et plus que rassurant ! … Glacial…

Il faut le dire, on entre pas seulement aux USA mais surtout à Détroit. Cette fouille généralisée peu peut être expliquer cela. J’y reviendrai un tout petit peu plus tard !

On s’arrête au premier McDo venu pour avoir un peu de Wifi afin d’avoir plus de précisions sur la météo plus hivernale que prévu qui va modifier mon planning heureusement très flexible. Il neigera encore le lendemain. Mieux vaut ça que de la pluie.

On aura l’occasion, dès la sortie d’une de ces autoroutes traversant Détroit, de jeter un regard très rapide sur la banlieue proche.

Des petites maisons, parfois plus hautes que larges se succèdent dans les rues. Parfois jolies, parfois moins bien entretenues, parfois brûlées, parfois les fenêtres remplacées par des planches de bois ou des briques, parfois taguées, parfois les toitures effondrées et les façades effritées, parfois même tout ça en même temps !

Le plus déroutant est de voir la plupart des propriétés encore habitées entourées de grillages ou encore de nombreuses portes et fenêtres barricadées par des barreaux ou des grillages…

Bienvenue à Détroit…

 

Détroit, son histoire

Pour comprendre cela, il faut s’intéresser à la très longue histoire de la ville, malgré son « jeune » âge.

Détroit, la ville construite par et pour l’automobile. C’est pour cela qu’on l’appelle aussi Motown ou Motor City. On parle aussi de D-Town.

Je vais essayer de vous résumer rapidement tout ça.

Détroit a été fondée par Antoine Laumet en 1701. C’est un français du Tarn et Garonne, une personne visionnaire qui faisait déjà dans la politique. La ville, située dans les grands lacs du Michigan, commencera par une très importante activité portuaire puis sera connue pour son industrie automobile, d’où les noms plus populaires qu’on donne à la ville que j’ai déjà cités plus haut. Elle a donc un passé français mais aussi britannique et bien sûr américain.

En 1805, un incendie détruit presque toute l’architecture coloniale française et la ville sera reconstruite selon un plan semblable à celui de la conception de la ville de Washington. C’est d’ailleurs le même architecte qui s’occupe du projet.

Au début du 20 ème siècle, dans une ville alors pleine de ressources et de promesses, des urbanistes construisent de nombreux bâtiments de style Beaux-Arts et la ville sera alors surnommée le « Paris du Midwest ».

C’est en 1896 que Henry Ford y implante la première entreprise automobile qui ressemble plus à un petit hangar qu’à une usine. Le besoin en automobile n’en est même pas à ses débuts et voir un engin motorisé à 4 roues relève de l’ingénierie extraterrestre.

Une des toutes premières voitures construites à Détroit, passant devant l’usine Ford. Photo de 1904.

 

Il fonde la Ford Motor Company en 1904 presque en même temps que les frères Dodge, Packard et Walter Chrysler qui fondent leurs entreprises concurrentes.

Ces usines vont marcher tres fort, amenant beaucoup d’emplois de mieux en mieux rémunérés et feront passer la population de 250.000 à 1.5 million d’habitants en l’espace de 30 ans, augmentant aussi considérablement la pollution en même temps que les constructions pour les besoins de la population. La ville connaît son apogée avec 1.9 million d’habitants en 1950.

A cette période, beaucoup d’espaces sont interdits aux résidents pour des raisons parfois opaques, créant avec le temps des taudis de plus en plus peuplés par les afro-américains. Ceci va augmenter les tensions entre Blancs et Noirs, ce qui créé des émeutes.

En 1967 a lieu l’émeute la plus sanglante de l’histoire des États-Unis avec 43 morts, 467 blessés et plus de 2.000 bâtiments détruits.

Cet événement va faire fuir massivement la population blanche de la ville et le premier maire Noir sera élu en 1973.

Photographie durant les émeutes en 1967.
« Combien de temps allons nous être frappé, étranglé, battu, violé et tué? ».

 

Détroit est une ville en déclin depuis 1958, après la fermeture de l’usine automobile Packard, laissant 40.000 personnes sans emploi à elle seule.

Depuis ce temps, lentement, de nombreux centres commerciaux, bibliothèques, hôtels, banques et habitations sont désertés et laissés à l’abandon.

Depuis les débuts de la délocalisation des usines, les entreprises automobiles ont connu une crise énorme. Elle s’intensifie encore plus aujourd’hui avec la crise financière, supprimant plus de 400.000 emplois supplémentaires entre 2008 et 2014, laissant encore plus de bâtiments abandonnés et de gens au chômage.

Plus récemment, la crise des Subprimes a encore laissé à l’abandon presque 70.000 habitations supplémentaires. Chacune se transforme petit à petit en « squat ».

La ville a également un taux de criminalité record, étant connue comme la plus dangereuse des Etats-Unis avec en moyenne 316 crimes par année, un chiffre qui est déjà monté à près de 500 il y a moins de 10 ans. Elle est devenu le théâtre du marché de la drogue, des armes et des femmes.

Pour anecdote, la police de Détroit a réduit ses effectifs pour raison financière de 2300 postes depuis 2001, année ou le chef de la police a déclaré que le meilleur conseil a donner aux habitants est de s’acheter une arme !

Un montage photo qui veut malheureusement tout dire…

 

En 2012, la ville ne compte plus que 700.000 habitants et en 2013, Détroit est la première grande ville américaine a demander sa mise en faillite avec une dette de plus de 18.5 milliards de dollars.

En 2015, la ville a connu une importante panne de courant due à la vétusté des installations, faute de moyens pour rénover le réseau. Dans l’année 2015, un plan de destruction de plus de 86.000 bâtiments abandonnés sera discuté. Il est d’ailleurs entré en action courant 2016.

En l’an 2000, la ville est peuplée par 82% d’afro-américains. Dans la même année, le salaire moyen par habitant est de seulement 1200 dollars par mois. On compte le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a 26%, ce qui est deux fois plus que la moyenne aux USA. Le taux de chômage officiel de la ville est de 16% mais dans certains quartiers, il dépasse  les 50%.

Le taux de pauvreté par quartier, entre 2005 et 2010.
Le plus clair représente les endroits où moins de 20% de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Les partie les plus foncées représentent les endroits où plus de 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

 

Aujourd’hui, la ville tente de se relever.

Il reste encore, entre autres, les usines Ford toujours là depuis 1904, l’usine Chrysler et l’usine du groupe automobile General Motors. Celles-ci montrent un regain de popularité certain et donnent par la même occasion des signes de renaissance dans quelques quartiers comme le centre ville et le long de la rivière.

Les quartiers généraux de General Motors se situent dans un gratte-ciel récent appelé « The GM Renaissance Center ». Un nom évocateur, non ? On pourra le confirmer lors de notre passage au salon de l’automobile : les constructeurs américains sont sur un nouveau tremplin qui semble infini. Enfin, espérons qu’ils ne refassent pas les mêmes erreurs…

Le GM Renaissance Center, au centre ville de Détroit.

 

Apres m’y être intéressé, je considère cette ville comme son créateur : en avance sur son temps. Ce n’est pas encore une ville totalement abandonnée mais c’est tout de même une vitrine du futur et nous devons tous en tirer des leçons, car un déclin comme celui là peut arriver à tout moment.

Elle a connu une richesse sans pareille au vu de son activité industrielle et de ses bâtiments à l’époque d’une beauté époustouflante. Mais tout est allé trop vite et quand la seule richesse de la ville a disparue, tout a dégringoler avec.

Telles les pyramides, les vestiges du luxe et de la fortune sont restés en place mais survivent de plus en plus difficilement à la vieillesse et aux pillages. C’est devenu un No man’s land à moitié abandonné, à moitié en survie. Un décor post-apocalyptique qui plaît à tous les artistes, cinéastes, écrivains, dessinateurs, photographes et qui plaît même aux touristes de plus en nombreux à venir ici…

Jour 1

François a géré la réservation de l’hôtel. Il payait pas de mine comme ça mais il sera très bien, à la limite entre le centre ville et ce que j’appel le No man’s land, non loin du Fisher Building. La fin d’après midi arrive et on se décide à rejoindre le centre ville à pied depuis l’hôtel. Une immersion totale en plein milieu de la « ville fantôme » de Détroit.

On découvre de beaux bâtiments, pas toujours si défraîchis que ça, et quand ça l’était, ça donnait une touche très artistique. On passera dailleurs devant 2 écoles d’art.

On va aussi apprendre qu’après 18h, où la tombée de la nuit, il vaut mieux rester chez soi !

On commence à croiser des gens un peu « louches » et le quartier, avec la nuit, change totalement de visage. Tout se glace et se fige. Les bâtiments perdent tout leur charme et tout le peu de vie qu’il leur reste, leur donnant un look d’épouventail  tout droit sortit du film d’horreur le plus réussi. Et par la même occasion, les affaires reprennent pour les locaux.

On se presse de prendre nos photos, on évite les regards, on fait semblant de rien. Ça n’empêche pas de parfois se faire accoster de loin dans un anglais ou des formules incompréhensible.

Plus tard, on décidera de remonter à l’hôtel en taxi, bien sûr. La ville est réellement dangereuse la nuit et on ne peu pas passer inaperçu dans des quartiers très visiblement Noirs… Il y a 82% d’afro-américains à Détroit !

Sympa et artistique le jour, la ville devient glauque et dangereuse la nuit.

 

La banlieue proche est tellement en friche à cet endroit de la ville qu’on voit le centre ville arriver de très loin. Des terrains vides et tout d’un coup des buildings. On s’y sentira bien plus en sécurité même si, en arrivant au plein centre, un homme au visage enfoui tout au fond d’une capuche va me passer juste à coté avec un magnifique pied de biche à la main.

Et pas le petit modèle de chez Casto, hein…

Non, la bonne barre d’un mètre de long et 5 centimètres de diamètre…

Bref, je n’ai rien vu !

La température étant proche de -12 en ce début de soirée, sans compter la douce brise, on se réchauffera un peu en mangeant un sandwich dans un des nombreux restaurants Subway présents ici avant de remonter en taxi. Mais ou sont les taxis ? C’est pas New York, ici…

François a eu la bonne idée en choisissant de se rendre en bas du casino, à quelques pâtés de gratte-ciel de là. On remarquera que les transports en commun sont généralement mal organisés.

En entrant dans le taxi, plusieurs détails détonnent vraiment par rapport aux taxis que l’on peu prendre à New York ou dans beaucoup d’autres villes aux USA.

Premièrement: interdit de monter à l’avant, ce que j’ai déjà fait plusieurs fois, même en étant seul. On s’assoie donc obligatoirement à l’arrière. Et c’est là que je découvre qu’entre les places arrières et l’avant, une énorme vitre en plexiglas renforcé nous sépare du chauffeur. Seule une toute petite fente au milieu permet de passer l’argent pour payer le chauffeur ! Ça fait froid dans le dos.

La vie de chauffeur de taxi ne doit pas être vraiment drôle ici…

La mission de la journée a été réussie : on a su garder notre sang-froid et faire semblant de rien… On est jamais trop prudent dans une ville comme Détroit. Mais une mission qui sera a répéter tout de même !

Tout d’abord l’adrénaline… Mais aussi, étant arrivé sans aucune préparation préalable, nous avons découvert le potentiel architecturel et culturel de la ville, nous donnant envie d’en voir et d’en savoir plus !

Jour 2

C’est à notre deuxième jour que nous ferons les activités pour lesquelles nous sommes partis : le salon international de l’automobile de Détroit complété d’un matche de NBA. Une journée qui s’annonce au top, malgré la neige qui tombe toujours. De toute manière nous serons principalement en intérieur pour cette journée.

Direction le COBO Center, au bord de la Détroit River en plein centre ville pour admirer les belles carrosseries, principalement de marques américaines, bien sûr !

Sortis du salon, on se dirige vers la Hart Plaza et la promenade de Détroit longeant le fleuve. Dans le genre de la Promenade des Anglais qu’on retrouve dans le sud de la France mais évidemment dans un autre style… Il fait toujours aussi froid et la neige ne veut décidément pas nous lâcher !

En passant devant le GM Rennaissance Center, on remarque que ce n’est pas que le quartier général de General Motors mais aussi un centre commercial sur 3 étages ou encore un hôtel Marriot. En son centre sont aussi exposés les modèles phares du groupe automobile. Parfait pour se réchauffer…

Un moment tant attendu pour moi arrive enfin !! Assister à mon premier match de NBA ! Nous voila donc arrivés à la salle nommée « The Palace of Auburn Hills », située dans la ville portant le même nom, Auburn Hills, à un peu plus de 30 minutes en voiture au Nord de Détroit.

En grand fan de basket, assister à mon premier match de NBA était fort en émotion !

 

Ce match opposait Détroit à Orlando, équipe dans laquelle évolue un jour français de Poitiers : Evan Fournier. Il est en NBA depuis 2 ans seulement mais porte très bien ses fruits, signant quelques beaux matchs. Le coté très positif de la soirée à venir, c’est que les Detroit Pistons sont en plein dans une série de victoire, le but étant de l’augmenter toujours plus pour remonter dans le classement.

Il fallait donc qu’ils gagnent ce soir pour ajouter un « Win » de plus au tableau, ce qui mettait une petite pression aux joueurs, à domicile, mais aussi au public !

Et les gars ne se sont pas ménagés.

Le premier quart temps est une pluie de paniers a 3 points de Détroit, amenant le score à plus de 15 points d’avance. On a aussi eu droit à un « buzzer beater » à 3 points de Détroit (un panier qui rentre dans les 5 dernières secondes jeu), faisant lever la salle au grand complet. Mon voisin était aussi fou que moi et va devenir mon pote pour le reste du match après que l’on se soit tapé dans les mains. Les Pistons de Détroit ont gagnés le match !

Une belle partie qui a réuni stress, énervement sur certaines fautes et spectacle avec de superbes actions.

Jour 3

Ce matin là, on sera levés à 9 heures. Vous croyez sûrement que ça ressemble à une grâce matinée ? Pas de bol, on s’était coucher à minuit passé la veille et ça ne prend pas une simple nuit de récupérer du voyage ! Mais on a toujours autant d’énergie.

Ah, la jeunesse…

Pour cette journée, la voiture, le GPS et les adresses des différents lieux que je me suis noté seront nos meilleurs amis. Nous partons avec impatience visiter le No man’s land de Détroit.

Michigan Central Station

Ma montre ne s’est pas arrêtée mais l’horloge de la gare, si. Fascinant comme tout s’est figé ici.

C’est pas rassurant, entouré de grillages, plein de fils barbelés et pleins de caméras pour éviter que les gens rentrent à l’intérieur. Quand je pense qu’à l’époque passaient ici des centaines et des centaines de trains et de voyageurs…

La bâtisse, haute de 70 mètres, construite en 1913, est abandonnée depuis 1988. Plus de fenêtres, plus de toit dans le hall menant aux voies de chemin de fer abandonnées elles-aussi.

Lincoln Street Art Park

J’avoue que je ne me suis pas vraiment renseigné sur ce lieu. Ça avait l’air sympa, j’imaginais ça comme un grand parc avec plein de tags graphiques et de qualité. Finalement, ca sera bien plus perdu et bien plus petit que ce que je pensais.

Avec le temps hivernal et le fait qu’on soit assez tôt le matin en pleine semaine, on a comme l’impression que la mort est passée juste avant nous ! Un silence et une lumière glaciale !

Packard Motor Car Company

Nous sommes à l’endroit peut être le plus glauque de toute la ville. Cet ensemble de 47 bâtiments répandus sur 35 hectares fait très froid dans le dos. C’est la toute première usine de Détroit fabriquée en béton armé. C’était aussi la plus moderne de son temps entre son ouverture en 1903 et sa fermeture en 1956.

Ici travaillaient 40.000 personnes jours et nuits. Aujourd’hui, plus que le bruit du vent qui passe entre les murs…

L’usine aujourd’hui…

 

L’usine dans les années 40.

Lee Plaza Hotel

On se gare à une station d’essence juste à coté de cet hôtel désaffecté. Le quartier est vraiment pas accueillant, disons même carrément pourri… François a besoin d’un peu de cash et après son expérience en Californie, il sait qu’il y a des distributeurs dans les stations services. Ils sont bizarres ces américains.

À l’intérieur, 3 Noirs aux jeans larges et capuches sur la tête et 2 Blancs dans la réserve ouverte qui avaient l’air d’être les propriétaires de la station. Même si ils s’occupent de leurs affaires, on va se faire pas mal dévisager en entrant…

Oui, on sait : on est pas du coin, on s’excuse !

On fait nos affaires, on ressort comme si de rien était et on prend le trottoir pour aller vers le Lee Plaza un peu plus loin. On entend quelqu’un nous appeler de loin. On se retourne et on voit un des 3 Noirs de la station service. On se regarde avec François, se faisant signe du regard de faire demi-tour pour éviter les problèmes…

On rebrousse chemin, le coeur en panique, et on parcour les 50 mètres qui nous séparent de notre interlocuteur qui nous attendais, les mains dans les poches de son manteau trop large.

Il nous salue assez poliment et nous demande ce qu’on fait ici. On lui dit qu’on va voir le Lee Plaza et faire quelques photos. Il nous répond que c’était un hôtel avant mais que maintenant c’est abandonné. Je pense qu’il avait mal compris notre accent français et pensait qu’on voulait loger à cet hôtel.

Il nous regardait et la voiture de François qui était pas loin de nous à la fois. D’abord l’air bien suspicieux et cherchant vraiment à comprendre ce qu’on pouvait bien faire là, il nous demande d’où on vient. A notre réponse, il fini par comprendre qu’on est des touristes et par nous dire l’air très soulagé et en rigolant : « Ah ! Okay ! Je croyais que vous étiez perdus ! »

Au final, on s’est tapé un bon fou rire avec le gars. J’en suis encore mort de rire quand je me repasse la scène en tête !

On a peut être eu la chance de tomber sur un type comme lui. C’est pas possible qu’ils soient tous aussi accueillants dans un coin comme celui là. Enfin, accueillant… Disons que dire « salut, comment ca va ? » à n’importe qui est normal aux Etats-Unis.

Comme la gars a vu notre voiture, on va se dépêcher d’aller faire nos photos en coup de vent et d’y revenir. Ça serait bête de se retrouver à pied… On ne sait jamais !

Tout peut se passer dans une ville comme Détroit… On est jamais trop prudent!

Le Lee Plaza a été construit en 1929. Après des problèmes de nature économique, l’hôtel changera plusieurs fois de propriétaire puis sera utilisé comme maison de retraite et enfin comme une résidence avant de fermer au début des années 90.

 

Fisher Building

Le Fisher Building est à deux pas de notre hôtel. Il a été construit en 1928 à partir de granit et différents types de marbres. C’est la famille Fisher qui a financé en grande partie la construction grâce à la vente de leur entreprise de carrosserie « Fisher Body » à General Motors. Il abrite également le « Fisher Theater », une salle de spectacle contenant 2100 places assises. C’est aussi le quartier général des écoles publiques de Détroit. Il accueille également des studios de radio, un centre commercial ou encore une galerie d’art.

Hart Plaza

De retour au centre ville sous un soleil qu’on avait pas vu depuis plusieurs jours. Ça fait du bien ! Et la ville a une toute autre apparence sous la lumière ! Malheureusement, 3 heures après les nuages revenaient cacher le soleil.

La Hart Plaza tient son nom de Phillip Hart, sénateur de l’État du Michigan de 1959 a 1976. C’est généralement un lieu qui accueille des festivals pendant les étés. La place est approximativement située à l’emplacement où le fondateur de la ville, Antoine Laumet, débarqua en 1701.

La Hart Plaza se situe entre les buildings du quartier des affaires et la Michigan River.

 

The Guardian Building

C’est pour moi le plus beau building de la ville. Haut de 151 mètres, c’est encore une construction de l’année 1929. Les motifs que l’on voit dessus et à l’intérieur ont été dessinés par des Améridiens mais aussi des muralistes comme Azra Winter.

Il aura notamment dessiné la fontaine du Rockefeller Center a New York ou encore réalisé des peintures dans les bâtiments de la Cour Suprême américaine et de la Chambre de Commerce américaine.

Le bâtiment abrite uniquement des bureaux et est surnommé la « cathédrale du commerce ».

 

Detroit People Mover

En se baladant dans le centre ville, on remarque ce petit métro aérien de 2 rames se balader sur un rail unique. On s’est dit que ca pourrait être sympa de le prendre pour avoir une vue plus en hauteur sur la ville.

En échange de 75 centimes de dollar, la machine nous rend un jeton qu’on met dans un tourniquet pour monter les escaliers menant à la voie. Le temps est illimité tant que tu ne ressors pas d’une station. On fera 2 tours, le temps de ne rien manquer !

C’est un transport tout automatique qui circule sur une boucle fermée en sens unique au milieu du quartier d’affaires, offrant même une superbe vue sur la Détroit River. Plutôt confortable mais pas vraiment pratique : comme c’est une boucle fermée à sens unique, il faut parfois faire presque le tour complet (5 kilomètres) pour se retrouver où tu veux. Mieux vaut alors marcher ou prendre le bus pour ce genre d’application.

 

8 Mile Road

Retour à la voiture, direction la 8 Mile Road qui traverse la banlieue d’ouest en est et qui se termine au lac Saint-Clair. Cet axe de 13 kilomètres de long est un lieu culturel historique majeur.

Dans les années 20, c’était la route qui séparait la population riche des Blancs, au nord, et la population pauvre des Noirs, au sud. Aujourd’hui encore y règnent des problèmes socio-économiques nombreux.

On le verra de nous même : les bords de la route sont peuplés de diverses petites enseignes dans un piteux état, parfois les murs fissurés et les enseignes repeintes à la main. La route, toute craquée, n’a pas dû être refaite depuis plusieurs dizaines d’années. On ne verra pas un seul Blanc sur les trottoirs ni dans les voitures qui roulent à nos cotés.

Au milieu de ce décor, on se sent tout petit, et mal à l’aise… Très mal à l’aise…

La 8 Mile Road est exactement comme on la raconte : mieux vaut ne pas trop s’arrêter aux feux rouges et se mettre des œillères.

Le comble ? Les seuls bâtiments flambant neufs sont des bars à strip-tease. On en rigolera un peu avec François, se disant que la route avait perdu sa réputation !

Grosse Pointe

Arrivés au bout de la 8 Mile Road, les quartiers se font de plus en plus propres et beaux, les maisons de plus en neuves et imposantes. On approche du lac Saint-Clair et tout d’un coup, toute la population Noire que l’on voit se transforme en population Blanche.

Nous voici à Grosse Pointe, une ville luxueuse de la banlieue. Comme je le disais, la route marque toujours cette séparation entre les Blancs, riches, et les Noirs, pauvres.

Les maisons sont énormes. Des « châteaux » n’arrêtent pas de s’aligner le long de la route sur des kilomètres, toutes avec la vue sur le lac et un terrain géant. On va essayer de s’arrêter prendre des photos mais partout sont plantés des panneaux d’interdiction de se garer jusque dans la rue la plus petite, même juste pour s’arrêter.

On finira par trouver un parc avec une avancée sur le lac. Manque de pot, ce parc est réservé aux résidents de la ville et il faut une carte d’accès. On explique au gardien qu’on est des touristes et qu’on veut faire des photos du lac. Le gars réfléchira un peu, va se montrer hésitant, mais nous laissera finalement passer, nous accordant 15 minutes avant d’appeler la police si on est toujours pas partis.

Le lac Saint Clair gelé. L’atmosphère était vraiment spéciale !

 

On se redirige au sud vers notre hôtel. On est rentré dans la ville très riche de Grosse Pointe petit à petit mais le retour à la ville se fera très net : en un croisement de route, nous revoilà au milieu de la pauvreté et de l’abandon. Surréaliste !

Dur retour à la triste réalité de Détroit où nous passerons une dernière nuit.

 

Le retour

Ça y’est, Détroit, c’est déjà fini !!

Nous revoilà déjà sur la route, dès 5 heures le matin, afin de rejoindre Granby, au Québec.

Passage à la frontière Canadienne fait en 5 minutes. On ne nous a même pas demander d’ouvrir les fenêtres pour voir l’intérieur de la voiture. Tout ce qui leur importe est si tu as ramené de l’alcool ou des objets de valeur pour pouvoir te taxer… Ah, ces blagueurs !

Toute histoire a une fin.

Je serais personnellement plutôt heureux de repasser au Canada. J’ai vraiment adoré Détroit et chaque chose qu’on y a fait ou découvert. C’était épique et unique ! J’ai même l’impression que le temps maussade qu’on a eu a rendu l’expérience encore plus extraordinaire. Le voyage le plus varié que j’ai jamais fait entre voitures, sport, musées, architecture, histoire et découverte…

Et que dire de la diversité en émotions ?

Mais vraiment, la sécurité, c’est la sécurité ! Et encore, je suis loin d’avoir raconté toutes les anecdotes et petits détails… Rien de mieux que de se sentir « rassuré » de rentrer dans son petit chez soi.

Les valises n’ont pas pris de poids et moi non plus malgré le régime habituel « McDo / Subway » à chaque fois que je voyage aux USA.

Allez, que ça reste entre nous : la seule chose qui a pris du poids, c’est la valise des souvenirs. Celle là ne maigrit jamais et elle ne veut jamais faire de régime, la coquine. T’as beau y faire tout ce que tu veux, rien ne marche. Et ça fait chier… Surtout quand elle te fais une bonne crise de gras !

Si vous voulez en voir plus sur la très grande partie abandonnée de la ville avec de superbes photos, voici un lien ou vous trouverez votre bonheur !http://detroiturbex.com/content/index.html

Aymeric LECOSSOIS
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