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Trouver sa place : mon histoire (expatriation NZ)

Le 27 Novembre 2017, je publiais un article intitulé « Quelle est votre mission ? ». Je parle de mes expériences de voyages et mon expatriation qui ont plus ou moins réussi et qui m’ont mené après 3 années de vadrouilles à ma mission de vie : je voulais voyager toute ma vie au lieu de travailler toute ma vie.

Je voulais éviter à tout prix d’être cette personne qui n’a rien fait de sa vie, qui est restée enfermé chez elle, qui n’a pas su se trouver, qui n’a fait que de travailler au lieu de profiter de chaque instant.

Tout cela est vrai. J’ai profité longtemps, j’ai été libre d’aller où je voulais et de faire ce que je voulais pendant quelques années. Si je remet le contexte de cette période où j’ai écrit cet article, en vrai, je voulais juste trouver ma place dans un monde que je n’aimais pas. En vrai, je voulais surtout voyager dans suffisamment de pays pour choisir celui dans lequel refaire ma nouvelle vie.

Voyager pendant presque 5 ans m’avait appris énormément de choses, bien plus que de rester chez moi, cela va de soi. Grâce à ça, j’ai compris qui j’étais, ce que je voulais et ce que je voulais faire de ma vie. Ça paraît banal mais c’est la base de tout. C’est le gouvernail de la vie.

Alors je voyageais, je rentrais en France remettre mon compte en banque à niveau et je repartais. Jusqu’à un moment où je suis arrivé sur un os. Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus continuer comme ça, que chaque retour en France et retour au travail devenait de plus en plus douloureux et compliqué à vivre. Il fallait que ça cesse.

C’est ce que je vous raconte dans cet article. Je vous livre dans les grandes lignes mon expérience personnelle et tout le cheminement qui à fait que oui, ça y est, je l’ai trouvé mon petit coin de paradis !!

Sur les pentes de roches pendant l’ascension du Foggy Peak, Arthur’s Pass, île du Sud, Nouvelle-Zélande

Trouver ma place

C’est en ce beau dimanche matin bien ensoleillé que je sors de l’aéroport international d’Auckland. Je m’assoie sur un banc devant le parking des taxis pour me poser 10 minutes afin de réaliser où je suis : au bout du monde.

Je regarde le futur, qui s’annonce palpitant : pas de moyen de transport, pas de travail, pas de toit sous lequel dormir. J’ai tout abandonné en France. Comme tous les backpackers, ma maison est maintenant mon sac à dos, un outil indispensable, tout comme de bonnes chaussures et une petite réserve sur son compte en banque au cas où ça tournerait mal.

Je suis donc dans l’inconnu, mais je sais ce que je fais. Ce n’est ni la première fois que je voyage, ni la première fois que j’arrive à l’étranger sans rien. Ces 5 dernières années, je les ai passées la plupart du temps à l’étranger, dans un tour du monde qui n’en était pas un. Mon but : trouver ma place dans un monde que je n’aime pas.

 

Les débuts : pourquoi moi ?

J’ai commencé en 2014 avec le Canada, sans vraiment le vouloir. Une opportunité, 45 candidats, un seul retenu : c’était moi… Je suis tombé de ma chaise, sans voix. Je n’y ai jamais cru, je n’ai jamais poussé, je n’avais même pas une motivation réelle. Et pourtant. J’étais littéralement choqué car, dans la réalité, je n’avais rien demandé.

Devant l’ampleur soudaine de ce qui m’arrivait, ne sachant même plus quoi faire, j’ai pensé à dire que j’avais changé d’avis et qu’ils devaient chercher un autre type pour me remplacer. Mais comment reculer ?

Je veux dire, comment après en être arrivé là, après m’être déplacé deux fois à Paris, après avoir passé un entretien, après avoir passé la pré-sélection, après avoir passé 4 heures de tests en mathématique et un test psychologique dans une salle à l’odeur immonde, après avoir été le seul sur 45 appliquant à être retenu.

C’est dingue, c’est que je dois y aller, c’est que ça doit vraiment valoir le coup. Alors j’ai mis le pied à l’étrier et je suis parti sans aucune prétention dans ma nouvelle aventure.

Et puis les mois sont passés. Tout allait bien, je me plaisais plutôt bien. J’avais un bon niveau de vie, bien meilleur qu’en France. Non loin des États-Unis, je passais régulièrement la frontière pour de longs week-end dans ma ville préférée, j’ai nommé New York. Je faisais des roadtrips un peu partout au Québec, et aussi aux USA.

Le boulot que j’avais était super intéressant, dans une très grande entreprise avec de gros marchés. Je travaillais en 5/4 : 5 jours de travail, 5 jours de repos, 5 jours de travail, 4 jours de repos, 4 jours de travail, 5 jours de repos, etc. Et en alternance jour / nuit, 12 heures par poste. Au début, c’était génial. Je faisais 60 heures et j’avais 5 jours de repos, c’était fantastique. Je profitais à fond, je faisais du vélo, de la randonnée, je voyageais, j’allais à la musculation…

Et avec les mois qui passaient et la fatigue qui s’accumulait, les jours de repos devenaient vraiment des jours de repos : le lit était devenu mon meilleur ami.

Coucher de soleil sur la rue principale de Trois-Rivières, la ville où j’habitais.

Premier sentiment de liberté

Et puis je voulais voyager, je voulais voir du pays. Je me disais que je pouvais faire un roadtrip géant entre Canada, USA et Mexique. Mes projets de voyages étaient démultipliés et la « wishlist » devenait sans fin. Je n’arrivais jamais à court d’idées.

Quand on est venu me voir pour me dire qu’on voulait me garder et me prolonger mon visa de travail pour 2 ans supplémentaires, j’ai dit non après quelques semaines de réflexion. Je ne me voyais pas tenir ce rythme 2 ans de plus. À la place, je partais à l’aventure réaliser mes petits rêves. Je ne voulais pas regretter. « C’est maintenant qu’il faut en profiter ».

J’ai pris ma voiture, j’ai traversé tout le Canada de la charmante Trois-Rivières jusqu’à Vancouver. Et une fois arrivé là, j’ai vu la frontière à 30 minutes de route, alors je l’ai naturellement passée. J’ai rejoins Los Angeles, puis j’ai tout traversé jusqu’à New York, en passant par Chicago, Indianapolis, Pittsburgh et Washington DC.

Après avoir conclu en beauté à New York, je suis revenu à ma petite Trois-Rivières, j’ai fait mes valises, j’ai vendu toutes mes affaires et je suis retourné en France après un peu plus d’un an et demi de l’autre coté de l’Atlantique.

Ce voyage avait été dingue : livré à moi- même, libre d’aller où je voulais et de faire ce que je voulais, quand je voulais et avec qui je voulais. J’ai dormi chez les locaux, ou dans ma voiture à la belle étoile quand ce n’était pas possible. J’ai fait, vu et vécu des choses que jamais je n’aurais pensé possible en restant dans mon petit train de vie.

C’était un rêve éveillé, et je ne voulais surtout pas qu’il s’arrête. J’étais devenu accroc. Je voulais faire du voyage ma vie et j’avais une liste de pays a visiter qui prenait une page entière.

Le lac Moraine, le moment le plus superlatif de tout le roadtrip !

Premier retour en France : catastrophe !

De retour en France, cette idée s’était confirmée très rapidement. J’ai vécu le choc des cultures quand je suis arrivé au Canada. Mais quand on vit à l’étranger suffisamment longtemps sans revenir, il y a aussi le choc des cultures au retour !

On rentre chez soi, mais on ne sent plus chez soi. Je croyais tout connaître, mais en fait je ne connaissais rien ! C’était une galère sans nom, et j’ai bien pédalé dans la semoule. Revenir dans son pays et ne plus s’y sentir chez soi, c’est dur.

Et c’est encore plus dur quand on ne s’y attends pas, mais alors vraiment pas. J’ai vraiment pris une grosse claque en revenant. Je redécouvrais simplement mon propre pays avec une vision totalement différente.

Je n’avais pas oublié les images, les paysages, ce à quoi ressemble la France visuellement. J’avais juste oublié la mentalité et le comportement des gens.  J’avais sous mes yeux un bordel sans nom. Autour de moi, plein de monde qui ne me semblait pas humain tellement c’était rempli de morosité et d’agressivité.

Je n’ai pas mis longtemps à ne plus me sentir à l’aise. Dès la douane à l’aéroport, ça commençait. Pas un sourire, pas un bonjour, ou un regard ni un bienvenue chez vous. Au lieu de ça, j’ai eu droit à un : «Eh ! Enlevez votre casquette ! », sur un ton hautain, grave, nerveux, froid, irrespectueux, et tout ce que vous voulez. Puis ça n’a pas arrêté.

Tout m’a sauté aux yeux d’un seul coup, en quelques minutes. Un enchaînement fou. Absolument tout le contraire de ce que j’avais vécu au Canada.

Je passe sur mes recherches d’emploi que j’ai du faire avec l’aide de gens jaloux, totalement désintéressés, à la zone de confort aussi riquiqui qu’un raisin sec et à l’esprit aussi fermé qu’une porte de coffre fort…

Où sont les sourires, la bonne humeur, la communication ? Bref, je vais m’arrêter là, car le portrait que je fais de mon pays n’est pas rose du tout, tout comme bon nombre d’expatriés qui reviennent. J’ai tenu 5 mois. C’était très long. Devant tant d’agression, je n’avais qu’une seule idée en tête : partir, loin, le plus vite possible.

New Brighton Pier, Christchurch, Nouvelle-Zélande

Vite, de l’air !

Quand j’ai mis les pieds à Bali en 2016, j’étais bien comme jamais. 3 semaines de retour aux sources avant d’attaquer mon PVT d’un an en Australie. C’était en fait ma première tentative de non-retour. Je l’ai ratée comme un bleu alors que je l’avais préparé comme un dieu.

J’ai dû repartir au bout de 4 mois. J’ai tout de même appris énormément de choses de cette expérience, mais avec les années de recul, je m’en veut à mort. C’est totalement de ma faute. J’ai vraiment fait le con. Je vais être clair : ne pas avoir suffisamment de fonds, c’est une chose, mais ne pas avoir assez de couilles, ça en est une autre.

Si j’ai bien appris quelque chose c’est de me botter les fesses quand j’arrive devant un obstacle. J’ai bossé 2 mois, j’ai voyagé 1 mois dans le pays et après, au lieu de trouver un autre boulot pour continuer, je ne sais pas ce qui s’est passé mais j’ai pris la fuite, la solution du loser en herbe. Je me hais encore maintenant pour ça. Aujourd’hui à 31 ans, je n’ai que deux regrets : avoir fait un crédit pour une voiture et avoir abandonné mon PVT Australie. Ne faites jamais ça.

J’ai rencontré des gens incroyables qui m’ont ouvert l’esprit et vécu de nombreux moments qui m’ont vraiment marqués à vie. J’ai fait un boulot complètement délirant qui m’a totalement sorti de ma zone de confort. Et rien que pour ça, je me dit que j’ai quand même fait quelque chose de bien. Ça rattrape un peu ma bêtise.

Dans le fond, je pense que j’étais juste un jeune gars pas sûr de lui, trop seul et un peu trop loin de sa zone de confort. C’était trop gros pour moi.

Me voilà à passer deux autres semaines à Bali puis une semaine à Singapour, un très chouette petit pays, avant le deuxième et inexorable retour en France. Celui là, contrairement au premier, je l’avais préparé à l’avance, histoire de ne pas prendre un autre uppercut. Car à ce moment là, je n’avais aucun de plan de sortie…

Coucher de soleil aux Ïles Whitsunday, Australie

 

Deuxième retour en France : recommencer à 0

On est en Octobre 2016. Je retourne pour la deuxième fois en France avec 1400 Euros sur mon compte. On peut penser que c’est beaucoup, mais quand on a pas de logement, pas de transport, pas de travail, je peux vous dire que 1,400 Euros ce n’est pas beaucoup, même si je n’étais pas encore à la rue.

Je pensais y arriver avec l’Autralie, mais me revoilà encore une fois à la case départ. Les cartes étaient remises sur la table. Avec cette somme et zéro revenus, je ne pouvais pas faire grand chose que de rester planqué chez moi, enfin, chez mes parents.

Je réfléchissais aussi beaucoup. Je me demandais si il ne fallait pas enfin me poser. C’était un peu compliqué, car même si avec ma préparation mentale je m’en sortais beaucoup mieux sur le plan du retour de choc de culture, je ne sentais toujours pas le fait de me réinstaller en France.

J’avais l’impression de revenir au début, d’avoir juste fini mes études et de chercher mon premier boulot. C’était comme si tout ce que j’avais fait depuis mon départ au Canada en 2014 ne s’était jamais réalisé. J’étais assez frustré. Je voulais me poser, mais pas en France où je ne me reconnaissais plus.

Avec mes amis, la « colle » n’était plus vraiment là, ce n’était plus vraiment comme avant, résultat de la distance et des chemins de vies trop opposés.

 

Que faire ?

Il fallait que je continue de chercher mon petit coin de bonheur, mais mon compte en banque ne me le permettait pas. Le seul plan qui se proposait était celui du retour au monde du travail. Il fallait que je repasse du coté obscur de la Force, me retrouver enfermé entre quatre murs après avoir vécu et ressenti toute cette liberté.

Alors, comme je l’avais appris avec mon échec australien, je me suis botté le cul. Il me fallait du travail, et il me le fallait le plus vite possible.

En 3 semaines, je décrochais un entretien. Le boulot était à 35 kilomètres, mais je ne pouvais pas refuser. J’avais 2 semaines pour trouver une voiture, avec un budget au ras des pâquerettes : moins de 1,000 Euros. Sur un petit coup de tête, je fini en Citroën Saxo. Encore une fois, j’avais l’impression de revenir à zéro alors que j’avais à cette époque 28 ans. Me voilà avec la pire voiture que je n’ai jamais eue. Elle ne passait même pas le Contrôle Technique à cause de la pollution.

Ma fameuse Saxo, qui m’a quand même vraiment bien servie !

Au boulot, c’était compliqué. Je travaillais avec de la fonte. C’était poussiéreux, ça collait à la peau. Tous les soirs, de la poussière de fonte me sortais du nez en me mouchant. L’entreprise était vieille, tout était à l’ancienne.

Cette année là, l’hiver était arrivé en avance et en début décembre, sous la neige et les températures négatives, pas de chauffage, courants d’air à travers les vitres fissurées et lumière blafarde.

Je me souvient encore le délire quand il fallait vérifier les fuites sur les pièces : le produit gelait directement au contact de la fonte, rendant le travail impossible. Je faisais des retouches de peinture sur les produits finis dans un hangar avec le toit troué de partout, je marchais dans des flaques d’eau à longueur de journée et la pluie ou la neige me tombait dessus. J’ai fait de l’usinage avec une machine dont le châssis était fissuré.

Le pire boulot et la pire entreprise que je n’ai jamais faite ! J’ai tenu 1 mois et demi et encore, c’était uniquement parce qu’il me fallait de l’argent pour redémarrer.

Ma voiture enfin fiabilisée et mon compte en banque revenu à peu près à la normale, j’attaquais déjà une autre page du livre de mon deuxième retour en France. Je vivais encore totalement au jour le jour. Je ne pensais plus au futur, à ce que je voulais faire, ni aux conséquences de ce que je faisais. Ce dont j’étais sûr, c’est qu’il allait falloir que je reste pour plusieurs mois, voire quelques années.

 

S’accrocher…

Me voilà arrivé dans une toute petite entreprise de 2 personnes, patron inclus. Ma plus grande crainte : le doute que ça peut créer d’embaucher quelqu’un qui bouge tout le temps et qui voyage si longtemps. Je craignais les questions sur ce sujet au plus haut point car je suis quelqu’un de plutôt honnête et je ne voulais pas perdre une place à cause de ça.

Évidemment, je n’y ai pas échappé et c’est bien normal. Alors j’ai dit que j’arrêtais sérieusement mes délires de voyages et d’expatriations.

Ce demi-mensonge a tout de même failli se réaliser. Je n’étais pas au boulot, j’étais à la maison. Atelier tout neuf, musique, à la campagne, environnement peu bruyant, pas de poids lourd à porter. Le seul défaut comme souvent en production c’est de rester debout toute la journée, mais à part ça je n’avais rien à redire.

Je me disais qu’après toutes ces années, tous ces boulots et toutes ces entreprises, c’était la cerise sur le gâteau. Mais il y a toujours un mais. La vie n’est jamais facile et les courants changent sans prévenir.

Ski à La Balme. « Faire ce que l’on aime le plus souvent possible ». Ce n’était malheureusement pas si souvent.

… Avant la descente

Après plusieurs mois, le contre-coup de mon ancienne vie de voyageur m’est arrivé dessus. C’était doux et subtil mais suffisant pour me disjoncter le cerveau. Ajouté à ça, mon père avait eu un cancer qui a été guéri, puis un deuxième, guéri lui aussi. Même si tout s’est bien passé, ça fait toujours de gros moments de réflexion sur la vie et sur l’avenir dans ma tête.

De plus, j’avais du mal à me refaire des amis ou à améliorer des liens déjà faits. À vrai dire, je connaissais plus de monde à l’étranger que chez moi !

Les flash-back de mes années à l’étranger n’arrêtaient pas. J’étais là, revenu chez moi, revenu dans une routine que je voulais auparavant abandonner à tout prix. C’était dur, et j’étais assez seul.

Je ne voulais pas en parler car je ne pensais pas que quelqu’un puisse comprendre ce que je vivais étant donné le décalage entre mes expériences et celles des gens que je connaissais. C’était peut être une erreur mais j’y croyais tellement. La seule personne à qui je m’ouvrais un peu était ma meilleure amie.

Ça me retournais et je commençais à bien sentir la différence entre ce que je faisais à l’instant et ce que mes valeurs, mes envies et mes projets étaient. Ça ne collait pas, et c’était évident.

J’étais revenu tant bien que mal sur un fil qui n’était en fait pas le bon. Parce que oui, ma première idée était de faire de grosses économies pour repartir, puis avec ce travail je suis revenu dans une normalité qui m’allait finalement pas si mal. Je ne pensais que vaguement à toute cette idée de repartir.

Mais me voilà à nouveau perdu, à nouveau seul, à nouveau face à une page qui ne demande décidément qu’à se tourner. Tout cela me prenait la tête et je faisais des erreurs bêtes au boulot à cause de ça car j’étais trop dans la Lune.

Ça m’a valut des passages au bureau et, moi qui aime tant vouloir bien faire, je ne savais plus comment m’excuser auprès de mon collègue qui devait se taper le rattrapage de mes erreurs. Tout allait bien et j’ai foutu la merde.

J’étais vraiment perdu mais je ne le montrait pas car je ne voulais pas aborder ce sujet. Je n’est jamais vraiment été un grand communiquant non plus. Je voulais être sûr pour ne pas faire d’erreur et éviter d’être influencé par quoique ce soit. Car cette fois, je sentais vraiment que ça serait la dernière.

Cela demande tellement d’efforts et d’énergie de revenir à zéro que je savais déjà que si je devais repartir ce serait pour la dernière fois. Alors je me suis donné le temps.

Voilà le genre d’images que j’avais en tête pendant que je bossais. Jasper, Rocheuses canadiennes. De sacrés souvenirs.

Un voyage en Slovénie s’est révélé déterminant

Je passais mes week-end à randonner au Luxembourg. Quand je n’étais pas au Luxembourg, j’étais dans les Vosges. et je roulais 900 kilomètres pour rendre visite à mon père une fois par mois pendant son traitement pour le cancer. Tout ça m’aidait à réfléchir. Car pour réfléchir à de si grands projets, à un choix de vie tel, il faut beaucoup d’espace.

En Août 2017, j’ai passé toutes mes vacances d’été à faire du camping, du vélo et de la randonnée en Slovénie. Le meilleur voyage que je n’avais pas fait depuis longtemps ! Ce pays est extraordinaire. La culture et les valeurs de ses habitants sont tout simplement incroyables. Ça m’a retourné dans l’autre sens. C’était tellement magnifique. Et c’était aussi parfait car je pouvais avoir une comparaison directe entre le retour à la liberté ou le retour à la routine.

Le verdict s’est amplifié : J’en avais marre. Je ne savais même plus ce que je faisais en France. La mentalité et la morosité ambiante m’agaçaient à nouveau. Je ne voyais ici aucun futur pour moi. Depuis 2014, j’avais passé 60% de mon temps à l’étranger. Tout le reste, j’étais dans mon pays à me demander pourquoi j’y étais, dans un environnement qui ne me correspondait plus.

Un mois plus tard, je me suis vraiment pausé. Il fallait vraiment que je me décide et que j’augmente le niveau de sérieux. Ça ne pouvait plus continuer comme ça. Je suis parti dans les Vosges et j’ai fait en sorte de me perdre dans la nature.

Je me suis assis devant un splendide panorama et je me suis dit que c’était maintenant qu’il fallait que je me décide et que ça suffisait les questionnements, les « si », les « mais si », les « peut-être », etc. La réponse, personne ne va me la donner. Il n’y a que moi qui peut prendre la décision.

Col de Vrsic, Slovénie

 

Le choix de ma vie

Le fruit des mes mois de réflexion m’ont porté sur plusieurs choix sérieux. :

  • Le grand classique : boulot, bagnole, maison,…
  • Moins classique : faire le tour de France par les Grands Sentiers de Randonnées, en semi- autonomie.
  • M’acheter un petit van pour l’aménager avec un lit et une petite cuisine, direction le tour d’Europe.
  • Beaucoup plus ambitieux mais connu : l’expatriation.

Je n’ai jamais aimé faire comme tout le monde, je n’ai jamais envié celle ou celui qui avait une maison et une vie de famille. Pour moi à cette époque, ça rimait avec endettement, hautes responsabilités et emmerdements.

Les deux projets de voyage au long court en semi-autonomie me motivaient beaucoup. Mais après 1 ou 2 ans, qu’allait-il se passer à la fin ? Encore l’inexorable retour à la case départ que je ne voulais absolument plus du tout, car le budget que j’avais aurait été complètement pompé par le projet.

Le quatrième projet était beaucoup plus viable car le fait de pouvoir travailler entretien toujours les finances et permet au final de partir autant que voulu. Encore faut-il ne pas se planter de pays ! Je n’avais plus de seconde chance et c’était cette fois beaucoup plus sérieux que l’épisode du Canada.

Il me fallait un pays dont je connaissais la langue, suffisamment développé pour avoir un train de vie correct, faisable du point de vue immigration et visa et avec une mentalité assez proche du Canada, sans son hiver à rallonge. J’étais tombé sur la Nouvelle-Zélande, qui est certes très loin, mais correspondait à mes critères.

En plus, comme j’avais 29 ans, je pouvais avoir le PVT Nouvelle-Zélande qui me donnait déjà une bonne année afin de m’assurer de la faisabilité sur place avec une extension de 3 mois possible.

Planqué dans ma chambre, j’ai fait ma demande de visa en douce. Personne ne l’a su. Je ne l’ai annoncé à ma famille et mes amis que quelques mois avant mon départ.

J’allais travailler tout à fait normalement, comme si de rien était. Je ne voulais pas d’interférence ou de prise de tête inutile. Je ne voulais pas trop que ma famille et mes amis aient le temps de réaliser ce que je faisais réellement.

J’avais décidé de partir sans revenir, pour de vrai. Je savais déjà la difficulté d’acceptation. J’ai préféré préserver et tout décaler au plus tard pour prendre un peu par surprise. Dans le fond, beaucoup de monde savait déjà que je voulais repartir quand je suis revenu en France. Mais beaucoup de monde avait aussi passé ça dans un coin tout au fond de la tête avec le temps.

Le Hohneck, Vosges, France

Passer aux aveux

En Février 2018, j’ai profité d’une énième erreur et d’un passage au bureau supplémentaire pour le dire, à demi-mot. Cette fois, mon patron était assez énervé. Je savais que j’allais me faire engueuler et sincèrement, j’aurais fait pareil à sa place. Mon collègue, qui était là aussi, ne disait pas grand chose, mais je pense qu’il approuvait dans sa tête tout ce qui se disait.

Je connaissais parfaitement tout le chemin qui avait fait que j’étais ici à cette table. Moi aussi j’approuvais, c’était le comble. Je savais tout : le pourquoi, le comment. C’était horrible. J’étais tellement désolé, je ne savais pas quoi dire et je ne savais plus où me mettre.

C’était dur, mais c’était de ma faute à 100%. Je ne l’avais pas mal prit. J’avais toutes les réponses mais je n’ai ouvert le bec que ce jour là. J’ai dit une toute petite partie de mes tracas, vraiment infime. Pour moi, la vie privée n’a pas à intervenir au travail donc j’ai été à la fois très rapide et très brouillon.

Vue sur des falaises impressionnante le long du Te Henga Walkway, région d’Auckland.

Le dernier au revoir

En attendant, je quittais la France. Je savais ce que je voulais – ne pas revenir en France – mais je ne savais pas où je mettais les pieds non plus. On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne. Mais je me disais que j’y étais enfin, que mon rêve de trouver ma place allait se réaliser.

J’étais presque pressé mais je gardais les pieds sur terre. Ça n’allait forcément pas être facile et le challenge de partir sans revenir avait de fortes chances d’être de haut niveau.

Ça n’a pas manqué. J’ai eu mon lot de stress et de déboires, logique. J’ai réussi mon PVT, j’ai fait mon extension de 3 mois et j’ai pu passer sur un visa de travail. Tout ça m’a prit 1 an et demi. C’était long, compliqué, dur. Au delà des dépenses liées à l’immigration, il a fallut vraiment bouger mon cul pour y arriver, plus que pour tout le reste.

Mais voilà, j’y suis, j’y suis arrivé et je suis heureux. Je vis dans une super ville, dans un super pays, j’ai un super boulot, des collègues géniaux. Je vis dans mon appartement, j’ai ma voiture et j’ai même une copine.

Ma vie a vraiment recommencée et les changements et sacrifices que j’ai dû faire ont vraiment été de bonnes choses. Je mène maintenant une vie qui me plaît dans un pays qui me plaît.

J’ai encore quelques gros challenges pour avoir ma Résidence Permanente mais je ne quitterai la Nouvelle-Zélande pour rien au monde !

Vue imprenable sur le Mount Cook! Nouvelle-Zélande

Aymeric – Pictures From The World
Qui suis-je?

Expatrié au Québec : Pourquoi je ne suis pas resté ?

Cela faisait un an et demi que j’avais posé les pieds au Québec. J’étais arrivé de France avec une valise de 23 kilos… Et c’est tout !

Bon, j’ai un peu triché. J’avais déjà mon contrat de travail et mes futurs collègues m’attendaient de pied ferme. Je n’ai pas eu grande difficulté financière, ni de soucis de recherches de travail infructueuses à rallonge. Deux jours après mon arrivée, je commençais déjà à bosser !

Oui, vous pouvez m’insulter de tous les noms 😉

Mais un an et demi après, je devais faire face à un dilemme. Après avoir trouvé une collocation, acheté une voiture, voyagé aux USA et au Québec… Mais surtout après m’être intégré à une autre culture, à avoir appris une seconde langue française, et bien sûr m’être attaché au pays, à mon environnement de travail et à mes collègues, la grande question se posait !

Rester ou partir ?

Je gagnais très bien ma vie, je me plaisais généralement bien dans tous les aspects de ma vie au Québec. Mon entreprise voulait prolonger mon contrat pour 2 autres années. Le bonheur !

Mais au grand damne de tout le monde, famille, comme amis, comme collègues, j’ai décidé de partir !

En réalité, ça faisait quelques mois que j’y réfléchissais, que je me posais constamment la question. Mon premier contrat avait une durée de 2 ans. Compte tenu du temps pour les papiers d’immigration, je savais à peu près à quel moment les ressources humaines de mon entreprise allaient me contacter pour la suite. J’avais bien calculé mon coup !

Car, tu sais, c’est comme la décision d’une vie.

Tu peux dire oui, tu peux dire non.

Mais dans tous les cas, tu ne sais pas où ça va te mener, tu ne sais pas si le choix que tu feras sera le bon.

On ne répond pas à ce genre de question en un simple claquement de doigt !

Coucher de soleil sur la rue principale de Trois-Rivières, la ville où j’habitais.

 

Pourquoi je suis parti au Québec ?

J’ai quitté la France par curiosité, parce que je voulais voir quelque chose de différent, de découvrir une autre culture. Je suis aussi parti pour une autre raison plus égoïste car elle m’est très personnelle, pour mon évolution perso, pour m’évader, pour me faire un genre de thérapie. J’avais besoin d’un bon grand bol d’air !

Aussi, je me suis embarqué là-dedans comme dans une aventure, un défi à relever. C’est juste un millier de facteurs dans ma vie qui m’ont poussés a aller de l’avant de cette manière.

Quand je dis que j’ai mis 3 mois de réflexion à me lancer, c’est parce que la France c’est mes racines, c’est toutes mes habitudes quotidiennes. Quand j’ai arrêté de penser à tout ce que j’allais perdre, j’ai penser à tout ce que je pouvais gagner. Alors l’hésitation à vite disparue !

Est-ce que je le regrette ?

Non. Et encore non !

L’expérience n’a bien sûr pas été aussi simple que ça. Quelques évènements comme les anniversaires, le jour de l’an, Noël, même une naissance. C’est pas simple quand tu es seul, loin de ta famille et de tes amis. Ça rappel que oui, on est partit seul et on est loin de ses proches. C’est une habitude dure à prendre et que je ne suis pas arrivé à prendre.

Aussi, le choc des cultures était parfois assez dur ! Ce n’est parce que l’on parle la même langue que tout est pareil ! S’adapter à une autre mentalité, à une autre façon de se nourrir, à un autre système de santé et j’en passe et des meilleures. Même après plus de un an, c’était encore parfois difficile.

Ça non plus, ça ne se fait pas en un claquement de doigt.

J’essayais de m’ouvrir au maximum. J’essayais de me rentrer dans le cerveau que c’est comme ça qu’on vit ici, que c’est comme ça que ça se passe ici ! Il faut t’intégrer, te ranger dans les rangs, mais à la fois ne pas oublier tes origines. Et c’est de garder ses origines qui est le plus dur.  En réalité, c’est un mix qui est quasiment impossible.

Mais que ce serait-t-il passé si je n’étais pas parti?

C’est simple. Si je n’étais passé par la case « Québec », je ne serais pas où je suis aujourd’hui, je ne serais pas qui je suis aujourd’hui, je ne saurais peut être toujours pas ce que je veux réellement faire de ma vie. Je n’aurais pas tous ces projets en tête qui me dirigent tout droit vers mon propre saint-graal, vers ce que je veux dans ma vie.

Au début, je pensais surtout que ce fameux choc des cultures était une des grandes raisons de mon choix du retour en France.

Mais aujourd’hui, après quelques années de recul, il y a une autre multitude de petits détails, de petites anecdotes que j’ai vécu là bas, qui ont bien plus d’impact que ce que je pensais !

En voici quelques unes !

Baraques de pêcheurs à Natashquan, petit village de la Basse-Côte-Nord.

 

Je me suis déraciné de mes habitudes

Se détacher de son pays et de ses origines est quelque chose d’unique à vivre. De plus, la thérapie que je recherchais a été bien plus efficace que prévu.

C’était comme si j’étais né à nouveau, comme si j’avais vécu emprisonné entre 4 murs pendant 25 ans sans jamais avoir vu la lumière et qu’on m’avait soudainement libéré. Je repensais sans arrêt à mon passé en France, depuis mes premiers souvenirs, jusqu’aux derniers. C’était automatique !

Je me rappelais à quel point j’étais con quand j’étais ado, à quel point j’ai pu m’amuser pendant mes études supérieures, à quel point j’étais nul quand j’ai commencé ma vie professionnelle. Je me rappelais de toutes mes erreurs, de tout ce que j’ai pu raté si j’avais agit différemment.

Je réalisais alors à quel point j’avais évolué dans ma tête mais aussi à quel point j’avais perdu mon temps à rester dans mon pays. Pourquoi je n’étais pas parti plus tôt ? Pourquoi, bordel ?

Tu vois, des fois ça a du bon de ressasser le passé !

Je n’ai jamais autant réfléchi sur moi et sur le monde qui m’entoure depuis ces jours là !

J’étais sur une nouvelle voie. Une voie à grande vitesse. Une voie qui me menait directement au but de ma vie. Une vie toute tracée qui attendait bien (trop) sagement que je la trouve !

« L’autoroute, c’est par où ?
– Par là !
– Okay, merci ! »
Photo : rassemblement automobile à l’Autodrome de Saint-Eustache, près de Montréal.

 

J’ai découvert que le voyage allait désormais être une partie intégrante de ma vie

J’étais déjà curieux de découvrir le Québec. Mais y mettre les pieds m’a fait devenir un drogué de voyage et de découverte.

J’ai pu visiter des villes et aller dans des endroits où je n’aurais pas pu aller si j’étais resté en France. Ça aurait en tout cas été beaucoup plus difficile.

Bien sûr, je suis très loin d’avoir tout vu. Mais parmis les meilleurs endroits que j’ai pu visiter quand j’étais au Québec, je citerais la ville de Québec, l’île d’Orléans et les Fjords du Saguenay. Aux Etats-Unis, l’incontournable ville à la fois bordélique et rangée de New York. Mais aussi l’incroyable histoire et architecture de Détroit. Des histoires que je pourrais raconter à longueur de journée et des souvenirs indélébiles !

Je ne tennais plus en place et tous les jours je me disais « il faut que j’aille en Floride ou en Californie, pis pourquoi pas faire tous les Etats, aller au Chili, au Mexique, en Argentine, en Equateur, en Alaska, … ». Bref, je voulais profiter du fait d’être sur ce continent. Ce que j’ai fait en traversant le Canada, puis en longeant la cote Ouest américaine et en traversant les USA de Los Angeles à New York, en passant par Chicago et Washington.

Encore aujourd’hui, ça n’arrête jamais. Et plus le temps passe, et plus ça s’amplifie. J’ai une nouvelle destination en tête toutes les semaines et au final je me dis « Allez, fuck ! Je fais le tour du monde et on en parle plus ! »…

Comme dit le proverbe : « Si voyager était gratuit, vous ne me reverriez plus jamais ».

Il en est de même pour mes projets. Si je devais lister les pays que j’ai envie de visiter et les projets que je veux réaliser, il me faudrait plusieurs feuilles A4…

Vue sur Jasper et le fleuve Athabasca, depuis le mont Old Fort (1170 mètres), dans les Rocheuses Canadiennes.

 

Il y a des rencontres normales, et des rencontres qui changent votre vision de la vie !

Je vais vous faire part d’une des rencontres qui m’a le plus fait réfléchir. C’était un collègue qui allait bientôt partir en retraite. Un autre collègue avait déjà parlé avec lui de sa retraite. Il m’avait dit que c’était pas fameux ! Alors, je suis aussi allé le voir pour lui demander comment il abordait ça la retraite, comment il se sentait. Voici ce qu’il m’a dit :

« Regardes. Moi, là, je suis à la retraite dans 2 ans. J’ai tout fait et j’ai tout vu dans cette boîte. J’y suis presque depuis le début, depuis 1974. J’en ai aligné des heures, tu ne peux même pas savoir comment ni à quel point. Je ne sais même pas si c’est légal !

Aujourd’hui, je suis lavé, lessivé, retourné et tout ce que tu veux. J’en peux plus…! J’ai l’impression que je n’ai vu que le sol sur lequel on marche et je me trouve chanceux de pouvoir encore le voir !

Depuis que je suis arrivé ici, j’ai économisé. Et là, je te le dis à toi, j’ai plus de 500.000$ sur mon compte d’épargne qui seront débloqués à ma retraite. Et ça, c’est peut être une des plus belles choses que j’ai faite de ma vie. Économiser. Aujourd’hui, le seul bonheur de ma vie, c’est ca. Ça va être de pouvoir enfin en profiter un peu.

Mais je ne sais pas pendant combien de temps !

Tu vois, toi, t’es jeune. Je suis sûr que la retraite, t’y pense pas, ça ne te touche pas. Tu travailles, tu fais de l’argent, tu vis ta vie au jour le jour et j’ai rien contre ca. Mais regardes bien autour de toi, regardes bien…!

Moi, tout ce que je vois, c’est des jeunes qui ne pensent pas à ça, qui ne voient pas leur futur. Je les voit, là, leur femme sont enceinte…, ils sont encore a bosser 60 heures…, leurs femmes accouchent…, ils se mettent à faire des heures supplémentaires pour parer aux frais. Ils ne prennent pas de vacances, ils n’ont pas le temps de voir leurs femme, leurs enfants, leurs famille, pas le temps de voir leurs amis, pas le temps de s’occuper d’eux-mêmes…

Tout le temps libre qu’il ont, ils le passent a dormir à cause de leurs heures. Ils passent leur vie à se tuer au travail. Ils ont des cernes et les yeux cloqués à 30 ans… Je vois un feu de braise sous chacun de leurs pieds ! Pour quoi ?? Pour quoi ??

Tu vois, moi, à leur âge, j’étais pareil. Je faisais tout comme eux. Et aujourd’hui, je regrette tout ça. Ça m’a tué à petit feu. Je n’ai pas du tout profité de ma vie. Et c’est la chose que je regrette le plus dans ma vie…

Tu me vois, là. Je suis tout joyeux et tout. Je fais des blagues. Je déconne tout le temps et tout. Mais au fond de moi, c’est pas du tout le cas. Alors, mon jeune, tout ce que j’ai à te dire, c’est de bien réfléchir à ta vie. Fais pas le con. Fais pas le con ! ».

Une expérience de vie on ne peut plus criante. Je m’attendais à tout sauf à ça ! J’étais cloué au sol…

Comme quoi, écouter les expériences des « vieux », ça vaut le coup !

Selfie avec le « Trou du Diable », à Shawinigan. Si vous regardez mes yeux, vous ne pourrez pas rater mes cernes !
Elles ont trop souvent été aussi noires et énormes…

 

La fatigue due à mes horaires de travail

Je faisais 60 heures par semaine. Ça fait beaucoup, c’est vrai. Je me disais que même avec les jours de repos, je ne pouvais pas faire ça toute ma vie, encore moins si t’as une petite famille. Et puis enchaîner 60 heures de jour et 60 heures de nuit, encore pire.

Je suis venu ici et je le savais. J’en était bien conscient, à 200%. Je sais pertinemment que c’est mauvais pour la santé.

Ce qui m’attirait dans ces horaires, c’était d’avoir 5 jours de congé apres 5 jours de travail, toutes les semaines, pour pouvoir visiter un peu. C’est tout. Et c’est vrai que pour ça, vive les horaires en 5/4 !

À un moment, pour des raisons de planning, je suis passé à 40 heures pendant quelques semaines. Ça me l’a confirmé, et je l’ai prit en pleine face ! Je ne voulais plus faire 60 heures et je voulais plus faire d’heures supplémentaires. Je ne voulais plus me lever à 3h le matin ou me coucher à 5 heures du matin pour de l’argent. Ça ne m’intéressait plus.

Parce que j’avais réalisé que j’échangeais ma vie contre de l’argent.

Tiens, ça me rappel quelque chose cette phrase ! Je repensais à cette discussion dont je parlais juste au-dessus ! J’ai beaucoup observé, j’ai pris du recul, j’ai questionné subtilement mes collègues, pendant plusieurs semaines.

Et il avait raison ! Les gars n’ont pas le temps pour eux. Il avait raison, ils n’ont pas le temps de s’occuper de leurs enfants. Il avait raison, ils passent leurs jours de repos à dormir. Il avait raison, ils…

Bon, je continue ?

Il y a des jours où je ne faisais rien parce que je me sentais trop fatigué. Ça m’est même arrivé de ne rien faire pendant une semaine complète. Avant, j’étais connu pour bailler souvent au travail, et c’est vrai ! Mais maintenant, je ressens vraiment le besoin de dormir 10 minutes, plus que de bailler, et ce à n’importe quelle heure de la journée. Je sentais aussi que j’avais une pression artérielle de merde depuis quelques mois et j’avais une fatigue que j’avais du mal à éliminer.

Pour moi, la santé c’est la chose primordiale, c’est l’essence et l’huile que tu mets dans ton moteur, c’est l’énergie électrique qui allume ta lampe, c’est l’attraction terrestre qui te fait rester au sol. C’est la chose que tu dois t’efforcer de prendre soin en tout temps et qui doit tourner rond comme une horloge suisse jusqu’à la dernière petite goutte d’huile.

Je connaissais certains collègues qui étaient tout content de faire plein d’heures parce que ça leur donnait de l’argent. Bizarrement, c’était les mêmes qui prenaient une chaise et qui faisaient une sieste à chaque pause et tous les jours.
Certains arrivaient les yeux explosés au boulot plusieurs fois par semaine et te racontaient qu’ils n’avaient pas réussit à dormir plus de 2 heures parce qu’ils sont décalés à cause des horaires.

C’est ça que t’appelle vivre, toi ?

Je me disais : « Attends, là. Ils échangent leur vie contre de l’argent… ?! Je suis en train, moi aussi, d’échanger ma vie contre de l’argent… ?! ».

« Ils ont des cernes et les yeux cloqués à 30 ans… »

« Je vois un feu de braise sous chacun de leurs pieds… »

Et moi, j’étais là, je les regardait endormis tête contre la table, et je me disais : « Fait péter l’extincteur ! Maintenant ! Tout de suite ! ».

Le fleuve Saint-Maurice, vu depuis un hydravion. Près de Trois-Rivières.

 

« Comment tu voudras être plus tard ? »

En même temps de me poser la question de savoir si j’allais rester ou non, je pensais à mon futur. À force de questionnement, j’ai fini par trouver la bonne question à me poser pour avoir une réponse claire.

« Toi, quand tu seras vieux, tu voudras être comment ? Tu voudras être qui ? »

« Est-ce que ca te dis de finir comme un zombie à 40 ans, ou est-ce que tu préferes être en super forme ? ».

Avec tout ce temps passé au Québec, j’ai bien compris une chose.

Dans la vie, il n’y a pas que le boulot, il n’y a pas que manger / dormir / payer, il n’y a pas que la France, il n’y a pas que le Canada ou les USA.

Je préfère être quelqu’un qui a parcouru le Monde toute sa vie que quelqu’un qui a parcouru toute sa vie le chemin qu’il emprunte pour aller travailler !

C’était clairement la dernière étape de mon raisonnement !

Alors, j’ai fait des économies. Et je suis parti !!

Je suis parti vivre ma vie.

Vivre la vraie vie.

Vivre la vie que je veux vivre.

Tout ceci est donc à la fois le résumé et la conclusion de mon expatriation !

Mon expatriation m’a aidé à trouver qui j’étais et ce que je voulais faire de ma vie. Autrement dit, deux des choses les plus importantes de sa vie !

Il y’a un an, tout était différent. Et maintenant que je regarde en arrière, je réalise qu’une année, ça peut faire beaucoup à une personne.

 

Et toi, tu serais du genre à t’expatrier si tu en avais l’opportunité ?


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