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Quelle est votre mission ?

8 Octobre 2016.

Cela fait un an jour pour jour que je suis revenu d’un pays qui m’était totalement inconnu : l’Australie. Un trip de 4 mois, ce qui peut paraître court en apparence. Mais ce que j’ai appris, c’est que 4 mois de voyage en sac à dos, c’est l’équivalent de 4 années d’une vie normale et du double pour une vie métro-boulot-dodo.

Je repense à ces pays que j’ai visité, auxquels je me suis familiarisé, et parfois auxquels je m’étais intégré si rapidement et fortement que c’était comme si j’y vivais depuis des années.

J’ai rencontré, côtoyé et partagé avec d’autres voyageurs du monde entier, d’horizons totalement différents. Non seulement de nouveaux endroits, de nouvelles cultures, de nouvelles habitudes m’ont changé, mais ces rencontres successives ont littéralement explosé les barrières mentales que j’avais. Elles m’ont donné une autre vision. Elles m’ont fait comprendre que si les autres peuvent le faire, c’est que je peux le faire aussi.

Aujourd’hui, je suis la personne qui pense que tout est possible. Je n’ai plus de barrière. Je suis maître de ma vie. J’ai fait des choix pour ça, parfois durs aussi bien pour moi que pour les autres. J’en subi encore certaines conséquences aujourd’hui, mais je l’ai choisi et malgré tout, je suis heureux comme ça parce que j’ai plus de libertés.

La magie de la nature, au Middle Joffre Lake, Colombie-Birtannique, Canada.

J’ai commencé doucement par partir bosser à 400 kilomètres de chez moi, sans savoir où ça allait me mener. Puis, j’ai carrément traversé l’Atlantique pour passer près de 2 ans au Québec. Ceci a produit un changement dans ma vie comme jamais je ne l’aurais pensé.

Vivre et évoluer à plus de 7000 kilomètres de tout ce que je connaissais et de toutes mes habitudes a totalement bouleversé ma vision sur le monde et sur ma personne. Il s’est produit un genre de « reset ». C’était le départ de ma nouvelle vie, de la vraie vie, selon moi. Une vie qui correspondait à mes valeurs que j’avais enfin trouvées, qui répondait à ma propre définition de ce qu’est la « liberté ».

J’ai salué mes collègues, j’ai pris ma voiture, j’ai traversé le Canada d’Est en Ouest. Puis, alors que ce n’était pas prévu, j’ai descendu toute la côte Ouest américaine et traversé d’une diagonale Ouest-Est les Etats-Unis. C’est la première fois que je me sentais aussi libre, où pour la première fois je pouvais décider absolument de tout ce que je voulais faire à tout instant de la journée ou même de la nuit.

Cette liberté qui me laissait aller où je voulais n’importe quand est le meilleur sentiment que je n’ai jamais ressenti. J’étais le héro de ma vie, et personne ne pouvais me dire quoi que ce soit.

Aussi cette immensité qu’il y a au Canada, surtout dans les Rocheuses. Quand vous êtes tout seul sur 200 kilomètres à la ronde, au milieu de montagnes tellement impressionnantes qu’elles semblent vous tomber dessus, mais aux décors tellement beaux que vous ne savez plus quoi penser ni quoi dire… C’est vous avec vous-même, et rien d’autre. Inévitablement, vous vous mettez a réfléchir… Des sensations incroyables.

Le lac Moraine, le moment le plus superlatif de tout le roadtrip !

Après cette expatriation et ce voyage très enrichissant humainement et époustouflant visuellement, retour en France.

Choc des cultures. Horrible.

C’est là que j’ai compris, et surtout appris, que ce fameux « choc des cultures » n’existe pas que dans un seul sens.

Revenir dans son pays et ne plus s’y sentir chez soi, c’est dur. Et c’est encore plus dur quand on ne s’y attends pas, mais alors vraiment pas. J’ai vraiment pris une grosse claque en revenant. Je redécouvrais simplement mon propre pays avec une autre vision. Je n’avais pas oublié les images, les paysages, ce à quoi ressemble la France visuellement. J’avais juste oublié la mentalité et le comportement des gens.

« Mais comment font les gens pour vivre ici ??? ». C’est la première question que je me suis posée. La seconde : « Comment j’ai fait pour vivre ici pendant 25 ans ??? ». J’avais sous mes yeux un bordel sans nom. Autour de moi, plein de monde qui ne me semblait pas humain tellement c’était rempli de morosité et d’agressivité.

Je n’ai pas mis longtemps à ne plus me sentir à l’aise chez moi. Dès la douane à l’aéroport, ça commençait. Pas un sourire, pas un bonjour, pas un regard, pas un bienvenue chez vous. Au lieu de ça, j’ai eu droit à un « enlevez votre casquette !! », sur un ton hautain, grave, nerveux, froid, irrespectueux, et tout ce que vous voulez.

Puis ça n’a pas arrêté. Tout m’a sauté aux yeux d’un seul coup, en quelques minutes. Un enchaînement fou. « Quel peuple froid, distant, et stressé », je me disais dans la gare de train, à peine 30 minutes après mes premières observations.

Sorti de la gare de TGV, il fallait que je prenne une navette de bus pour rejoindre ma ville. Il y’avait une file pour mettre les bagages dans la soute. « Mais quel peuple irrespectueux et incivilisé ! », me disais-je. Ici, on ne fait pas la queue tranquillement, on pousse tout le monde, on passe devant tout le monde, on insulte !

Il y’avait une dame africaine qui avait du mal à mettre sa valise seule dans la soute. J’étais tout au bout de la file. Qu’ont fait les gens derrière elle ? « Allez, là !! Dépêchez-vous !! On a pas que ça à faire !! ». Et la nana était là toujours a galérer avec sa valise. « Bon, alors ? ça y’est ?? Vous avez fini ?? ».

IL N’Y A PAS UN CON QUI PEUT BOUGER SON CUL POUR L’AIDER A METTRE SA VALISE AU LIEU DE LUI GUEULER DESSUS BORDEL ???

Voilà. Je vous ai résumé mon retour au pays… Et ce n’était que le début !

Où sont les sourires, la bonne humeur, la communication ? Bref, je vais m’arrêter là, car le portrait que je fais de mon pays n’est pas rose du tout, tout comme bon nombre d’expatriés qui reviennent, malheureusement. Il suffit d’aller voir leurs témoignages sur les sites internet et forums dédiés à l’expatriation. Le nombre d’entre eux qui repartent à nouveau est sidérant. Et aujourd’hui, je peux dire que je les comprends !

Chalet de la Tonka, col de Vrsic, Slovénie

Depuis ce retour en Décembre 2015, ma vision d’horreur ne s’est pas arrangée.

Bien sûr, nous avons plein de supers trucs en France, j’en suis tout à fait conscient. Mais je le dit, malgré tout ça, j’ai honte de mon pays ! Et je comprends pleinement les remarques que l’on fait sur nous à l’étranger (par exemple, « les arrogants » pour les canadiens, « les voleurs » pour les australiens, « les radins » pour les américains…).

Je vous passe mes recherches d’emploi que j’ai du faire avec l’aide de gens jaloux, totalement désintéressés, à la zone de confort aussi riquiqui qu’un raisin sec, et à l’esprit aussi fermé qu’une porte de coffre fort…

Je me suis barré au bout de 5 mois. C’était bien plus simple a gérer ! Bon, heureusement, c’était un peu prévu tout de même.

Nouveau départ pour ma première expérience de PVT (Permis Vacances Travail), en Australie. Bien sûr, j’étais stressé, pas assez confiant. Je me rappel comme si c’était hier parcourir les hôtels, bars et restaurants avec mes CV à la main. Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Même si j’avais de bonnes bases, je n’étais pas super à l’aise en anglais. Autant dire que la confiance en moi, on repérait à 3 kilomètres que je ne l’avais pas. Quand je pense que la première phrase que je disais était « je cherche du boulot »… Quel tact ! A ne pas refaire.

J’ai fait des erreurs malgré toute ma préparation en amont, et la plus grosse : ne pas croire en moi, ne pas aller jusqu’au bout. Je l’ai appris pour la prochaine fois !

Mais la première mission était tout de même remplie : trouver un emploi en Australie. Qui à ce jour, est le meilleur emploi de ma vie, malgré les conditions difficiles aussi bien physiques que psychiques. Car cet emploi, la routine, c’était pas sa définition ! Tout le temps en action, dans une ambiance fêtarde où il ne fallait pas avoir trop froid aux yeux, avec des collègues au top. Une vraie équipe de choc, toujours soudée, que je n’oublierai jamais.

Je me suis éclaté comme jamais, j’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai vécu des moments incroyables (dans tous les sens du terme) et j’ai pu visiter le pays avec les économies réalisées. Un rêve éveillé. Seulement, ça n’a duré que 3 mois au total, plus 1 mois en Indonésie et à Singapour. Mais le fait d’avoir réussi mon pari de trouver un job dans un pays où je ne maîtrisais pas forcément la langue m’a prouvé beaucoup de choses.

Les gens que j’ai rencontré pendant ces 4 mois m’ont apporté autant de richesse, de connaissance et d’ouverture d’esprit que jamais je n’aurais pu avoir en si peu de temps.

4 mois à l’étranger m’ont plus changé que 4 ans enfermé dans un bureau !

Whitehaven Beach, vue depuis le Hill Inlet Loukout. L’archipel des Withsundays a été un des innombrables souvenirs magique en Australie !

Avec mes erreurs, j’ai dû rentrer en France bien plus tôt que prévu. Famille et amis, qui me croyaient parti un an, étaient quelque peu surpris. Et moi, en grand introverti, je n’ai pas raconté les détails ni vraiment expliqué les raisons qui ont menés à ce retour si précoce.

Pour le reste, rebelote, choc des cultures. Horrible. Mais ça c’est un peu mieux passé car je savais, cette fois-ci, à quoi m’attendre ! Je m’étais préparé psychologiquement avant.

J’ai pu retrouver du travail en 3 semaines. Bon, j’ai pris ce qui me venait, donc c’était pour le coup ma pire expérience de travail. Mais là, j’ai tout de même travaillé avec des gens qui, en-dehors du travail, étaient des personnes vraiment simples, intéressantes et ouvertes. C’est grâce à ces personnes si j’ai pu tenir 1 mois et demi ! Les circonstances ont fait que j’ai trouvé un autre travail directement dans la foulée. Des fois, la vie est bien faite.

Octobre 2017, 1 an après, c’est à dire à peut près au jour où j’écris ces lignes (oui j’ai mis du temps à publier cet article !!), je suis au point mort. Enfin, je ne sais pas si je suis au point mort, ou si je suis mort tout simplement. C’est presque une catastrophe.

Vous savez, cette fleur magnifique qu’on a cessé d’arroser au fond du jardin. Voilà comment je me sens.

Je fais face à de nombreux problèmes difficiles a gérer, et ce depuis quelques mois.

  • Vous avez tellement changé que vos amis ne vous reconnaissent plus et que vous avez l’impression que vous-même vous ne les avez jamais connu. Croyez-moi, c’est une des sensations les plus étranges !
  • Vos autres amis sont partis eux aussi, soit l’exploration du monde, soit pour le boulot. Mais ça, je ne peux pas les en blâmer !
  • Votre famille ne comprend pas votre état d’esprit car vous voulez tout le temps partir à l’autre bout du monde et la retraite vous n’y pensez pas. En effet, de nombreux événements économiques et sociologiques ont démontrés qu’il ne faut rien attendre de l’Etat, mais se préparer soi-même.
  • Vous pétez un plomb car tout ce que vous faites et tout ce qu’il se passe ne correspond en rien à vos valeurs et à votre vision. En gros, vous perdez votre temps.

Ma conclusion est simple : ma vie actuelle est pourrie et j’arrive même à me sentir un peu seul alors que je suis quelqu’un de naturellement introverti. Ma question est simple mais primordiale : qu’est ce que je fais ici ? Pourquoi continuer dans cet environnement ?

Mes rares moments où je me ressource et me sors un peu la tête de tout ça, c’est en partant seul pour un weekend, dans la nature. C’est dans la nature que je me ressource le mieux, seul et le plus loin possible de toute personne. Je me déconnecte complètement. Je fais le point, je réfléchi, je me pose des questions, j’essaie de me projeter, je pense à mes projets… Tout en contemplant de beaux paysages qui aident à me libérer et stimulent ma créativité.

Le plus dur pour moi a été les amis. Sûrement parce que je ne m’y attendais pas, encore une fois. Quand vous partez en voyage pour une certaine durée, vous évoluez d’une manière totalement différente de si vous restiez dans votre zone de confort habituelle. Ce n’est pas contre eux, car bien sûr, chacun choisi ce qu’il veut faire de sa vie, a ses priorités et ses empêchements.

Quand je pense qu’avant je rêvais de rouler dans une rutilante voiture d’exception, d’avoir une belle maison en bord de plage, et encore tous ces autres trucs matérialistes qui aujourd’hui pour moi ne servent strictement à rien. C’est de l’argent dépensé dans des choses futiles, une sorte de château-fort pour cacher notre misère et notre mal-être. « Il faut être comme lui/elle ». Mais lui/elle, est-il/elle heureux(se)? Et par heureux, je veux dire pas par ce que l’on montre, mais par ce que l’on ressent et vit réellement.

J’ai compris que moins on avait de possession, moins on avait peur de perdre, et donc plus on était libre. Parce que ce qu’il faut acheter, c’est des expériences de vie, pas des objets ni des possessions.

Quand je pense qu’avant, j’avais un esprit aussi fermé qu’une huître, que je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez. Sincèrement, même à 25 ans, j’étais comme un ado. J’en connais qui peuvent le confirmer. Quand j’y repense aujourd’hui, je suis furieux contre moi. Il faut bien commencer quelque part. La réponse à mon moi d’avant, je l’ai aujourd’hui à 29 ans :

  1. Je ne savais pas qui j’étais.
  2. Je ne savais pas ce que je voulais.
  3. Je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie.

Et bien évidemment, si je n’avais pas eu les cou***es de partir m’expatrier au Québec puis de faire tous ces autres voyages, j’en serais certainement toujours là !!

La vue depuis le centre de saut à ski de Planica, Slovénie.

Parce que oui, il faut en avoir dans le sac.

Tous les gens qui me disent que je suis fou, qu’ils ont peur pour moi, qu’ils ne feraient jamais ce que je fais, qui sont sceptiques, et celles et ceux qui hésitent à se lancer… Je vous comprends ! Et même très bien, parce que je suis passé par là. Que ce soit une expatriation ou une année à l’étranger, je sais très bien que faire ce pas, c’est un peu sauter dans le vide avec un parachute « très légèrement » défectueux.

On démarre tous ignorants, c’est normal !

Je me suis lancé, j’ai testé, j’ai appris, maintenant je connais le sujet. Et j’encourage tout le monde à faire pareil ! Vivez vos rêves, saisissez les opportunités, foncez. Tuer un projet dans l’œuf c’est la pire des choses !

J’ai appris en voyageant que c’est quand on sort de sa zone de confort que l’on Vit et que l’on est la personne que l’on Est ! C’est là que je suis libre, parce que je suis le vrai Moi. Je ne me pose plus de question, je ne me demande plus si je parais bien, je ne réfléchi plus à ce que je vais dire ou à ce que je vais faire. Je ne suis plus ce quelqu’un qui fait semblant de, qui essaie de faire comme.

C’est ça qui est important. Il ne faut pas simplement exister, il faut VIVRE. Il ne faut pas se renfermer dans un faux-semblant, il faut être soi, tel que l’on est.

« On se créé des prisons où on se force à ne pas sortir. C’est ça la zone de confort, et c’est de ça qu’on a peur. Mais une fois qu’on en sort, on découvre qu’il y a un autre monde, celui de la liberté » – Mike Horn.

Plus on est loin de sa zone de confort, et plus c’est dur, surtout mentalement. Mais plus c’est dur, et plus on apprends, plus on se découvre, plus on se connaît et plus on sait ce que l’on veut.

Si la vie était facile, ça se saurait. Les claques, il faut apprendre a les chercher et à les maîtriser. Il faut sortir de chez soi, ouvrir ses yeux et ses oreilles. Il faut savoir tomber pour se relever. Arrêter de croire qu’on est le meilleur et commencer à écouter les autres, à s’ouvrir et à se faire ses propres opinions.

S’écouter, se comprendre, comprendre les autres. Laissez tomber l’égo et adoptez l’humilité et le respect. Un remède imparable qui vaut tous les médicaments du monde. Rester simple, être honnête avec soi et avec les autres.

Enfants courant sur la plage du village de pêcheurs de Amed, au Nord de Bali, Indonésie.
Afficher le bonheur sur son visage alors que l’on vit dans la pauvreté… C’est possible !

Aujourd’hui, je rêve de parcourir le monde à vie. Je rêve même de retourner aux sources de l’humanité : le bon vieux nomade qui fait des feux de bois et qui chasse pour se nourrir. Bon, je vais peut être un peu loin, là. Mais parcourir le monde à vie, ou plutôt le VDI (Voyage à Durée Indéterminée), est largement faisable, car quelques milliers de personnes à travers le monde le font déjà depuis des années !

Il a été rendu faisable notamment grâce au développement des métiers connectés, ces métiers en pleine expansion depuis environ 10 ans, où tout ce dont vous avez besoin est un ordinateur et une connexion à internet, sans oublier un peu d’électricité. Il y a aussi plein d’autres techniques pour faire en sorte de gagner un peu d’argent légalement à travers le monde (ou en dépenser moins !) pour continuer de financer ses déplacements. Car aujourd’hui, rien n’est gratuit.

  • Je ne veux plus être contraint. Car être contraint, c’est l’inverse d’être libre.
  • Je ne veux plus faire tout le temps la même chose car je fini par ne plus rien apprendre et donc m’ennuyer.
  • Je ne veux plus être enfermé entre quatre murs à longueur de journée car la vie elle se passe dehors.
  • Je ne veux plus faire l’acteur à dire que tout va bien et faire semblant de sourire.
  • Je ne veux plus perdre mon temps à faire des choses qui vont à l’inverse de mes valeurs.

Je veux être moi, je veux faire de mes rêves ma vie. Je veux que ce que je fasse corresponde à mes valeurs.

Si on fait tous les jours la même chose au même endroit avec les mêmes personnes, comment est-ce qu’on s’enrichit ? Comment est-ce qu’on apprend ? Comment est-ce qu’on évolue ?

Je n’en peut plus de ce mode de vie fermé où seul le profit et la gloire comptent. C’est malsain, c’est de l’esclavage où l’on a remplacé les fouets par des billets et des primes, plus quelques semaines de vacances.

Je n’en peut plus de cette course à l’argent, au plus fort. Les requins sont partout ! Je n’en peut plus de ce système de consommation qui pousse a acheter encore et toujours au détriment de notre lieu de vie (la planète) et de ces millions petites mains qui crèvent la dalle à longueur d’année et qui boivent de la boue pendant que nous on se fait des festins et on se la pète avec nos objets dernier cri inutiles. On perd notre temps à critiquer et à jalouser son voisin au lieu d’apprendre de lui.

Mais bordel, on est des être humains avec un cerveau ou on est des zombies bien dressés ??? Il faut se réveiller, les gars !

Voilà ce que j’ai envie de gueuler tous les jours par le premier haut-parleur venu.

Tous les matins, je me lève avec un goût amer. J’ai l’impression de perdre mon temps tous les jours. Je me demande ce que je fais là. Je me demande même pourquoi je me lève ? Pour passer mes journées à faire l’acteur, comme toutes ces personnes qui disent que ça va bien alors que c’est tout l’inverse ? Je passe mes journées à attendre que l’horloge sonne la fin et me permette de sortir.

Car c’est dehors que je suis libre.

Au sommet du Gunung Batur, un des volcans de Bali.

Quand je vois que mon ancienne entreprise au Québec embauche à tour de bras des gens comme moi, j’ai tout simplement envie de me barrer là-bas à nouveau. Pire encore, comme je n’ai plus de barrière, je suis capable de saisir la moindre opportunité dans n’importe quel pays du monde et claquer la porte de mon boulot actuel en quelques courtes semaines.

Quand je vois qu’une multitude de pays ont besoin de gens qui ont ma formation et mon expérience, j’ai envie de distribuer mes CV aux 4 coins du monde rien que pour tenter ma chance, juste pour voir. Alors ça en fait des plans B, surtout quand on a des contacts dans certains pays étrangers, en plus.

Mon plus grand rêve, c’est de vivre le plus loin de tout, être tranquille dans une petite cabane au bord d’un lac en haute montagne. Ce n’est pas pour rien. Non seulement j’ai honte de mon pays, mais en plus j’aimerais aller à l’inverse total du monde « moderne » actuel et de son système qui court à sa propre perte à la vitesse d’un TGV.

« Les chiffres n’ont jamais été aussi mauvais, c’est une vraie bombe à retardement. Tout va mal, on va tous dans le mur, mais tout le monde se réjoui« , dixit les économistes.

Mais est-ce la solution ? Faut-il rester dans son cocon tout rose ? Faut-il faire semblant de ne rien voir et continuer en direction de l’abîme?

Mieux vaut suivre ce plan : apprendre sur tout ce qui nous entoure, chercher des réponses à toutes nos questions. Partager avec chaque personne que l’on rencontre pour apprendre sur les autres, parcourir le monde pour explorer le moindre centimètre carré, vivre dans plusieurs pays pour s’imprégner des cultures, des religions, des visions. Puis, prendre tout ça et mixer bien fort pour se faire sa propre opinion. Empli de toutes ces connaissances, on pourra les transmettre, si possible à grande échelle, et devenir réellement utile à l’amélioration de ce monde.

C’est la mission que je me donne. C’est la mission de ma vie.

Car, à 80 ans, je ne veux pas être celui qui n’a rien fait de sa vie, qui est resté enfermé chez lui, qui n’a pas su se trouver, qui n’a fait que de travailler, qui a perdu son temps dans les embouteillages, stressé comme jamais, pour aller bosser.

Avoir des regrets c’est déjà lourd. Mais le pire sentiment que je puisse m’imaginer, c’est celui de me rendre compte que je n’ai rien fait de ma vie, ou que je n’ai pas fait ce que je voulais faire de ma vie.

Le rocher sacré de Uluru, en plein milieu du désert. Australie.

Tout le monde le sait, on en a qu’une seule de vie.

Mais le moment où j’ai réalisé que cette vie était courte, mais pour de vrai, c’est quand Mike Horn a dit dans une interview : « De la naissance à 82 ans, on a environ 30.000 jours à vivre. Si tu enlèves tout le temps qu’on passe à simplement dormir, il ne te reste pas beaucoup d’heures. Chaque jour doit être utile« . Là, il faut se bouger.

 

Et vous, quel est votre parcours ?

Que pensez-vous de notre mode de vie actuel ?

Quelle est votre mission ?

 

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je ?

Rencontres… : Lowell, à Toronto

Ma rencontre avec Lowell remonte déjà à pas mal de temps. J’étais alors expatrié au Canada. Cela faisait plus d’un an et demi que je m’y était installé. C’est aussi le début de cette période où j’avais décidé de ne pas continuer mon expérience québécoise. J’avais décidé de partir faire un énorme roadtrip qui m’a emmené bien plus loin que prévu !

Parti de Trois-Rivières, j’ai parcouru 7.600 kilomètres jusque Vancouver où, après une expérience un peu étrange avec le réseau Couchsurfing, je décide de passer aux Etats-Unis et de faire toute la côte ouest puis la grande diagonale Los Angeles – New York !

Ma voiture qui m’a emmenée jusque dans les Rocheuses Canadiennes. Et plus loin encore ! Il restait 10.000 kilomètres à faire pour revenir au point de départ !

Couchsurfing, je l’ai beaucoup utilisé dans ce roadtrip, surtout au Canada. En effet, grâce à ce réseau, je n’ai dormi qu’une seule nuit en hôtel, en un peu plus de trois semaines. C’est la première fois que je me logeais de cette manière. Lowell a été mon premier hôte.

Lowell a été la personne dont je me souvient le plus. Non seulement car ça été mon premier contact avec Couchsurfing ainsi que ma première nuit lors de ce voyage. Mais aussi pour sa personne, sa personnalité, son parcours, sa façon de voir les choses, ses valeurs, sa confiance et aussi l’expérience qu’il m’a fait vivre.

C’est tout simplement la plus belle rencontre que j’ai faite en traversant le pays.

Me voici donc à Toronto, après une longue mais belle journée, la première de mon roadtrip. Je viens de rentrer dans l’appartement de Lowell qui n’est pas encore rentré de son travail. Il est neuf heures du soir.

 

Le cuisinier étoilé

Je n’ai pas pris le temps de découvrir l’appartement : dès que j’ai posé les yeux sur le canapé, je me suis affalé dessus et y ai fait une petit sieste en attendant Lowell. Manque de pot, je n’ai pas eu le temps de fermer les yeux que je reçois un coup de fil.

« Alors, mon ami, le gardien t’as bien fait monter? Tu es chez moi?
– Oui, c’est bon, je suis dans ton salon, là. Je me repose un peu en t’attendant.
– Okay, tout va bien alors. De mon côté, je suis sur le chemin du retour. Regardes dans le frigo ce qu’il y à a manger. Ce serait cool si tu préparais quelque chose le temps que j’arrive car il commence déjà à se faire un peu tard!
– Euh… Lowell, je m’excuse mais tu as mis le doigt sur une de mes hantises : faire la cuisine! Oui, je suis Français, oui je suis censé être un cuisinier 5 étoiles mais je suis désolé, ce n’est pas mon cas!
– Ah oui? Tu as l’air bien bizarre comme Français!
– Eh oui… Et encore, tu ne sais pas tout! En tout cas, je veux bien faire un effort, mais tu risques d’avoir mal au ventre après!
– Haha! Bon, on va s’arranger autre chose! T’en fait pas! J’arrive dans 10 minutes!
– D’accord, merci de nous avoir épargné un repas catastrophique! À tout de suite!».

Voilà ce dont je suis capable. Bon, ce n’est pas ma photo, mais ça m’est déjà arrivé, en moins pire tout de même ! C’est ce jour où j’ai appris qu’il fallait mettre un plat en-dessous…

Eh oui, je déteste faire la cuisine!

Bon, je sais quand même faire quelques plats très simples que l’on qualifie souvent de « bouffe d’étudiant » et d’ailleurs, je suis tout comme eux un spécialiste des pâtes, du riz, des omelettes et je suis capable de cuire un steak-haché à toutes les cuissons existantes.

Aussi, un micro-onde n’a aucun secret à me dévoiler étant donné que je connais par-cœur la moitié des modèles présents sur le marché… Je suis un spécialiste!

J’étais très déstabilisé, encore plus après ce petit épisode.

Dans la réalité, c’était mon premier roadtrip en solo, dans un pays que je ne connais pas, chez quelqu’un que je ne connais pas et que je n’ai pas encore vu en vrai. De plus, j’ai démissionné de mon boulot et je ne sais pas de quoi sera demain, ni la prochaine heure de temps qui va passer. Je suis dans l’inconnu le plus total, et assez loin de ma zone de confort.

Lowell, le jamaïcain

Lowell. Photo : Couchsurfing

Il est toujours souriant et très positif, tout le temps à fond mais sans jamais avoir l’air stressé. Il a le rire contagieux, le contact facile et aime aider les gens. C’est pour cette raison qu’il fait partie du réseau Couchsurfing. Extraverti, sensible, optimiste, tout le temps en mouvement, il me booste et me met tout de suite en confiance.

Dans son parcours atypique, il a beaucoup voyagé et vécu dans plusieurs pays avant de s’installer à Toronto. Il fait toujours quelques voyages familiaux en Jamaïque, dès qu’il a assez de temps.

Il a 48 ans mais on lui en donne dix de moins sans problème. Toujours habillé de beaux costards et de chaussures à talonnettes, traînant sa petite mallette noire de sa main droite sûre, il est le co-fondateur d’une entreprise de marketing et de communication à Toronto.

«Bon, mon ami-français-mais-qui-ne-cuisine-pas! Est-ce que tu as faim, au moins?
– Un petit quelque chose à manger, je ne dirai pas non!
– Bon, là il est un peu tard, je commence a fatiguer mais j’ai la solution! T’aimes bien la cuisine exotique? Les trucs épicés ?
– Oui, c’est sans problème, j’aime bien les plats Indiens, Pakistanais, Chinois et tout ça!
– Bien, bien! T’as déjà mangé Jamaïcain?
– Non, c’est comment?
– Ah, mon ami, il faut absolument que tu goûtes ça une fois dans ta vie! C’est plutôt épicé mais tu peux le commander sans épices, si tu veux. Des choses à base de semoule ou de riz, du poulet avec des légumes, pour les plats de base. T’aimerais ça?
– J’essaierai sans problème! Ce sera un plaisir de goûter la cuisine de ton pays!
– Super! Il y a un restaurant Jamaïcain que je connais bien juste en bas de chez moi, on va commander?
– C’est parti! ».

Encore une première expérience pour aujourd’hui. Un repas Jamaïcain! Voilà qui change un peu.

On va à pied à ce qui se présentera plutôt comme un genre de fast-food où l’on est servit que par des Jamaïcains. En poussant la porte, ça sent déjà très bon! Lowell m’explique un peu les plats car mon vocabulaire d’anglais culinaire est aussi bon que mon niveau en cuisine…

Puis je choisis, suivant ses conseils, quelque chose de plutôt simple avec du poulet épicé, du riz et du céleri.

Remonté à son appartement, je me met à déguster ce nouveau style de cuisine et c’est effectivement épicé mais super bon. J’ai encore l’odeur du plat dans le nez et j’en aurai bien repris un peu!

Le « Wierd Frenchy »

«Bon, maintenant, il est temps que j’en apprenne plus sur le putain de français bizarre que tu es! Il avait insisté et bien marqué la pause sur le « putain », puis on est partit en éclat de rire tous les deux!
– Bizarre, oui. Mais tu n’as encore rien vu! Accroches-toi, je vais y aller d’une traite!
– Vas-y, je suis prêt! Il s’agrippe à la chaise.
– En plus de ne pas aimer faire la cuisine, je n’aime pas le football et je n’aime pas le vin non plus!
– Quoi??!! Tu n’aimes pas le vin? Mais comment tu fais? Il était désemparé.
– Eh bien, je bois de l’eau! Lui dis-je avec un sourire.
– T’es vraiment bizarre… Et la bière?
– Oh, j’ai testé quelques bières de microbrasserie au Québec mais sinon, pas grand chose.
– Eh bien dis-donc, c’est rare les gens comme toi! Tu mériterais le surnom de « Weird Frenchy »! On part tous les deux en éclat de rire, puis il reprend. Et c’est quoi que tu n’aimes pas dans le football?
– Je trouve que c’est un jeu trop lent, et au moindre contact, les joueurs pleurent, ils en font de trop… Je préfère le basketball, c’est plus vivant et il y a plus d’action!
– Et le hockey sur glace, tu as déjà été voir un match? Ils sont bons à Montréal!
– J’ai jamais vraiment trop accroché… Pour le coup, c’est l’inverse, c’est trop violent! ».

Puis je lui explique que j’ai quitté mon travail, que je commence ma traversée du pays par Toronto et qu’une fois terminé, je rentre en France avant de faire une demande de Visa pour l’Australie, le prochain pays que je veux visiter. Il m’avouera alors sa jalousie envers mes projet.

L’Australie, une expérience extraordinaire ! à cette époque, c’était encore presque un rêve. Je l’ai réalisé avec succès ! Ici aux îles Whitsunday.

Le Rwanda

«Tu sais, ça me rappel ma jeunesse… Enfin, quand j’avais ton âge, je veux dire ! Je suis partis à Dubaï car ça commençait à vraiment bouger. C’était le début des grosses constructions. Il y avait du business à faire et j’y ai travaillé pendant 5 ans. Une fois que les projets étaient fini, je voulais aider des gens en difficulté parce que mon père m’a inculqué le sens du partage. Il m’a bien expliqué dès mon plus jeune âge qu’il y avait des gens qui vivaient sans rien sur Terre et qu’il fallait penser à eux avant de penser à soi. Alors, j’ai pris mes valises et je suis partis au Rwanda. Pendant 2 ans, j’ai bossé sur un projet d’aménagement de terrains de football pour les jeunes en partenariat avec Nike. J’ai reçu une distinction pour ça, j’ai été accueilli dans le bureau de hauts dirigeants du pays pour ça. Mais plus que tout, je me suis vraiment éclaté à mener à bien le projet avec les jeunes malgré la misère qui règne dans ce pays. J’y retournerais bien au Rwanda! Mais maintenant, c’est trop la guerre… Je suis vraiment déçu par la tournure qu’a prit ce pays… J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait la bas pour cette population en difficulté, n’a servit à rien. Enfin… Là-bas, j’ai rencontré une personne avec qui je suis devenu ami et on est venu à Toronto pour lancer une boîte de marketing et de communication.

-Tu as un parcours atypique! Lui dis-je tout étonné. Ça a du être une super expérience de vivre dans un pays peu développé comme celui-là.

-Oui, c’est vrai! Mais tu vois, ce que j’ai le plus aimé là bas, c’est que je me suis rendu compte que l’argent, c’est pas le bonheur. Le vrai bonheur, c’est quand tu n’as rien. Parce que posséder, c’est se déconnecter de la réalité, c’est s’enfermer dans un univers fait de faux. Aussi parce que tu arrives à te démerder sans rien. Le bonheur, c’est la simplicité. Et là, à te dire ça, je veux dire, ces voyages que tu entreprends, tu me rappel tout ces moments de vrai bonheur que j’ai vécu quand j’ai voyagé au Rwanda. C’est les meilleurs souvenirs que j’ai de ma vie! Et vraiment, tu as raison de voyager comme ça tant que tu le peux! Fais-toi plaisir! ».

La soirée s’est terminée sur ces touches de nostalgie. J’avais déjà repris tous mes repères en anglais à force de discuter mais je ne savais plus quoi lui dire après ce témoignage. Il était tellement émotif à me raconter tout ça !

Quelques années plus tard… Je mets les pieds en Indonésie. C’est à ce moment que je l’ai compris aussi.
Afficher le bonheur sur son visage alors que l’on vit dans la pauvreté… C’est possible !

Chauffeur du président Lowell

Le lendemain matin, pour le remercier de sa sympathie de la veille avec le repas Jamaïcain, et comme je sais qu’il utilise les transports en commun pour se rendre en ville, j’ai décidé de l’attendre pour lui proposer de l’emmener à son travail avec ma voiture.

Comme tous les matins, il est en retard. Il court entre sa garde-robe, la salle de bain et son ordinateur. Il serait presque capable de répondre au téléphone en se brossant les dents et en écrivant un mail à la fois ! C’est une personne très occupée, tout le temps en action. En fait, il bosse tout le temps, du lever au coucher.

Arrivé à ma voiture, je suis un peu gêné. J’ai une voiture familiale un peu bas de gamme remplie de plein d’affaires de partout. Lui, il est en costard tout neuf Hugo Boss, il est patron d’une entreprise qui tourne, il est très loin d’être pauvre et pourrait se permettre un bolide de luxe dans son garage.

J’ai l’impression d’être le chauffeur d’un président, la limousine remplacée par un taudis rouillé à 4 roues.

Il ressent bien cette gêne chez moi pendant que je fais de la place pour qu’il puisse s’asseoir. Alors il me dit :

« Tu sais, quand j’étais à Dubaï je roulais en grosse Jaguar et j’avais plus d’argent à la fin du mois. Aujourd’hui, je vais bosser en bus et ce même argent, économisé donc, je le réinvesti dans ce que j’aime et ce qui me fait plaisir plutôt que dans un objet futile ».

Il m’a cloué sur place… Je n’ai pas su quoi dire ! Tellement de vérité et de bon sens en si peu de temps, je n’étais pas prêt !

Une fois dans ma voiture, on avait pas eu le temps de mettre nos ceintures que ça sonnait déjà dans tous les sens! Pas toujours facile d’être patron. Il était tellement prit dans ses conversations que ça en était gênant quand je lui demandais où tourner car il était concentré dans son appel.

La première fois, ça allait, le feu était rouge. Mais après, comme j’avais les indications au dernier moment, c’était plutôt stock-car! Alors il rigolait en même temps de parler puis il coupait sa conversation pour me dire que j’étais bon pilote. Toujours le mot pour rire ce Lowell!

La surprise

Plus tard dans la journée, il me passait un coup de fil alors que je visitais la ville. Il voulait que je le rejoigne à son travail. Il fallait absolument qu’il me présente à ses collègues. Alors je lui dit que c’est trop d’honneur! Je suis toujours aussi gêné, mais il insiste, alors j’y vais.

Je fais rapide connaissance de ses deux associés, dont celui qu’il a rencontré au Rwanda, et de sa secrétaire. Puis, ce sera au tour de son groupe de travail dans un petit open-space à coté. Ensuite, il m’emmène dans son bureau, il m’offre un café… Et me dit de m’asseoir… !

Ce que va me proposer Lowell va sortir totalement de ce à quoi je m’attendais. Quelque chose qui va me pousser loin dans mes retranchements. Une opportunité et une expérience que jamais je n’aurai cru possible !!

Une journée inouïe m’attends.

Tout ça sera à suivre dans le prochain article sur ma rencontre avec Lowell !!

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je ?

Rencontres… : « DJ Bizzarino », en Australie.

Voici une rencontre en Australie qui m’a bouleversé et remis la tête en place. Une rencontre venue de nulle part et à laquelle je ne m’attendais absolument pas !

Remettons les pendules à l’heure.

J’étais à Darwin, en Australie, pour mon PVT. J’avais trouvé un boulot dans cette ville: Pédicab Driver. Un métier qui demande un bon physique et un bon mental pour s’en sortir vivant. Car derrière le coté très fun, il fallait faire avancer de 150 à 400 kilos en pédalant à la force des jambes et mentalement se farcir des hauts certes très haut, mais aussi des bas, beaucoup plus bas que le bas de la terre d’en bas!

Une soirée Elvis Presley qui s’est bien finie grâce à un tour en Pédicab ! En contrepartie du bon temps passé avec ces gens et pour ces gens, vous devrez faire avancer le vélo et tout son poids à la force de vos jambes ! Chaque dollar que vous gagnez est clairement mérité !

 

Le principe : vous louez un vélo à la semaine (relativement cher, et c’était bien ça le problème…), et vous allez en ville faire le taxi. Tout l’argent que vous donne les clients tombe directement dans votre poche. D’abord pour rembourser votre location (la plupart de la semaine…), puis pour vos économies (généralement durant le weekend).

Pour le reste, vous êtes votre propre patron! Une seule chose à respecter : horaires de nuit. Et aussi, ne pas casser le vélo… Sous peine de perdre votre caution de 300$.

Si ce métier atypique vous intrigue, j’en ferai un article ! Dites-moi ça dans les commentaires 🙂

Posant fièrement avec mon Pédicab, en Australie. C’est un moyen de transport écologique très efficace et rapide dans les petits centre-ville. Cependant, il faudra être prêt physiquement ! Et mentalement aussi…

 

Quand vous êtes Pedicab Driver, vous êtes au contact des gens tous le temps. Des heures durant, vous tournez dans la ville, tous les jours. Vous voyez tout, devenez témoin ou même acteur sans cesse d’une multitude de choses plus ou moins roses. Ce n’est que ça de rencontrer et de discuter avec des nouvelles personnes et de leur dire au revoir 5 minutes plus tard.

La plupart de ces rencontres, je les ai oubliées définitivement dès la première seconde passée. D’autres me laissent un petit souvenir. Il y a aussi un pourcentage infime de ces personnes qui ne payent pas de mine mais qui pourtant restent encrées bien profond dans ma tête.

DJ Bizzarino, c’est ce personnage atypique qu’il est impossible d’oublier. C’est exactement ce genre de personne à qui tu éviterais de causer si tu ne la connaissais pas.

 

Avec ses vieilles chaussures, son jean blanchi et troué, sa chemise bleue pâle tachée et ses cheveux blonds mi-longs finissant en boucles qui n’ont pas été lavés depuis quelques temps, vous le mettriez directement dans la catégorie des «sans-abris», comme j’ai pu le faire.

Car à force de voir les gens de tous les horizons, on fini par les classer dans des cases. C’est mieux pour le boulot, car vous pouvez alors mieux cibler les clients qui vous donneront le bon argent et celui qui ne vous paiera moins, voire pas du tout.

L’habit ne fait pas le moine

Eh oui, DJ Bizzarino, c’est bien plus qu’un sans-abris. C’est un sans-abris qui a choisit d’être un sans-abris. C’est là toute la différence. Il a fait ce choix à 35 ans. Il en avait 45 lorsque je l’ai rencontré en 2016.

En apprenant ça, vous avez tout comme moi écarquillé les yeux et vous êtes demandé pourquoi. Il vous répondra que c’est parce qu’il en avait marre de payer, tout le temps payer, pour ci, ou pour ça. Alors, vous l’avez déplacé de la catégorie « sans-abris » à celle des «rebelles de la société ».

Et puis, il va vous raconter que dans sa jeunesse, il était DJ en Italie et qu’il a voulut aller en Australie pour se faire connaître ailleurs et développer son business à l’étranger. Mais dans la musique, c’est le plus gros qui mange le plus petit. DJ Bizzarino : aux oubliettes.

Il est alors passé de petit boulot à petit boulot, arrivant tant bien que mal a payer son loyer et ses factures, sans arriver à économiser assez pour un billet d’avion retour en Italie. La vie en Australie est chère. Le voilà bloqué pour des raisons d’argent, loin de tout, et surtout de sa famille.

Un jour, il a pété un plomb.

Mais au lieu de se mettre dans l’alcool ou la drogue comme beaucoup de ses amis l’ont fait, notre ancien DJ a décidé de trouver ce qui est selon lui la vraie liberté : il a voulu fuir le système.

Ni une ni deux, il commence à ne plus payer son loyer en signe de protestation. Il se fait virer de son logement. Il met fin à tous ses contrats et prélèvements dans le même temps. En l’espace de 3 mois, il ne lui restait plus qu’une paire de chaussures, un jean et une chemise bleue. Les mêmes qu’il a aujourd’hui !

Et 10 ans plus tard, il est toujours là, à dormir à même le sol, dans un recoin de béton d’un hôtel à 500$ la nuit en chambre simple, en plein centre-ville de Darwin.

Il s’amuse à se venter d’y dormir, dans cet hôtel ! Ça lui remonte un peu le moral quand il en a besoin. Sacré DJ Bizzarino.

Iriez-vous parler à un sans-abris ? Maintenant que j’ai connu DJ Bizzarino, oui ! (ce n’est pas lui sur la photo, je respecte sa vie privée !)

 

Mais de quoi vit-il depuis 10 ans ?

Eh bien, il vous racontera avec fierté qu’il ramasse les pièces et les billets que font tomber les gens. Oui, en Australie, on est tellement bien payé que faire tomber un billet de 20$ n’est pas chose grave en soi.

Je dois dire que ça m’est arrivé quand je vivais au Québec. Je me déplaçais à vélo et j’avais un billet de 20 dans ma poche de pull ouverte qui a décidé de se faire la malle avec le vent fort qu’il y avait ce jour-là. Quand je m’en suis rendu compte, je me suis dit «Bof, tant pis, jeudi j’ai mes 640$ hebdomadaires». Les salaires plus élevés, ajoutés à une paie à la semaine, donnaient l’impression de tout le temps avoir de l’argent. 20 de perdu, 40 de retrouvés.

Tous les jours, notre ami parcours les rues de son regard fin, à la recherche de la moindre pièce de 5 centimes.

Il vous racontera qu’il arrive à avoir entre 10 et 50 Dollars par jour, ce qui, comparé à ce qu’il dépense en tant que sans-abris, est une fortune ! Il adorera vous raconter avec détail les quelques fois où il a ramassé un billet de 50$, voire un de 100$.

Comprenez qu’il ne meurt pas vraiment de fin ou de soif. Il a son portefeuille, comme vous et moi. Mais le sien est bien gardé, maintenu par une chaîne, et bien planqué dans ses poches.

Comprenez bien que son portefeuille, c’est sa valise, c’est sa vie.

 

La première fois que j’ai eu affaire à lui, c’était spécial.

Revenons à cette personne à qui vous éviteriez de causer si vous ne la connaissiez pas, avec ses vieilles chaussures, son jean blanchi et troué, sa chemise bleue pâle tachée et ses cheveux mi- longs pas lavés depuis quelques temps.

Le type vous accoste pour une course en Pédicab. Moi, je suis à la recherche du moindre billet de 5$ pour rembourser ma location et gagner de l’argent. Donc je m’arrête pour tout le monde, pas d’exception. C’est juste que des fois, tu te dis : « ça va être trop cher pour lui », ou encore, « ce mec ne va pas me payer ». Le Pédicab, c’est plus cher que le taxi.

Bien sûr, c’était très mal connaître DJ Bizzarino…

Il était sur le trottoir, et semblait m’avoir vu venir de loin. Il était encore loin lorsque je l’ai vu tendre le bras en l’air, de la même manière qu’on appelle un taxi à New York.

« Je vais prendre mon café à la station Shell, à Larrakeyah, c’est le moins cher de la ville. Tu peux m’emmener ?
– Okay, ça fait un peu loin d’ici, c’est en dehors du centre-ville. Ça te feras 20$ l’aller.
– Pas de problème. Je t’en donne 50 ».

Je ne vous dit pas la tête que j’ai fait.

Surtout qu’en même temps, il mettait la main au portefeuille et me sortait le billet. Un sans-abris qui vous paie 50$ au lieu de 20, et en plus en avance. C’est pas tous les jours!

Je l’ai donc emmené. J’étais tellement surpris que je n’ai pas tout de suite parlé avec lui. Je me suis ensuite rendu compte, tardivement, que cette personne devait être vraiment intéressante à connaître. Alors j’ai fini par le questionner, et j’en ai tiré tout ce que je vous ai dit au-dessus.

Quand un sans-abris devient un ami

Depuis ce jour, DJ Bizzarino, il m’aimait bien. J’étais Européen comme lui, curieux, souriant, sympa. En tout cas, d’après ses dires !

Le vélo est équipé d’un système son. Je lui avais passé de la musique des années 80 qu’il aimait tout autant que ma façon de conduire le vélo. En plus, je lui avait raconté que j’étais allé en vacances à San Remo. C’est sa ville de naissance! Comme le Monde est petit !

Parfois, il ne faut pas grand chose et, avec ces petits détails, ça passait bien entre nous. Parmi les 13 Pédicabs déployés à Darwin, j’étais devenu son chauffeur préféré. À partir de ce jour là, il ne roulera plus qu’avec moi, et tout ce qu’on se dira restera entre nous. Le pacte est signé !

On se saluait quand je passais devant le Hilton où il traînait toujours le soir et je prenais un peu de temps pour discuter un peu avec lui régulièrement dans la semaine ou quand c’était l’heure creuse. C’était mon petit moment de repos, mon petit plaisir quotidien.

Sa boisson préférée, c’est le café. Oui, ça réchauffe et ça maintient éveillé. Dormir sur du béton depuis 10 ans, c’est pas ce qu’il y a de mieux. Il vous en parlera mieux que moi.

Son petit péché mignon, c’est de faire un tour en Pédicab, les cheveux au vent avec une de ses musiques préférées à fond, plaisir qu’il se fait une fois par semaine. Tous les vendredis, pour être précis. C’est quelqu’un de calme et de méticuleux, sûr de lui, d’une extrême gentillesse et intelligent.

Ce sera mon client régulier préféré, loin devant mes deux pêcheurs retraités favoris et tous les autres !

 

Ce sera aussi et surtout ma plus belle rencontre lors de mes 2 mois à Darwin, et peut être même de tout mon voyage en Australie !

 

Un jour, il m’interpelle depuis le trottoir et me dit : « Hey, Aymeric ! Vendredi, je monte avec toi. Tu m’emmènes prendre mon petit café à la station Shell ?!
– Pas de problème ! Je passe à quelle heure ?
– Vers minuit, je serai devant le Hilton !
– Pas de soucis ! Vendredi, minuit, Hilton ! Je t’oublies pas !
– Attends, attends. Il y a juste une petite condition…
– Ah ? Laquelle ? Il s’approche de moi, puis me parle tout bas, presque en chuchotant.
– Si tu pouvais avoir la musique « What is Love » de Haddaway, tu serais un chef !
– Ah, je ne l’ai pas… Mais je la téléchargerai. Aucun soucis, je la mettrai !
– Okay c’est super. Toutes les semaines, on changera de musique. Ne la joue que pour moi, garde la juste pour moi, s’il te plaît. Garde la pour moi.
– Le client est roi! T’en fais pas !».

Le vendredi venu, il était tout sourire en me voyant arriver. Il s’assoie complètement avachi dans le coin gauche du siège arrière et, une fois prêt, je met la musique qu’il m’a demandé à fond.

Mon pote Bizzarino avait le sourire jusqu’aux oreilles, comme jamais je ne l’avais vu avant.

Il en avait presque les larmes aux yeux.

« Tu sais, il en faut peu pour être heureux »

Ce seront les seuls mots qu’il me dira ce soir là. Pour pousser son bon temps jusqu’au bout, je m’étais garé juste devant la porte d’entrée de la station Shell et j’avais mis la musique encore plus fort quand il était dans la boutique, pour qu’il l’entende de l’intérieur. Autre grand silence de sa part jusqu’à ce qu’on revienne de nouveau au Hilton, avec son café. La course avait duré environ 15 minutes.

«Tiens mon pote, tes 50$ qui en méritent 100. T’es un vrai chef ! On se voit la semaine prochaine !
– Merci, DJ !
– C’est un plaisir !
– Mais attends. Pourquoi tu me paies 50 alors que c’est 20 ? Pourquoi tu me paies tant alors que tu as si peu ? Gardes ton argent pour plus tard. On ne sait jamais ce qu’il peut t’arriver.
– Mon ami, je fais ça parce que ça me fait plaisir. Écoutes, le Pédicab, c’est le meilleur truc que j’ai jamais fait ici. En plus, j’ai ma musique. Franchement, j’adore tellement ! Ça me fait tellement plaisir ! Tu sais, ma vie, je l’ai choisie, mais elle est pas facile. On a du soleil tous les jours, ici à Darwin. Mais mon vrai soleil, c’est mon tour de Pédicab avec ma musique. Et puis toi, t’es jeune, tu voyages, il te faut des sous. Ton boulot te coûtes un gros investissement toutes les semaines, tu travailles fort pour gagner peu… Je sais ce que c’est tout ça… Et c’est pas facile non plus. Si je te donnes 50, c’est parce que ça les vaut ».

Au départ, je voulais lui faire tous les autres aller-retour gratuits. Mais devant ça, franchement, j’ai sauvegardé ses paroles dans un coin de ma tête et j’ai fermé ma bouche. Il m’avait dit ça comme si il avait fait une prière. Qu’est ce que je pouvais faire d’autre que d’exécuter ses vœux?

La dernière course

Quelle fût la surprise lorsque j’ai dit à mon meilleur ami Italo-Australien que je partais à Brisbane… Aïe, aïe, aïe. Aussi bien lui que moi. Car oui, je l’ai eu aussi ce petit pincement au cœur. Mais il a compris. Il a compris que je suis le grand voyageur. Il sait qu’il est la personne qui reste à Darwin.

Pour le remercier de son partage, je l’ai emmené faire un grand tour en ville gratuitement (j’ai quand même dû sacrément insister !), toujours avec ses musiques favorites à fond.

Je faisais des pointes de vitesse quand ça descendait, je rasais les voitures garées, je faisais des virages entre les terre-pleins centraux sur la route.

Il rigolait comme jamais il n’avait rigolé. Il chantait. il dansait avec ses bras. Ses cheveux volaient dans tous les sens. Mais ils volaient surtout librement, libre comme la vie qu’il a choisie. Il était heureux comme jamais.

Moi, je ne sais pas.

Je rigolais, je chantais, je dansais avec mes bras tout comme lui. On saluait les filles sur notre passage. J’étais tout aussi heureux que lui. Mais je ne sais pas.

En réalité, je crois que je comprenais à ce moment pourquoi il aimait tellement son tour de Pédicab, je comprenais enfin son état d’esprit. Je commençais à assimiler sa façon de vivre.

Je comprenais enfin la différence entre ce qu’il ressentait quand il était sur le Pedicab et quand il était allongé sur le béton dans son recoin.

Alors je ne savais plus quoi faire entre pleurer de rire et de joie, ou pleurer tout court. Pour toute la puissance que renvoie cette personne, pour sa façon de vivre et de voir les choses.

 

En terme d’adieu, il me dira que la première musique qu’il m’a fait jouer sur le vélo, «What is Love» de Haddaway, était la toute première musique qu’il n’ait jamais mixée sur ses platines. Je comprenais alors ses yeux remplis de larmes ce jour là. La nostalgie devait être forte.

 

Alors voilà, DJ Bizzarino, il m’en a appris des choses, il les a chamboulés les préjugés qu’on se fait sur les gens. Il est passé de «sans-abris» à «personne exceptionnelle» en si peu de temps…

On ne peut pas juger une personne juste en la regardant. Non. On ne peut juger une personne que quand on la connaît.

Restons simples, humbles et ouverts d’esprit envers toute personne que l’on croise.

 

Merci DJ Bizzarino.

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
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