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3 mois en Nouvelle-Zélande !

3 mois en Nouvelle-Zélande, le temps passe sérieusement vite ! Voici déjà un nouveau petit compte-rendu. Ma progression au boulot, ma voiture, mes nouvelles découvertes, ce que je pense du lifestyle, et bien plus encore ! Commençons, sans plus attendre.

Ma deuxième impression sur le coût de la vie

Eh bien comme pour beaucoup de choses, on s’y habitue ! Bon, au 1er Juillet, les taxes sur l’essence ont changées, augmentant le prix au litre de 12 centimes. Encore une nouvelle chose à s’habituer, alors.

J’ai regardé vite fait le prix de l’immobilier sur Auckland. Même perdu à 35 kilomètres du centre-ville, une maison vaut encore 500.000$ ou plus. D’ailleurs, à Drury (où j’habite), il y a une maison à vendre : F4 90 mètres carrés assez récent et sans travaux pour 660.000$.

Au centre-ville, un studio de 25 mètres carrés vaut 200.000$. Pour 400.000, un studio plus grand avec du standing et balcon peut se trouver. Compter 500.000$ pour un appartement 2 pièces, 700.000 si on ajoute le standing et la vue sur l’océan. La première maison de ville que j’ai vue est à 1.300.000 (un F4 de 100 mètres carrés).

Le centre-ville d’Auckland vu depuis le Mount Eden

Maintenant que j’ai une voiture (j’en parle plus bas), j’ai également découvert le coût des engins motorisés.

L’essence coûte chère : sur Auckland, 2,04 à 2,33 le litre de sans plomb 95 , augmentation récente incluse, selon la marque, et selon la localisation de la station service. Plus c’est perdu, plus c’est cher. Avantage : il existe des cartes de fidélité, permettant des économies de 6 à 10 centimes le litre (si on prend plus de 40 litres).

Pour l’assurance, c’est vraiment pas cher. Mon break Nissan Primera me coûte 32$ par mois, assuré au tiers + vol + incendie + bris de glace. En sachant que je suis un étranger, avec un permis de conduire dit « limité », je suis considéré comme « jeune conducteur » malgré 9 ans de permis.

Les garages et pièces détachées ont des prix similaires à ce qu’on a en France.

Le bon point : il n’y a que 3 péages dans tout le pays, et les radars quasi inexistants. On peut prendre la route sans trop se faire dépouiller.

La voiture

Acheter une voiture d’occasion est très très facile. Il y a des garages par centaines, et le « Le Bon Coin » du pays regorge d’annonces (TradeMe). C’est un vrai eldorado.

Encore plus faciles sont les démarches. On va à La Poste, on rempli un formulaire d’une page, on le fait tamponner au guichet, on paie 9$, et voilà. 2 minutes chrono.

Le Contrôle Technique s’appelle ici le WOF (Warrant Of Fitness). La Carte Grise s’appelle la Registration. Et il y a aussi la REGO, une taxe qui permet de pouvoir rouler la voiture légalement sur les routes.

Le WOF est beaucoup moins strict qu’en France (et moins cher). Par contre, c’est tous les ans pour les véhicules après 2000, tous les 6 mois pour les véhicules avant 2000. La Registration ne se fait que pour un véhicule neuf, ou importé, ou qui n’a pas roulé plus d’un an d’affilée.

Bref, j’ai ma voiture ! Je vous présente ma Nissan Primera break. Nom de code : Gordon.

« Voiture de backpacker » oblige, elle est vieille (1997), et kilométrée (193.000). Mais mes connaissances me disent que c’est du lourd et que tout est propre. Après toutes les annonces que j’ai parcourues, après tous les essais de faits, je peux dire que c’est la meilleure de toutes !

J’ai également tout ce qu’il faut pour partir en roadtrip avec et aussi dormir dedans. Matériel de couchage, matériel de camping, matériel de cuisine. Impeccable !

J’avais juste les pneus arrière a changer. Une vidange, des bougies et un filtre à air plus tard, me voilà déjà avec un peu plus de 600 bornes en 2 semaines. C’est que Auckland, c’est très très grand.

Auckland

Euh non, Drury ! Mais Drury fait partie de Auckland, donc je ne sais pas trop quoi mettre.

Auckland, c’est un peu comme Los Angeles. Il y a un centre-ville avec des buildings qui s’étend sur 10/15 kilomètres carrés, et il y a tout le reste de maisons de banlieue tout collé qui s’étend dans un cercle de 70 kilomètres de diamètre et même plus (oui, oui!).

Voici les distance, en voiture, depuis le centre-ville. Au Sud il y a Drury, à 35 kilomètres. À l’Ouest il y a Waimauku, à 32 kilomètres. Au Nord il y a Waiwera, à 43 kilomètres. À l’Est, il y a Maraetai, à 38 kilomètres.

L’étendue de la région aucklandaise.

Par exemple, je suis allé à Piha Beach, depuis Drury. Cela représente 66 kilomètres de route. 66 kilomètres de faits, et toujours à Auckland ! C’est complètement fou.

Voilà donc deux mois et demi que je suis installé à Drury pour le boulot, comme expliqué dans mon article sur le premier mois.

À Drury, c’est tranquille, la porte d’entrée Sud de la campagne aucklandaise (après 35 kilomètres au milieu des maisons, enfin!). Une station service, deux garages, une école primaire, une petite église, deux bars, un restaurant, tout petit centre commercial proposant le basique, un rond point et une zone industrielle.

90% des habitations sont le long de la route nationale. Si on additionne les chevaux, les vaches et les moutons dans les prés, il y a plus d’animaux que d’habitants. Classique.

Tranquille et campagnard, bien plus modeste. Mais pas pauvre pour autant. Dans la partie Nord du village, un nouveau quartier s’est développé avec de très belles maisons. Le weekend, les autos sont de sortie, comme au centre-ville d’Auckland : Bentley, Aston Martin, Jaguar, Maserati, quelques vieilles américaines de collection rutilantes… ça défile.

Ma progression au boulot

J’ai progressé sur tous les plans, aussi bien en nombre de moules ouvertes qu’en folie pure, comme je l’ai expliqué dans mon article sur ce job. Mon esprit de compétition est au taquet, et je suis devenu un vrai chien avec mes collègues le long des convoyeurs. Un vrai ouvreur de moules, quoi. Bien sûr, en dehors de l’atelier, on est tous potes.

Mon premier jour, j’avais ouvert 3.400 moules. 8.683 était mon record au bout du premier mois. Déjà pas mal comme progression.

Mais avec l’expérience, les changements de technique, tous les petits détails ajoutés, la souplesse, la finesse et les améliorations faites à gauche et à droite, les chiffres ont encore augmentés. Au bout de 6 semaines, j’ai passé la barre des 10.000.

Je suis aujourd’hui le 12 ème meilleur ouvreur de l’usine, avec un record à 11.332. Pour donner un ordre d’idée : 1511 moules par heure, 25 à la minute, 1 moule en 2,4 secondes. Une bonne marmite de moules remplie en moins de 3 minutes chrono.

Je passe régulièrement la barre des 10.000. Et comme c’est paie au rendement, je gagne 50 à 100$ de plus par semaine maintenant.

Pour la folie, je suis devenu comme tous mes collègues : prêt pour l’asile ! Taré, déchaîné, cinglé, fou, appelez-moi (nous) comme vous voulez. Heureusement, en dehors de l’usine, tout redevient normal, haha !

Et après le boulot ?

Le travail finira dans quelques courtes semaines. Les moules, c’est malheureusement saisonnier ! Enfin, ça me fera du bien quand même après 3 mois. Les mains et poignets, l’épaule gauche, et le dos prennent quand même pas mal quand on va vite comme ça.

Le plan serait donc de me prendre quelques semaines de roadtrip dans le Northland (la longue péninsule au Nord d’Auckland), et de faire aussi un tour sur la presqu’île de Coromandel, au Sud Est d’Auckland. À voir selon les économies si je rajoute quelques autres coins.

Et une fois toutes ces découvertes faites, retour sur Auckland et recherche de travail à nouveau pour ensuite repartir encore à l’assaut du reste du pays en été. Parce que oui, ici, au mois de Juillet, c’est le début de l’hiver !

Je reste « au chaud » sur l’île du Nord, même si le Sud est certainement à couper le souffle sous la neige.

Brown’s Island, vue depuis Rangitoto Island

2 mois de découvertes

Les weekends, je passe toujours mon temps libre à découvrir les environs d’Auckland. C’est toujours aussi sympa. Il y a vraiment beaucoup à faire !

Piha Beach

J’y suis allé 2 fois. Ici, c’est un peu le petit coin de paradis d’Auckland, je dirais même le meilleur compromis de petit coin de paradis, à mon goût.

Rien que la route vaut le coup, car on traverse la forêt subtropicale de Waitakere, où on se sent dans un univers parallèle. Une fois arrivé, tout est calme et silencieux, et les maisons modernes (à plusieurs millions) parfaitement intégrées dans un décor vallonné et sauvage à souhait.

Auckland

Retour à Mission Bay avec la visite de l’Aquarium d’Auckland et les points de vue au Parc Joseph Savage. Encore un de ces nombreux coins de paix de la ville, avec un point de vue à couper le souffle sur Brown’s Island et Rangitoto Island, mes deux îles préférées !

Retour à One Tree Hill, et galement un petit tour à l’Ambury Regional Parc, à Mangere Bridge. Balade au parc Harbourview Orangihina.

Petit roadtrip sur la Scenic Drive, aux Waitakere Ranges. Quelques points de vue sympas ! Je suis aussi passé par Titirangi Beach.

Waitakere Ranges, vu depuis un des nombreux points de vue sur la Scenic Drive.

Tiritiri Matangi Island

Un tout petit paradis ultra sauvage et ultra préservé (pest free island, même traitement que l’île de Rangitoto) à 1h15 de ferry au nord d’Auckland.

On peut faire le tour de l’île à pied, en suivant la côte, en 4 heures de marche seulement. Ça tombe bien car l’unique ferry qui s’y rend nous laisse 5 heures sur place. Interdit de rester pour la nuit.

Que dire de cette île ? En elle-même, c’est une île, et elle est toute petite. Rien de folichon. Mais que dire de l’expérience vécue ? Extraordinaire, féerique, à couper le souffle, et même plus. Je ne saurais poser des mots, alors je laisse quelques photos parler à ma place.

Conclusion après 3 mois

Auckland et sa région me plaît bien. Bon, il faut enlever deux choses : la circulation de fou (quand le GPS dit 15 minutes, compter 30), et l’étendue vraiment énorme de la ville (on a l’impression de ne jamais en sortir!). 1.500.000 habitants, peut être 90% sont en banlieue.

Le style de vie et la mentalité sont à des années lumières de la France. Question économie, emploi et sécurité aussi. Ça me plaît beaucoup. Ici on respire, dans tous les sens du terme, et ça fait un bien inimaginable.

Comme lorsque j’étais expatrié au Québec, après quelques mois, on a bien repris ses repères et les habitudes commencent à se mettre en place. Le côté voyageur s’estompe grandement. J’ai presque l’impression d’être expatrié à nouveau.

Pour le moment, je ne sais pas si je resterai après mon Visa. Je peux le faire car je suis considéré comme « Skilled Worker » ici, et peut passer sur un Work Visa de 2 ans renouvelable 2 fois, laissant le temps d’avoir la Résidence Permanente. Il est également envisageable de passer sur un Visa Sponsorship de 2 ans. Ce sont des options que j’ai toujours dans un coin de la tête, mais qui demandent bien sûr plus d’approfondissement !

Je vais prochainement déménager dans une autre colocation, vu que celle où je suis dépend du boulot, tout le monde va devoir partir. La coloc, c’est plus sympa et plus privé qu’une auberge de jeunesse, pour le même prix !

On s’en reparle dans 3 mois, pour l’article spécial 6 mois!

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je?

Job PVT Nouvelle-Zélande : Marinières, vos moules?

Deuxième semaine de mon PVT Nouvelle-Zélande, me voici à Drury, petit patelin industriel de campagne, tout au sud d’Auckland. Un vent puissant et sifflant en pleine face m’accueille. Aujourd’hui, c’est jour d’entretien pour le boulot.

Je rentre dans les bureaux de Sea Products Mussels Limited. Passé la porte, le vent est directement remplacé par l’odeur forte de crustacés et de haute mer, avec une pointe d’algues. Pas si mauvais, en fait.

J’ai eu droit au « j’ai oublié d’imprimer votre CV », histoire de me faire mariner-marinière mon anglais (c’est le cas de le dire), les coquins. On me présente le contrat pour les 3 prochains mois. Que je signe direct.

Mussel Opener

Le boulot parfait du backpacker. Ouvrir et trier des moules.

  • Durée de 3 mois extensible à jusqu’à ce que je veuille arrêter (1 semaine de préavis).
  • Aucune charge lourde
  • Aucun effort à produire (si ce n’est manier un couteau)
  • En intérieur.
  • Boulot de jour de 7h à 15h30.
  • Tout l’équipement est fourni donc rien à acheter.
  • Paie au rendement, à partir de 16.50 de l’heure (au-dessus du salaire minimum à 15,75)
  • Comme je suis en PVT, j’ai un bonus gouvernemental de 1$ par heure. Donc le 16,50 passe à 17,50.
  • Plus je vais vite plus je suis payé : une fois habitué au boulot, je peux être capable d’être payé autour de 22$ de l’heure.
  • Bonus de 8% par heure pour les vacances (compensation car je n’aurai pas le temps de bosser assez pour les avoir).

Et ce n’est pas fini.

Pour 130$ par semaine seulement, j’ai un logement tout inclus (partagé avec d’autres travailleurs de l’usine), à 15 minutes à pied de l’usine, et près d’un petit centre commercial.

La maison ! Pur style campagne néo-zélandaise.

Premier contact

Prénom : Tawera. Taille : 1m90. Poids : 130 kilos. Porte les t-shirt de l’équipe de rugby de Papatoetoe. Signe distinctif : bras et torse recouverts de tatouages Maori. Nombre de moules ouvertes par jour : 15.000 en moyenne. Record personnel : 17.500.

« Tu prends la moule, comme ça (geste fictif de la main gauche). Tu prends le couteau, comme ça (geste fictif de la main droite). ET TU BUTES LA PUTAIN DE GUEULE DE LA MOULE ! (grand coup de poignard fictif) Et tu recommences. Et vlan ! Vlan! Vlan ! (grands gestes dans tous les sens). ».

Voilà le premier collègue rencontré, le lundi à 6h40 du matin, dans le vestiaire de Seafood Products. J’ai de la chance, il est dans le top 5 des meilleurs ouvreurs, 3 ans d’expérience. Parfait conseiller, quoique un peu bourrain.

Tawera est Maori, comme près de la moitié des employés. 40% sont asiatiques : Chine, Japon, Malaisie, Thaïlande. 10% sont des gens des îles du Pacifique. Et moi je suis le seul français, le petit Gaulois venu de nulle part. Je retrouve ici le mélange de cultures qu’il y avait à mon boulot au Canada, et j’en suis très heureux.

Une ambiance totalement improbable

Ouvrir des moules, voilà qui est original. Encore plus improbable est l’ambiance.

Ici, on vient pour le pognon, point barre. Les meilleurs sont payés jusqu’à 32$ de l’heure. Nous sommes 40 ouvreurs, mais en vérité 40 compétiteurs. Dans l’atelier, croyez-le ou non, c’est ambiance salle des ventes de Wall Street, les billets verts remplacés par les moules, les téléphones et écrans remplacés par les couteaux.

Fameux couteaux dont il veut mieux être le premier à arriver pour en avoir un des mieux aiguisés. Ils s’arrachent et se volent comme des petits pains.

Je suis tout de suite dans mes baskets, même si j’apprends encore après un mois passé ici. L’ambiance procure une motivation extrême, et ces « grandes gueules » blagueuses de Maoris mettent la patate dès le matin.

Aussi car moi aussi je suis là pour les sous. Il me faut faire des économies pour acheter une voiture et parcourir le pays.

Pendant la journée, c’est le combat seul contre tous. Mais pendant les pauses, j’arrive à chopper quelques astuces en discutant un peu, que je me magne de reproduire au mieux possible les heures suivantes. Le long des convoyeurs, on est des vrais chiens, mais en dehors, on est une vraie équipe.

Ligne d’opening

Je vous propose un résumé d’une journée classique

Arrivée 6h40, vestiaire blindé de Maoris, ou de rugbymen, la différence est difficile. Ça blague et ça gueule dans tous les sens. Les types sont déjà survoltés, comme si ils avaient sniffé de la coke avant de venir. Les asiatiques restent dans leur coin, bien sagement, et font mine de rien.

Un s’amuse à allumer et éteindre la lumière, l’autre se met à jouer des scènes de film tout seul au milieu du vestiaire. Ça improvise des combats de catch depuis les bancs du vestiaire. Un autre arrive avec la musique à fond sur son téléphone. Un dernier se met à rapper des rimes improvisées sur les moules… Une ambiance de taré.

Puis le dernier arrive, toujours le même. Il s’appelle Losito, 1m95, 180 kilos facile, et s’amuse à pousser tout le monde avec son gabarit de Sébastien Chabal, l’embonpoint en plus. Signe distinctif : a quelques dents recouvertes de couronnes en or.

À force de les côtoyer, je prend la vague de l’ouvreur de moules taré, à commencer par placer au minimum un gros mot par phrase, et à insulter chaque chose et truc possible et imaginable.

David m’aide le matin dans le vestiaire. C’est lui le recordman de la phrase la plus longue (une vraie phrase) avec un nombre de gros mots d’une variété impressionnante. Il devrait se lancer dans une carrière de rapeur.

On se change, ce qui prend du temps car il faut tout un attirail complet de la tête aux pieds, et toute une série de procédures de nettoyage. Certains se font une petite séance d’étirements et d’échauffement des articulations (je suis de ceux-là).

Puis on attends devant la porte d’entrée de l’atelier. « Ready to kill the mussels ? » (prêt à buter les moules ?), entend-on à gauche et à droite.

Le superviseur arrive, créant le silence le plus complet. On passe un à un devant lui, nous indiquant où nous placer sur le long des convoyeurs. La porte de l’atelier s’ouvre, et tout le monde se rue sur le meilleur couteau. Le meilleur est le couteau, le plus vite on peut aller. Les retardataires n’ont qu’a se lever plus tôt.

6h55, 5 minutes avant l’heure H.

La concentration est à son comble. On entend les couteaux claquer sur l’inox, en signe d’une attente interminable. La première moule arrive enfin. Des « YEAAEAEEH !! », ou encore « BRING THE MUSSELS !! »(amène les moules) surgissent.

Nous prenons position tels des athlètes au départ d’un 100 mètres sprint. Jambes légèrement écartées, pied gauche légèrement devant le pied droit. Main gauche au-dessus du convoyeur, prête à attraper les moules. Main droite empoignant fermement le couteau, pointe à 45 degrés vers le haut, coude collé au corps.

Et nous nous jetons tels des rapaces affamés sur les moules qui nous passent devant. Non pas pour les bouffer, mais pour les buter. Enfin, elles sont déjà cuites avant d’arriver à nous de toute façon.

40 ouvreurs, des centaines de moules défilant sur les convoyeurs. Le claquement des coquilles sur l’inox se multiplie par milliers, créant un boucan infernal. On croirait un orage de grosse grêle sur une plaque de verre, toute la journée durant.

Les très bons jours, nous sommes capables d’ouvrir à nous tous jusqu’à 400.000 moules. 300.000 serait une bonne moyenne.

La course est lancée !

Les 2h30 avant la première pause, c’est la course au rendement. Tout le monde n’a qu’un but : buter le plus de moules possible, rien que pour se targuer d’être le meilleur. Il faut faire le trou, tout de suite.

Les 2h30 suivantes sont un peu plus relax. On joue sur la distance, l’endurance. Ça se relâche. On prend même le temps de se raconter une blague, tout en butant des moules. D’autres font quelques pas de danse, toujours en butant les moules.

Buter les moules, ça, ça ne s’arrête jamais. Ici, une moule est une moule comme un centime est un centime, point barre.

Ligne d’ouverture de moules. Photo d’entreprise

De temps en temps, la machine à cuire les moules rame devant les rapaces que nous sommes. Cela arrive que les moules n’arrivent plus pendant 2 ou 3 minutes, nous laissant sans rien dans les mains. Alors ça gueule dans tous les sens et ça tape les couteaux sur l’inox !

Et le superviseur arrive en courant, complètement affolé pendant qu’on le hue comme des cinglés échappés de l’asile, et fonce voir ce qu’il se passe dans la salle de cuisson. Comment on fait tourner le compteur, nous ? Hein ?

Et les dernières 2h30, c’est le sprint. Les moules volent dans tous les sens entre les mains, à la vitesse des jambes d’Usain Bolt.

Les anciens se balancent des coquilles vides pour se déconcentrer et prendre un avantage de temps. Ça fuse un peu dans l’atelier. Ça se vanne, ça rigole. Les plus susceptibles balancent avec rage les mauvaises moules ou les moules ratées à la benne, voire les éclates à même le sol.

Et à 15h30, tout le monde se rue sur les compteurs, tels des ados qui regardent si ils ont le bac ou pas. Et ça crie de victoire, et ça chambre, et ça hurle encore. La seule question qui a lieu d’être en ce moment est : « combien t’as fait de moules? ». Si tu dis autre chose, c’est la porte, haha !

Bien sûr, la compétition entre nous, l’ambiance, gueuler, huer, et tout ça, c’est très bon enfant ! On s’éclate surtout !

Les experts

Il y a trois façon d’ouvrir les moules : la tranquille à la maison, la industrielle, et la bourrain. C’est un peu les trois niveaux. Facile, intermédiaire, expert. De 500 à 3000, de 3000 à 9000, puis 9000 et plus par jour.

J’ai démarré à 3400 pour mon premier jours, j’en suis à 8600 après 1 mois. À la fin du mois prochain, je devrais être capable des 10.000 et plus.

Les experts se reconnaissent entre mille. Sous leurs gants, ils ont les doigts bandés comme des boxeurs, et ont tous leur petite technique ou détail différent. Souvent, ils ont leur propre couteau, taillé pour eux, et le manche fait à leur main.

J’aime voir Edward : il se positionne de profil par rapport au convoyeur, et fait un mouvement circulaire avec tout le haut de son corps, accompagnant incessamment chaque prise et relâche de moule. Tout est dans le rythme.

Les experts, ils en sont à un niveau tel que je n’arrive même pas à distinguer leurs gestes. Une moule ouverte en un peu moins de 2 secondes, chrono en main. Inhumain, mais pourtant réel.

Tongara, le meilleur ouvreur de l’usine, a lui passé la barre des 19.000……. Pour la énième fois…. Il veut passer les 20.000. Il y arrivera. Il faut que les conditions soient réunies.

Imaginez-vous ouvrir une moule en moins de 0,8 seconde, de la prise à la relâche……….

Le voir est extraordinaire, bluffant ! Ses bras se déplacent tel un mirage, et ses mains sont littéralement invisibles. Même une machine n’irait jamais aussi vite. Il faut réellement une caméra haute vitesse pour voir ce qu’il se passe !

Nous ouvrons les « Greenshell Mussels », reconnaissables à leur couleur verte. On les trouve dans tous les grands supermarchés en Nouvelle-Zélande.

La technique

Toujours est-il qu’il faut la souplesse d’un gymnaste olympien (le calme aussi), la précision d’un tireur de ball trap, et le coup de couteau vif et net d’un boucher de 40 ans de métier. Bon à savoir: on utilise plus la main gauche que la main droite. Je vais finir ambidextre.

Voici, en gros, et selon les préférences de chacun, comment on fait :

  • Prendre la moule main gauche côté plat vers le haut, coté arrondi dans le creux de la main, ouverture vers soit.

  • En même temps, coincer la barbe de la moule en la maintenant avec le pouce gauche contre la coquille et en la poussant vers l’extérieur. Ne jamais lâcher la barbe !

  • Rentrer la pointe du couteau dans l’ouverture, par le haut.

  • Lame rentrée d’environ 1 à 2 centimètres suivant la taille de la moule, il faut impérativement que la lame suive parfaitement la forme intérieur de la coquille pour trancher le frein, sinon c’est poubelle car ça abîme la chair.

  • Un coup de couteau sec de haut en bas, décrivant un arc de cercle, passant en-dessous de la moule.

  • Ouvrir la moule avec la pince pouce et index de la main droite, sans jamais poser le couteau (!) d’un autre coup très vif et rapide, tout en maintenant la barbe avec le pouce gauche, qui s’arrache alors toute seule. Si on va trop lentement ou qu’on fait des a-coups, la moule s’arrache de la coquille, et c’est poubelle.

  • Séparer les deux coquilles, en pivotant celle supérieure de 90 degrés par rapport à l’autre, toujours d’un coup sec, de la main gauche.

  • Exactement pendant ce temps là, on sélectionne du regard sur le convoyeur la prochaine moule que l’on va prendre.

  • Mettre la partie vide à la poubelle, et la partie moule dans le petit tunnel qui descend dans un autre convoyeur.

  • Prendre la moule suivante, repérée plus tôt, et on recommence!

Un travail polyvalent !

Chez Seafood Products, je ne fait pas que d’ouvrir les moules.

J’ai donc aussi fait du grading, c’est à dire le tri du produit fini. On enlève les coquilles vides, les moules qui se trimballent en dehors de la coquille, les moules abîmées, ou les coquilles fissurées, avant que ça parte au congélateur.

Chaque déchet a son bac. Et là il faut se transformer en Mickeal Jordan pour bien viser, et sortir ses lunettes bioniques car tout est dans le détail. Il faut aller très vite ! On est de 5 à 9 rien que pour ce poste.

Pour le grading, je suis avec les asiatiques, ça change des Maoris. Ils sont plus fins, on va dire. Ils sont aussi super sympas, moins rustres.

Je fais aussi du packing, l’emballage. Poste plutôt sympa, le plus calme de tous. Aussi celui où on fait le plus d’heures, jusqu’à 3 supplémentaires par jour. Parfait pour arrondir la paie.

Il arrive aussi que j’aille aider à l’extérieur de l’usine, pour charger les cartons remplis de moules fraîches dans les containers qui partent aux quatre coins du monde.

En bas et à gauche, partie de la ligne de grading.

En résumé

Super entreprise à la super ambiance et où tout le monde est là pour la même chose. Rien ne nous arrête.

Facile de faire des heures supplémentaires, en naviguant entre les postes pour aider en cas de coup de bourre, et même pour le ménage le soir. Il suffit juste de dire que tu veux rester un peu et on te trouve de la place dans la minute !

Si proche du congélateur, 8 à 10 degrés. Si proche de la salle de cuissons 16 degrés. Il faut rester habillé sous les vêtements de travail.

La suite

Il faut dire, ça devient presque une obsession ces moules. Vais-je vraiment finir aussi taré que mes collègues ? Les records, les chiffres, le salaire, les records, les chiffres, le salaire…

Un jour, les collègues se sont mis à chanter l’hymne national néo-zélandais, sans aucune raison, avec une voix de tête et un rythme digne des chœurs de chorale… à en mourir de rire ! Si je connaissais les paroles, j’aurais suivi volontiers ! Haha !

Tous les jours des trucs bizarres se produisent. Par exemple, le gars en face de moi s’amuse à jongler avec les moules de temps à autre, un autre qui se met à rire tout fort tout seul, un autre qui se met à danser…

Bref, les moules et les chiffres, ça rend fou.

Je vais faire mes 3 mois tout de même ! Et je verrai selon les économies si je continue encore un ou deux mois ou pas !

En espérant que le reportage vous aura plu !

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
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