Archives par mot-clé : partage

Comment quitter son travail pour voyager ?

En surfant sur le net, je vis une question d’un internaute à l’apparence bête mais complexe : «Comment quitter son travail pour voyager à long terme?».

Cela m’a d’abord fait sourire. Car cette question je me la suis posée pour la première fois il y a quelques années. Mais aussi car j’ai dû me la poser différemment une seconde fois, puis encore une troisième fois et même une quatrième en l’espace de 4 ans! Je me sentais expert en la matière. C’était presque devenu une habitude, une formalité.

Tu es en intérim ? Attends la fin de la mission et ne la renouvelle pas. Tu es en CDD ? Pareil, attends la fin du contrat et ne renouvelle pas. Tu es en CDI ? Explique à ton patron/service RH et envoie ta lettre de démission en recommandé, ou trouve un arrangement à l’amiable/prend une année sabbatique.

Puis, je me suis souvenu de cette première fois et je me suis rappelé comment je stressais et toute la loyauté que j’avais envers cette entreprise pour laquelle je travaillais à l’époque.

Il faut dire, c’était ma première boîte, le début de ma carrière. Et comme pour toutes les premières fois, eh bien on tourne sept fois sa langue avant de faire une connerie, surtout pour quelqu’un comme moi qui aime mesurer en long et en large la prise de risque qui s’en suit.

On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne.

Certes, parmi toutes ces fois, toutes n’étaient pas pour voyager. Mais dans le fond, est-ce que son employeur doit savoir toute la vérité? Est-ce qu’il faut forcément lui raconter sa vie? Au début, je me disais que oui, que c’était somme toute normal, et c’est ce que j’avais fait. J’avais préparé presque toutes mes phrases à l’avance, et j’avais tout récité en appuyant bien sur les points les plus importants, quitte à devoir répéter deux fois!

Aujourd’hui, je me dis que j’étais un grand fou.

 

Pourquoi se prendre la tête quand il faut faire simple?

Il suffit de se mettre à la place de l’employeur pour comprendre. Parce que oui, au final, qu’est-ce qu’il en a à faire l’employeur? Parce que voilà ce qu’il va se passer : quelques semaines plus tard, vous serrez remplacé par un autre, votre dossier sera rangé au fond d’un placard, et quelques mois plus tard, ce sera comme si vous n’aviez jamais existé! Et plus l’entreprise sera grande, et plus ce sera vrai.

Alors pourquoi se prendre la tête à réfléchir en long et en large à comment amener le sujet, à comment négocier ou comment faire et dire je ne sais quoi? Mes amis, restez calme et soyez vous-même. Poussez la porte de ce foutu bureau, arborez votre plus grand sourire et dites ce que vous avez à dire.

Vous voyez, la solution est typiquement celle qui est facile à dire mais pas à faire, celle qui paraît couler de source et aussi simple que de dire un simple bonjour, mais où le moment venu vous bafouillez et vous mélangez tout. Vous vous retrouvez comme quand vous étiez au collège et que vous essayiez d’aborder la plus belle fille ou le plus beau mec du bahut. C’est là que toute la question prend son sens.

 

Confronté quatre fois à la question

Tout ça, je ne l’ai pas connu que la première fois, mais aussi toutes les autres fois où j’y étais confronté.

Il faut dire, je suis un timide introverti. Je suis un zéro pointé en terme de communication. Autre défaut, j’ai une mémoire aussi développée qu’un poisson rouge et j’en oublierais les mensonges que j’ai raconté deux jours plus tôt. Ah, misère!

Du coup, je fini toujours par raconter longuement le pourquoi du comment, à bien dire plusieurs fois que ce n’est pas l’entreprise mais mon projet qui fait que je m’en vais – histoire de partir bien. Avec tout le stress et la réflexion pour arriver à sortir un monologue d’une simple minute, ajouté au fait que vous avez absolument voulu en parler au meilleur moment, il se trouve que vous partez, au mieux, dans deux semaines, au pire, dans deux jours.

Du coup, votre patron vous regarde les yeux écarquillés de surprise. Vous venez de lui transmettre tout votre stress précédent. Ce virus lui monterait au cerveau bien avant de finir ce que vous avez à dire. Il tomberait de sa chaise en pensant à comment vous remplacer aussi vite. Il vous dira qu’il doit battre un record olympique pour y arriver.

C’est ce qui est arrivé les quatre fois. Et à chaque fois, je me suis dit « bordel, pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt », surtout dans le cas où on vous rallonge votre contrat le temps de vous trouver un remplaçant.

La première, j’étais en CDI, donc ça allait bien pour tout le monde, il y avait trois mois de préavis.

La seconde, j’étais en intérim et les missions, qui se succédaient, duraient un mois. Cette fois, ça ne posait pas non plus trop de soucis, car c’était une grande entreprise qui travaillait avec beaucoup d’intérimaires. Il y avait du stock derrière moi.

La troisième, l’entreprise était en baisse d’activité. C’était presque une aubaine pour eux! Même si ils voulaient sincèrement que je reste. Je le sais car cette fois là, j’étais au Québec : mentalité totalement différente.

La quatrième fois, c’était tout l’inverse. On croulait sous le boulot et on avait pas assez de moyens pour assurer derrière. En plus, on était une toute petite PME de trois employés, patron compris! Alors là, forcément, quand un gars se barre dans ces conditions, vous avez toutes les chances de vous alarmer si vous êtes le patron.

Et cette fois était bien sûr celle où j’aurais dû l’ouvrir dès le départ.

Enfin, tout le monde était content de parler au final. Mais tout au fond de moi, je me consolais quand même avec de la mauvaise fois.

Vue depuis le Forest Walk, Singapour.

Sur ces quatre fois, deux étaient pour partir voyager, les deux dernières. Les quatre situations étaient très différentes. Mais quelle était la véritable différence au final, puisque de toute façon vous partez!

Que ce soit pour tout et n’importe quoi, pour n’importe qu’elle excuse que vous pourriez inventer, vraie ou fausse, vous partez! La finalité est la même.

Mais malgré tout, je suis de ceux qui n’arrivent pas à s’en foutre. Et je pense que la personne qui a posé cette question sur ce forum est aussi de ce genre. Sinon, pourquoi lui traverserait-elle l’esprit? Pourquoi lui faudrait-il l’avis de personnes extérieures, et pire encore, l’avis de personnes inconnues?

Le magnifique Mont Rinjani, sur l’île voisine de Lombok. Bali, Indonésie

 

 »S’en battre les couilles »

Un jour, je traînais sur Youtube lorsque je vis une vidéo intitulée comme suit : « Comment s’en battre les couilles? ».

Le type était un bodybuilder qui ne se prenait pas du tout au sérieux et qui racontait avec un langage de jeune légèrement amélioré comment il faisait pour justement s’en battre les couilles. Il était plutôt drôle avec toutes ses expressions complètement tordues qu’il saupoudrait judicieusement au milieu d’un beau français qu’il parlait lentement. Avec son air détendu, ses grands gestes avec ses bras musclés faisaient contraste.

On aurait dit Maître Yoda dans un corps de Hulk affamé. Un spectacle à lui tout seul.

Il racontait qu’il allait à la salle de musculation habillé en « moule-bite », comme il le disait pour désigner un collant, et en maillot, le tout de couleur archi fluo, assis sur un vélo hollandais pour femme – « de tapette », avec le petit panier à l’avant. Il se coiffait rarement, « parce que c’est chiant », et ses cheveux mi-longs partaient dans tous les sens et faisaient comme une multitude de couettes nouées entre elles, pointant le ciel.

Ça, c’était pour la musculation. Mais il en racontait encore plein d’autres dans pleins de situations différentes. Je préfère vous épargner les détails.

Bref, c’était simple : il savait parfaitement qui il était, ce qu’il valait, et où il allait. Le regard et les pensées des autres ne l’atteignaient donc aucunement.

J’aimerais être comme toutes ces personnes qui s’en foutent, parfois. Parce que oui, c’est une vraie torture du cerveau! Il ne faut pas non plus avoir un cœur de pierre et envoyer chier tout le monde, mais trouver le juste milieu.

Si un jour j’arrivais juste à entrer dans le bureau comme si je rentrais chez moi, à balancer ma lettre de démission en disant plein de joie et à haute voix que je me barre en me marrant puis refermer la porte, à la manière de la fameuse publicité pour le Lotto, je serais heureux!

Ce bodybuilder complètement délirant, je suis sûr que c’est ce qu’il aurait fait à ma place!

Voilà donc mon expérience personnelle et tout ce que je peux vous donner comme motivation. Tout ceci a marché pour moi. Mais pour vous qui lisez cet article ?

Comment faire pour quitter son travail pour une longue durée ?

Eh bien je pense que la réponse à cette question ne peut venir que de soi-même. Toute situation est différente et chaque cas est différent. C’est pour ça que je n’ai que parlé de mon expérience propre. Il faut simplement se lancer. Il n’y a pas de réponse exacte, ni de truc magique. Et j’en suis désolé.

On peut s’inspirer de gens qui l’ont déjà fait, et c’est pour ça que je vous ai parlé de mes expériences. On peut demander l’avis de proches ou d’inconnus, pour nous guider. Mais la décision finale, c’est nous qui la prenons, et c’est nous qui l’appliquons, pas les autres.

Sachez juste que si vous voulez réellement quitter votre travail, pour quelque raison que ce soit, vous le ferez. Et quoiqu’il en soit, la finalité sera la même : vous partirez.

 

Toujours penser au retour !

Mais que faire du « après », que faire du retour? Allez-vous vous réinstaller dans votre pays? Allez-vous galérer pour retrouver du travail? Nul ne le sait. Personne n’a de boule de cristal fiable.

Comme pour le départ, si vous voulez du travail, vous en trouverez. Vous pourriez même avoir l’idée de faire des formations, d’en profiter pour changer de corps de métier, de vous mettre à votre compte, de postuler à nouveau pour le même type de travail. Vous serez totalement maître de votre choix.

Ce sera stressant, à peu près exactement comme au moment où vous débuterez votre voyage dans un pays inconnu.

J’ai personnellement eu la chance de retrouver du travail en 2 semaines lors de mon retour d’Australie. J’ai pris le premier job qui venait, dans ma branche. Il faut savoir « reculer » sur « l’échelle », et accepter des boulots « sales », ne pas être trop regardant. C’était de l’intérim avec des contrats à la semaine, le temps de dépanner une entreprise.

Je suis parti au bout d’un mois et demi. Je travaillais en horaires postées (3×8), dans une vieille usine mal éclairée et non chauffée si ce n’est des chauffage d’appoint (c’était en plein hiver!), et où je respirais de la poussière de fonte à longueur de journée… En plus, ça collait à la peau. Je vous laisse imaginer.

Parenthèse à part, lors de votre retour mettez toutes vos chances de votre côté. Mettez en avant le fait que votre long voyage vous a appris de nouvelles compétences comme une langue étrangère, l’organisation, la débrouillardise etc. Inscrivez-vous dans plusieurs agences d’intérim et allez-y et/ou appelez régulièrement, montrez votre motivation. Faites des candidatures spontanées, présentez-vous directement dans les entreprises, faites marcher vos contacts, etc.

Je ne vous ai sûrement rien appris là-dessus et vous vous en doutiez sûrement. Ne vous prenez pas la tête, ça ne fera pas avancer les choses. Concentrez-vous et soyez sûr de vous. Faites comme si vous cherchiez le boulot de votre vie.

En attendant cette période de retour au travail, profitez de vos mois ou années de voyage à fond!

 

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je ?

Quelle est votre mission ?

8 Octobre 2016.

Cela fait un an jour pour jour que je suis revenu d’un pays qui m’était totalement inconnu : l’Australie. Un trip de 4 mois, ce qui peut paraître court en apparence. Mais ce que j’ai appris, c’est que 4 mois de voyage en sac à dos, c’est l’équivalent de 4 années d’une vie normale et du double pour une vie métro-boulot-dodo.

Je repense à ces pays que j’ai visité, auxquels je me suis familiarisé, et parfois auxquels je m’étais intégré si rapidement et fortement que c’était comme si j’y vivais depuis des années.

J’ai rencontré, côtoyé et partagé avec d’autres voyageurs du monde entier, d’horizons totalement différents. Non seulement de nouveaux endroits, de nouvelles cultures, de nouvelles habitudes m’ont changé, mais ces rencontres successives ont littéralement explosé les barrières mentales que j’avais. Elles m’ont donné une autre vision. Elles m’ont fait comprendre que si les autres peuvent le faire, c’est que je peux le faire aussi.

Aujourd’hui, je suis la personne qui pense que tout est possible. Je n’ai plus de barrière. Je suis maître de ma vie. J’ai fait des choix pour ça, parfois durs aussi bien pour moi que pour les autres. J’en subi encore certaines conséquences aujourd’hui, mais je l’ai choisi et malgré tout, je suis heureux comme ça parce que j’ai plus de libertés.

La magie de la nature, au Middle Joffre Lake, Colombie-Birtannique, Canada.

J’ai commencé doucement par partir bosser à 400 kilomètres de chez moi, sans savoir où ça allait me mener. Puis, j’ai carrément traversé l’Atlantique pour passer près de 2 ans au Québec. Ceci a produit un changement dans ma vie comme jamais je ne l’aurais pensé.

Vivre et évoluer à plus de 7000 kilomètres de tout ce que je connaissais et de toutes mes habitudes a totalement bouleversé ma vision sur le monde et sur ma personne. Il s’est produit un genre de « reset ». C’était le départ de ma nouvelle vie, de la vraie vie, selon moi. Une vie qui correspondait à mes valeurs que j’avais enfin trouvées, qui répondait à ma propre définition de ce qu’est la « liberté ».

J’ai salué mes collègues, j’ai pris ma voiture, j’ai traversé le Canada d’Est en Ouest. Puis, alors que ce n’était pas prévu, j’ai descendu toute la côte Ouest américaine et traversé d’une diagonale Ouest-Est les Etats-Unis. C’est la première fois que je me sentais aussi libre, où pour la première fois je pouvais décider absolument de tout ce que je voulais faire à tout instant de la journée ou même de la nuit.

Cette liberté qui me laissait aller où je voulais n’importe quand est le meilleur sentiment que je n’ai jamais ressenti. J’étais le héro de ma vie, et personne ne pouvais me dire quoi que ce soit.

Aussi cette immensité qu’il y a au Canada, surtout dans les Rocheuses. Quand vous êtes tout seul sur 200 kilomètres à la ronde, au milieu de montagnes tellement impressionnantes qu’elles semblent vous tomber dessus, mais aux décors tellement beaux que vous ne savez plus quoi penser ni quoi dire… C’est vous avec vous-même, et rien d’autre. Inévitablement, vous vous mettez a réfléchir… Des sensations incroyables.

Le lac Moraine, le moment le plus superlatif de tout le roadtrip !

Après cette expatriation et ce voyage très enrichissant humainement et époustouflant visuellement, retour en France.

Choc des cultures. Horrible.

C’est là que j’ai compris, et surtout appris, que ce fameux « choc des cultures » n’existe pas que dans un seul sens.

Revenir dans son pays et ne plus s’y sentir chez soi, c’est dur. Et c’est encore plus dur quand on ne s’y attends pas, mais alors vraiment pas. J’ai vraiment pris une grosse claque en revenant. Je redécouvrais simplement mon propre pays avec une autre vision. Je n’avais pas oublié les images, les paysages, ce à quoi ressemble la France visuellement. J’avais juste oublié la mentalité et le comportement des gens.

« Mais comment font les gens pour vivre ici ??? ». C’est la première question que je me suis posée. La seconde : « Comment j’ai fait pour vivre ici pendant 25 ans ??? ». J’avais sous mes yeux un bordel sans nom. Autour de moi, plein de monde qui ne me semblait pas humain tellement c’était rempli de morosité et d’agressivité.

Je n’ai pas mis longtemps à ne plus me sentir à l’aise chez moi. Dès la douane à l’aéroport, ça commençait. Pas un sourire, pas un bonjour, pas un regard, pas un bienvenue chez vous. Au lieu de ça, j’ai eu droit à un « enlevez votre casquette !! », sur un ton hautain, grave, nerveux, froid, irrespectueux, et tout ce que vous voulez.

Puis ça n’a pas arrêté. Tout m’a sauté aux yeux d’un seul coup, en quelques minutes. Un enchaînement fou. « Quel peuple froid, distant, et stressé », je me disais dans la gare de train, à peine 30 minutes après mes premières observations.

Sorti de la gare de TGV, il fallait que je prenne une navette de bus pour rejoindre ma ville. Il y’avait une file pour mettre les bagages dans la soute. « Mais quel peuple irrespectueux et incivilisé ! », me disais-je. Ici, on ne fait pas la queue tranquillement, on pousse tout le monde, on passe devant tout le monde, on insulte !

Il y’avait une dame africaine qui avait du mal à mettre sa valise seule dans la soute. J’étais tout au bout de la file. Qu’ont fait les gens derrière elle ? « Allez, là !! Dépêchez-vous !! On a pas que ça à faire !! ». Et la nana était là toujours a galérer avec sa valise. « Bon, alors ? ça y’est ?? Vous avez fini ?? ».

IL N’Y A PAS UN CON QUI PEUT BOUGER SON CUL POUR L’AIDER A METTRE SA VALISE AU LIEU DE LUI GUEULER DESSUS BORDEL ???

Voilà. Je vous ai résumé mon retour au pays… Et ce n’était que le début !

Où sont les sourires, la bonne humeur, la communication ? Bref, je vais m’arrêter là, car le portrait que je fais de mon pays n’est pas rose du tout, tout comme bon nombre d’expatriés qui reviennent, malheureusement. Il suffit d’aller voir leurs témoignages sur les sites internet et forums dédiés à l’expatriation. Le nombre d’entre eux qui repartent à nouveau est sidérant. Et aujourd’hui, je peux dire que je les comprends !

Chalet de la Tonka, col de Vrsic, Slovénie

Depuis ce retour en Décembre 2015, ma vision d’horreur ne s’est pas arrangée.

Bien sûr, nous avons plein de supers trucs en France, j’en suis tout à fait conscient. Mais je le dit, malgré tout ça, j’ai honte de mon pays ! Et je comprends pleinement les remarques que l’on fait sur nous à l’étranger (par exemple, « les arrogants » pour les canadiens, « les voleurs » pour les australiens, « les radins » pour les américains…).

Je vous passe mes recherches d’emploi que j’ai du faire avec l’aide de gens jaloux, totalement désintéressés, à la zone de confort aussi riquiqui qu’un raisin sec, et à l’esprit aussi fermé qu’une porte de coffre fort…

Je me suis barré au bout de 5 mois. C’était bien plus simple a gérer ! Bon, heureusement, c’était un peu prévu tout de même.

Nouveau départ pour ma première expérience de PVT (Permis Vacances Travail), en Australie. Bien sûr, j’étais stressé, pas assez confiant. Je me rappel comme si c’était hier parcourir les hôtels, bars et restaurants avec mes CV à la main. Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Même si j’avais de bonnes bases, je n’étais pas super à l’aise en anglais. Autant dire que la confiance en moi, on repérait à 3 kilomètres que je ne l’avais pas. Quand je pense que la première phrase que je disais était « je cherche du boulot »… Quel tact ! A ne pas refaire.

J’ai fait des erreurs malgré toute ma préparation en amont, et la plus grosse : ne pas croire en moi, ne pas aller jusqu’au bout. Je l’ai appris pour la prochaine fois !

Mais la première mission était tout de même remplie : trouver un emploi en Australie. Qui à ce jour, est le meilleur emploi de ma vie, malgré les conditions difficiles aussi bien physiques que psychiques. Car cet emploi, la routine, c’était pas sa définition ! Tout le temps en action, dans une ambiance fêtarde où il ne fallait pas avoir trop froid aux yeux, avec des collègues au top. Une vraie équipe de choc, toujours soudée, que je n’oublierai jamais.

Je me suis éclaté comme jamais, j’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai vécu des moments incroyables (dans tous les sens du terme) et j’ai pu visiter le pays avec les économies réalisées. Un rêve éveillé. Seulement, ça n’a duré que 3 mois au total, plus 1 mois en Indonésie et à Singapour. Mais le fait d’avoir réussi mon pari de trouver un job dans un pays où je ne maîtrisais pas forcément la langue m’a prouvé beaucoup de choses.

Les gens que j’ai rencontré pendant ces 4 mois m’ont apporté autant de richesse, de connaissance et d’ouverture d’esprit que jamais je n’aurais pu avoir en si peu de temps.

4 mois à l’étranger m’ont plus changé que 4 ans enfermé dans un bureau !

Whitehaven Beach, vue depuis le Hill Inlet Loukout. L’archipel des Withsundays a été un des innombrables souvenirs magique en Australie !

Avec mes erreurs, j’ai dû rentrer en France bien plus tôt que prévu. Famille et amis, qui me croyaient parti un an, étaient quelque peu surpris. Et moi, en grand introverti, je n’ai pas raconté les détails ni vraiment expliqué les raisons qui ont menés à ce retour si précoce.

Pour le reste, rebelote, choc des cultures. Horrible. Mais ça c’est un peu mieux passé car je savais, cette fois-ci, à quoi m’attendre ! Je m’étais préparé psychologiquement avant.

J’ai pu retrouver du travail en 3 semaines. Bon, j’ai pris ce qui me venait, donc c’était pour le coup ma pire expérience de travail. Mais là, j’ai tout de même travaillé avec des gens qui, en-dehors du travail, étaient des personnes vraiment simples, intéressantes et ouvertes. C’est grâce à ces personnes si j’ai pu tenir 1 mois et demi ! Les circonstances ont fait que j’ai trouvé un autre travail directement dans la foulée. Des fois, la vie est bien faite.

Octobre 2017, 1 an après, c’est à dire à peut près au jour où j’écris ces lignes (oui j’ai mis du temps à publier cet article !!), je suis au point mort. Enfin, je ne sais pas si je suis au point mort, ou si je suis mort tout simplement. C’est presque une catastrophe.

Vous savez, cette fleur magnifique qu’on a cessé d’arroser au fond du jardin. Voilà comment je me sens.

Je fais face à de nombreux problèmes difficiles a gérer, et ce depuis quelques mois.

  • Vous avez tellement changé que vos amis ne vous reconnaissent plus et que vous avez l’impression que vous-même vous ne les avez jamais connu. Croyez-moi, c’est une des sensations les plus étranges !
  • Vos autres amis sont partis eux aussi, soit l’exploration du monde, soit pour le boulot. Mais ça, je ne peux pas les en blâmer !
  • Votre famille ne comprend pas votre état d’esprit car vous voulez tout le temps partir à l’autre bout du monde et la retraite vous n’y pensez pas. En effet, de nombreux événements économiques et sociologiques ont démontrés qu’il ne faut rien attendre de l’Etat, mais se préparer soi-même.
  • Vous pétez un plomb car tout ce que vous faites et tout ce qu’il se passe ne correspond en rien à vos valeurs et à votre vision. En gros, vous perdez votre temps.

Ma conclusion est simple : ma vie actuelle est pourrie et j’arrive même à me sentir un peu seul alors que je suis quelqu’un de naturellement introverti. Ma question est simple mais primordiale : qu’est ce que je fais ici ? Pourquoi continuer dans cet environnement ?

Mes rares moments où je me ressource et me sors un peu la tête de tout ça, c’est en partant seul pour un weekend, dans la nature. C’est dans la nature que je me ressource le mieux, seul et le plus loin possible de toute personne. Je me déconnecte complètement. Je fais le point, je réfléchi, je me pose des questions, j’essaie de me projeter, je pense à mes projets… Tout en contemplant de beaux paysages qui aident à me libérer et stimulent ma créativité.

Le plus dur pour moi a été les amis. Sûrement parce que je ne m’y attendais pas, encore une fois. Quand vous partez en voyage pour une certaine durée, vous évoluez d’une manière totalement différente de si vous restiez dans votre zone de confort habituelle. Ce n’est pas contre eux, car bien sûr, chacun choisi ce qu’il veut faire de sa vie, a ses priorités et ses empêchements.

Quand je pense qu’avant je rêvais de rouler dans une rutilante voiture d’exception, d’avoir une belle maison en bord de plage, et encore tous ces autres trucs matérialistes qui aujourd’hui pour moi ne servent strictement à rien. C’est de l’argent dépensé dans des choses futiles, une sorte de château-fort pour cacher notre misère et notre mal-être. « Il faut être comme lui/elle ». Mais lui/elle, est-il/elle heureux(se)? Et par heureux, je veux dire pas par ce que l’on montre, mais par ce que l’on ressent et vit réellement.

J’ai compris que moins on avait de possession, moins on avait peur de perdre, et donc plus on était libre. Parce que ce qu’il faut acheter, c’est des expériences de vie, pas des objets ni des possessions.

Quand je pense qu’avant, j’avais un esprit aussi fermé qu’une huître, que je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez. Sincèrement, même à 25 ans, j’étais comme un ado. J’en connais qui peuvent le confirmer. Quand j’y repense aujourd’hui, je suis furieux contre moi. Il faut bien commencer quelque part. La réponse à mon moi d’avant, je l’ai aujourd’hui à 29 ans :

  1. Je ne savais pas qui j’étais.
  2. Je ne savais pas ce que je voulais.
  3. Je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie.

Et bien évidemment, si je n’avais pas eu les cou***es de partir m’expatrier au Québec puis de faire tous ces autres voyages, j’en serais certainement toujours là !!

La vue depuis le centre de saut à ski de Planica, Slovénie.

Parce que oui, il faut en avoir dans le sac.

Tous les gens qui me disent que je suis fou, qu’ils ont peur pour moi, qu’ils ne feraient jamais ce que je fais, qui sont sceptiques, et celles et ceux qui hésitent à se lancer… Je vous comprends ! Et même très bien, parce que je suis passé par là. Que ce soit une expatriation ou une année à l’étranger, je sais très bien que faire ce pas, c’est un peu sauter dans le vide avec un parachute « très légèrement » défectueux.

On démarre tous ignorants, c’est normal !

Je me suis lancé, j’ai testé, j’ai appris, maintenant je connais le sujet. Et j’encourage tout le monde à faire pareil ! Vivez vos rêves, saisissez les opportunités, foncez. Tuer un projet dans l’œuf c’est la pire des choses !

J’ai appris en voyageant que c’est quand on sort de sa zone de confort que l’on Vit et que l’on est la personne que l’on Est ! C’est là que je suis libre, parce que je suis le vrai Moi. Je ne me pose plus de question, je ne me demande plus si je parais bien, je ne réfléchi plus à ce que je vais dire ou à ce que je vais faire. Je ne suis plus ce quelqu’un qui fait semblant de, qui essaie de faire comme.

C’est ça qui est important. Il ne faut pas simplement exister, il faut VIVRE. Il ne faut pas se renfermer dans un faux-semblant, il faut être soi, tel que l’on est.

« On se créé des prisons où on se force à ne pas sortir. C’est ça la zone de confort, et c’est de ça qu’on a peur. Mais une fois qu’on en sort, on découvre qu’il y a un autre monde, celui de la liberté » – Mike Horn.

Plus on est loin de sa zone de confort, et plus c’est dur, surtout mentalement. Mais plus c’est dur, et plus on apprends, plus on se découvre, plus on se connaît et plus on sait ce que l’on veut.

Si la vie était facile, ça se saurait. Les claques, il faut apprendre a les chercher et à les maîtriser. Il faut sortir de chez soi, ouvrir ses yeux et ses oreilles. Il faut savoir tomber pour se relever. Arrêter de croire qu’on est le meilleur et commencer à écouter les autres, à s’ouvrir et à se faire ses propres opinions.

S’écouter, se comprendre, comprendre les autres. Laissez tomber l’égo et adoptez l’humilité et le respect. Un remède imparable qui vaut tous les médicaments du monde. Rester simple, être honnête avec soi et avec les autres.

Enfants courant sur la plage du village de pêcheurs de Amed, au Nord de Bali, Indonésie.
Afficher le bonheur sur son visage alors que l’on vit dans la pauvreté… C’est possible !

Aujourd’hui, je rêve de parcourir le monde à vie. Je rêve même de retourner aux sources de l’humanité : le bon vieux nomade qui fait des feux de bois et qui chasse pour se nourrir. Bon, je vais peut être un peu loin, là. Mais parcourir le monde à vie, ou plutôt le VDI (Voyage à Durée Indéterminée), est largement faisable, car quelques milliers de personnes à travers le monde le font déjà depuis des années !

Il a été rendu faisable notamment grâce au développement des métiers connectés, ces métiers en pleine expansion depuis environ 10 ans, où tout ce dont vous avez besoin est un ordinateur et une connexion à internet, sans oublier un peu d’électricité. Il y a aussi plein d’autres techniques pour faire en sorte de gagner un peu d’argent légalement à travers le monde (ou en dépenser moins !) pour continuer de financer ses déplacements. Car aujourd’hui, rien n’est gratuit.

  • Je ne veux plus être contraint. Car être contraint, c’est l’inverse d’être libre.
  • Je ne veux plus faire tout le temps la même chose car je fini par ne plus rien apprendre et donc m’ennuyer.
  • Je ne veux plus être enfermé entre quatre murs à longueur de journée car la vie elle se passe dehors.
  • Je ne veux plus faire l’acteur à dire que tout va bien et faire semblant de sourire.
  • Je ne veux plus perdre mon temps à faire des choses qui vont à l’inverse de mes valeurs.

Je veux être moi, je veux faire de mes rêves ma vie. Je veux que ce que je fasse corresponde à mes valeurs.

Si on fait tous les jours la même chose au même endroit avec les mêmes personnes, comment est-ce qu’on s’enrichit ? Comment est-ce qu’on apprend ? Comment est-ce qu’on évolue ?

Je n’en peut plus de ce mode de vie fermé où seul le profit et la gloire comptent. C’est malsain, c’est de l’esclavage où l’on a remplacé les fouets par des billets et des primes, plus quelques semaines de vacances.

Je n’en peut plus de cette course à l’argent, au plus fort. Les requins sont partout ! Je n’en peut plus de ce système de consommation qui pousse a acheter encore et toujours au détriment de notre lieu de vie (la planète) et de ces millions petites mains qui crèvent la dalle à longueur d’année et qui boivent de la boue pendant que nous on se fait des festins et on se la pète avec nos objets dernier cri inutiles. On perd notre temps à critiquer et à jalouser son voisin au lieu d’apprendre de lui.

Mais bordel, on est des être humains avec un cerveau ou on est des zombies bien dressés ??? Il faut se réveiller, les gars !

Voilà ce que j’ai envie de gueuler tous les jours par le premier haut-parleur venu.

Tous les matins, je me lève avec un goût amer. J’ai l’impression de perdre mon temps tous les jours. Je me demande ce que je fais là. Je me demande même pourquoi je me lève ? Pour passer mes journées à faire l’acteur, comme toutes ces personnes qui disent que ça va bien alors que c’est tout l’inverse ? Je passe mes journées à attendre que l’horloge sonne la fin et me permette de sortir.

Car c’est dehors que je suis libre.

Au sommet du Gunung Batur, un des volcans de Bali.

Quand je vois que mon ancienne entreprise au Québec embauche à tour de bras des gens comme moi, j’ai tout simplement envie de me barrer là-bas à nouveau. Pire encore, comme je n’ai plus de barrière, je suis capable de saisir la moindre opportunité dans n’importe quel pays du monde et claquer la porte de mon boulot actuel en quelques courtes semaines.

Quand je vois qu’une multitude de pays ont besoin de gens qui ont ma formation et mon expérience, j’ai envie de distribuer mes CV aux 4 coins du monde rien que pour tenter ma chance, juste pour voir. Alors ça en fait des plans B, surtout quand on a des contacts dans certains pays étrangers, en plus.

Mon plus grand rêve, c’est de vivre le plus loin de tout, être tranquille dans une petite cabane au bord d’un lac en haute montagne. Ce n’est pas pour rien. Non seulement j’ai honte de mon pays, mais en plus j’aimerais aller à l’inverse total du monde « moderne » actuel et de son système qui court à sa propre perte à la vitesse d’un TGV.

« Les chiffres n’ont jamais été aussi mauvais, c’est une vraie bombe à retardement. Tout va mal, on va tous dans le mur, mais tout le monde se réjoui« , dixit les économistes.

Mais est-ce la solution ? Faut-il rester dans son cocon tout rose ? Faut-il faire semblant de ne rien voir et continuer en direction de l’abîme?

Mieux vaut suivre ce plan : apprendre sur tout ce qui nous entoure, chercher des réponses à toutes nos questions. Partager avec chaque personne que l’on rencontre pour apprendre sur les autres, parcourir le monde pour explorer le moindre centimètre carré, vivre dans plusieurs pays pour s’imprégner des cultures, des religions, des visions. Puis, prendre tout ça et mixer bien fort pour se faire sa propre opinion. Empli de toutes ces connaissances, on pourra les transmettre, si possible à grande échelle, et devenir réellement utile à l’amélioration de ce monde.

C’est la mission que je me donne. C’est la mission de ma vie.

Car, à 80 ans, je ne veux pas être celui qui n’a rien fait de sa vie, qui est resté enfermé chez lui, qui n’a pas su se trouver, qui n’a fait que de travailler, qui a perdu son temps dans les embouteillages, stressé comme jamais, pour aller bosser.

Avoir des regrets c’est déjà lourd. Mais le pire sentiment que je puisse m’imaginer, c’est celui de me rendre compte que je n’ai rien fait de ma vie, ou que je n’ai pas fait ce que je voulais faire de ma vie.

Le rocher sacré de Uluru, en plein milieu du désert. Australie.

Tout le monde le sait, on en a qu’une seule de vie.

Mais le moment où j’ai réalisé que cette vie était courte, mais pour de vrai, c’est quand Mike Horn a dit dans une interview : « De la naissance à 82 ans, on a environ 30.000 jours à vivre. Si tu enlèves tout le temps qu’on passe à simplement dormir, il ne te reste pas beaucoup d’heures. Chaque jour doit être utile« . Là, il faut se bouger.

 

Et vous, quel est votre parcours ?

Que pensez-vous de notre mode de vie actuel ?

Quelle est votre mission ?

 

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je ?

Le jour où je me suis transformé en photographe V.I.P. !

Cet article fait suite à l’article « Rencontres…: Lowell, à Toronto« .

Rappel:

Couchsurfing, je l’ai beaucoup utilisé dans ce roadtrip, surtout au Canada. En effet, grâce à ce réseau, je n’ai dormi qu’une seule nuit en hôtel, en un peu plus de trois semaines. C’est la première fois que je me logeais de cette manière. Lowell a été mon premier hôte.

Lowell a été la personne dont je me souvient le plus. Non seulement car ça été mon premier contact avec Couchsurfing ainsi que ma première nuit lors de ce voyage. Mais aussi pour sa personne, sa personnalité, son parcours, sa façon de voir les choses, ses valeurs, sa confiance et aussi l’expérience qu’il m’a fait vivre.

C’est tout simplement la plus belle rencontre que j’ai faite en traversant le pays.

Un jour, il voulait que je le rejoigne à son travail. Il fallait absolument qu’il me présente à ses collègues. Alors je lui dit que c’est trop d’honneur! Je suis toujours aussi gêné, mais il insiste, alors j’y vais.

Je fais rapide connaissance de ses deux associés, dont celui qu’il a rencontré au Rwanda, et de sa secrétaire. Puis, ce sera au tour de son groupe de travail dans un petit open-space à coté. Ensuite, il m’emmène dans son bureau, il m’offre un café… Et me dit de m’asseoir… !

La proposition

«Alors, Lowell, tu m’embauches?
– Ça pourrait!
– Je dirai « oui » tout de suite!
– En fait, je voulais te parler parce que j’ai éventuellement quelque chose à te proposer demain mais il faut que tu sois d’accord.
– Vas-y, racontes moi tout!
– Demain, j’organise une soirée privée pour un de mes clients. Il me faut trois photographes pour cette soirée. Le problème, c’est que mon troisième photographe n’est pas sûr de pouvoir venir! J’ai vu ton appareil ce matin avant qu’on parte, et je pense que tu as le matériel pour. Je ne suis pas encore sûr mais est-ce que ça te dirais de le remplacer si jamais il ne venait pas?
– Écoutes, ta proposition, c’est au-delà de tout ce que je peux imaginer! Tu me surprends, là! Écoutes, ça me gêne un peu que tu proposes ça à moi parce que je n’ai jamais fait ça, je n’ai aucune expérience. Mais si t’as besoin, écoutes, je ferai ce que je pourrai!
– Okay! C’est super, mon ami! Tu sais, tu peux me sauver sur ce coup-là! ».

À ce moment, là, je pense qu’il aurai fallut voir ma tête! Ce mec est en passe de me faire vivre une de mes plus belles expériences de ma vie à cette heure-ci. Photographe de soirée VIP… Et à l’improviste, s’il-vous-plaît! C’est sérieux?

Le tram de Toronto.

Le costume

Mon troisième et dernier jour à Toronto commence déjà… Mais ce sera le plus beau !

Il a plu dans la nuit et le ciel sera couvert toute la journée. On est samedi mais Lowell a un très gros week-end de travail. Il est déjà debout, assis devant son ordinateur sur la table du salon, répondant à ses nombreux mails. C’est un de ses appels téléphonique qui m’a réveillé.

Alors qu’il raccroche, il me dit : «Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi, mon ami! Je viens d’avoir mon photographe au téléphone et il va vraiment falloir que tu soies de la partie!». Alors, moi qui vient de me réveiller, la tête pas encore en place et les jambes engourdies de la longue marche d’hier, je peine à croire ce que je viens d’entendre!

«La mauvaise nouvelle… C’est qu’il faut porter un costume noir ». Alors je lui dit : « Tu sais Lowell, je suis en voyage, je suis en aventure à travers le Canada, je ne vais pas emporter un costume avec moi…». Il se met à réfléchir, tout en continuant de répondre à ses mails de la main droite et en triturant son téléphone de la main gauche. «Mmmh… On va essayer de s’arranger! … Tu chausses quelle pointure?».

Par chance je fais juste une demi pointure de moins que lui! Lowell est plus petit que moi et aussi beaucoup plus trapu. Il a suffisamment de costumes et de chaussures pour en remplir la moitié de son armoire et de son entrée, alors ça ne pose pas de problème pour un prêt l’espace d’une journée.

Il m’a fallut une ceinture pour le pantalon et la veste était trop large aux épaules. Ça faisait un rendu plutôt bizarre, comme ces costumes de super-héros avec des muscles en mousse dedans!

Lowell, qui venait de sortir de la salle de bain, me demande comment ça va, alors je lui dit que je nage un peu dedans. Il regarde le look et me dit que ça va aller. De toute manière, il n’y a pas trop le choix!

Avec ses sourires, son rire et ses grands gestes, il était content d’avoir pu arranger le problème vestimentaire. « Maintenant, t’es mon gars! Tu bosses pour moi aujourd’hui!».

Test photo avec Lowell avant de prendre la route!

Visiter les locaux de la CBC Toronto

On embarque en voiture et, comme d’habitude, Lowell est en retard. Mais cette fois-ci d’une bonne heure, par ma faute. Il faut qu’on fonce au building de la CBC, une importante chaîne d’information télévisée.

Alors qu’on est encore sur l’autoroute, le client pour qui il organise la soirée fait une conférence de presse. Il voulait me présenter pour aborder le fait que je serais un des photographes de sa soirée.

Parce que oui, dans le milieu, tout le monde connaît tout le monde. Sauf que moi, je viens de nulle part! Alors, pour éviter de trop dire que je suis une pièce rapportée, on va m’inventer une fausse vie pendant qu’on est en route!

Je suis donc un ancien bon ami de Lowell et je suis photographe à Paris. Le reste est un peu plus vrai car, pendant mes vacances à Toronto, je croise Lowell dans la rue qui, de fil en aiguille, m’invite chez lui et me propose de faire des photos de soirée.

C’est dans des moments comme ça qu’on est heureux de savoir parler et de comprendre un minimum l’anglais! Parfois, ça peut sauver des situations!

On arrive devant le building de la CBC mais il est déjà trop tard, on ne peut plus rentrer dans la salle de conférence. On attendra dans le hall d’entrée, assis sur les canapés.

Je ne suis pas du tout dans mon environnement, entouré de tous ces gens du show-business. En plus, Lowell connaît une personne sur deux ici alors, naturellement, il me présente à tout le monde en disant que je suis son photographe! Il va falloir que je m’y habitue…

Quelques minutes plus tard, la conférence finie, les gens présents dans la salle repartent en passant par le hall où nous sommes. Son client, un producteur de cinéma canadien, arrive et on fonce pour ne pas le rater. Il me présente à nouveau, tout en lui expliquant, l’air de rien, le topo qu’on s’était dit en voiture.

Ça ne lui a fait ni chaud, ni froid et, avec le sourire, je sers la main de John. Il était accompagné de Shana, une employée de Lowell que j’avais déjà vue à son bureau la veille. Elle s’occupe des relations publiques et à l’air d’être faite pour son travail. Elle est très énergique, blagueuse et souriante. Devant la porte d’entrée de la chaîne d’information, je les prendrais en photo tous les trois ensemble. Ma première photo de la journée pour Lowell!

Un des plateaux de télévision de la CBC !

Établir un plan

Il est 14 heures passé. On était vraiment en retard ce matin! Lowell me propose alors de m’emmener dans le quartier Chinois que j’avais visité la veille. Toujours avec sa bonté et son enthousiasme ravageur, il veut m’inviter dans son restaurant préféré de la ville. Un jamaïcain qui adore le chinois. Oui, ça existe.

J’avoue que c’est à cet endroit que j’ai mangé le meilleur chinois de ma vie! Authentique, bien décoré, bien présenté, un service aimable et une nourriture au juste milieu entre la douceur et le goût trop fort. Ça fondait en bouche!

On profite de ce temps de midi pour établir le plan de la soirée. Pour m’aider dans ma nouvelle tâche dans laquelle je n’ai aucune expérience, je voulais qu’il me raconte un peu plus précisément comment se déroulent ces petits cocktails VIP.

Il m’explique alors que c’est une soirée qui réunira des amis de John, son client qu’il m’a présenté tout à l’heure. Il y aura environ 80 producteurs, acteurs et même des banquiers et des clients de clients. Ce sera chez la femme de John, une maison dans un quartier proche du centre-ville.

Lowell s’est occupé de faire les invitations et d’engager le service de sécurité. C’est pour ces raisons que je vais pouvoir rentrer très facilement, car normalement, il faudrait que j’aie une carte de presse! On arrivera un peu avant le début de la soirée pour qu’il me présente à la femme de John et aux deux autres photographes présents qui, eux, sont professionnels!

Petite épicerie dans le quartier chinois de Toronto.

Dans le bain

J’ai eu du mal à me mettre à l’aise au milieu de tous ces gens aux porte-feuilles débordants et aux manières aisées. Au début, je préférais rester un peu dans les coins de la maison, j’observais beaucoup, je prenais une ou deux photos comme ça. Les deux autres photographes, hyper à l’aise, me regardaient bizarrement. J’étais hyper stressé.

Il fallait que je fasse quelque chose pour me lâcher un peu. J’ai décidé de me concentrer sur les réglages de mon appareil photo pour oublier le stress, ce qui a marché avec succès ! Je quittais les coins pour faire le tour du grand salon puis, finalement, passais au milieu des invités, les prenants en photo avec leurs sourires et leurs verre en main.

C’était pas très pratique les photos de portrait avec les murs blancs de la maison. Je n’arrivais pas à de très bons réglages avec mon flash que j’étais obligé d’utiliser car je n’ai pas la plus haute technologie de capteur. Ça passait mieux avec les photos de groupe car l’alignement des personnes masquait le fond.

Plus le temps passait, plus j’étais à l’aise. Moi qui suit d’un naturel assez timide et introverti, je me surpassais dans cette soirée!

De temps en temps, je croisais Lowell, tout sourire avec son coté de fêtard, et me disait de me lâcher et surtout de me servir en nourriture et en boisson! Quand il était accompagné, il en profitait pour me présenter et me demandait toujours de faire des photos de lui et ses amis.

D’autres fois, je croisais les autres photographes alors on s’échangeait nos réglages d’appareil. C’était vraiment sympa comme expérience! J’avais oublié que mon costume n’était pas à ma taille et j’avais passé du très bon temps.

À la fin, on a fini le banquet avec Lowell et quelques invités qui tardaient à partir, dont cette femme de Paris, très sympa. Ça nous a fait un bon repas entre petits hot-dog de qualité, fromages, pains et biscuits français.

En rentrant chez Lowell en voiture, je lui expliquait ce que j’avais vécu et à quel point je n’aurais jamais pensé vivre une expérience comme celle là! Il en était tout aussi heureux que moi.

De retour à son appartement, je lui montre mes photos qu’il apprécie bien. Il en choisira les meilleures et les enverra aux personnes présentes à la soirée. Ce qu’il a le plus aimé, c’est le fait que j’ai également pris des photos de la décoration ou même de la nourriture.

Il faut dire, il y’avait de très belles œuvres aux murs et la nourriture était présentée dans des plats en bois du plus bel effet !

De gauche à droite : un acteur, Lowell, un producteur, et un banquier, sur la même photo !

Toute bonne chose a une fin

Le lendemain matin, je dormais tellement bien que j’ai eu peine à me réveiller.

Lowell était déjà debout et toujours autant à fond pour me dire au revoir, ce qui m’a motivé à me lever rapidement et à passer encore un peu plus de temps avec lui.

On partagera le petit déjeuner et je ne savais comment le remercier pour la confiance qu’il m’a faite et les expériences inoubliables dans lesquelles il m’a embarqué!

Pour me remercier, il me propose de me donner les chaussures qu’il m’a prêtées pour la soirée, ce que j’accepte avec grand plaisir! Il m’a également donné une petite peluche de serpent multicolore, que j’ai toujours aujourd’hui.

Je lui fait promesse de lui envoyer des photos de mon voyage de temps en temps et, si j’y pense encore, une petite carte postale quand je serais en Australie.

Mon départ s’est fait à grands coups d’accolades. J’avais l’impression de connaître Lowell depuis si longtemps après tout ce qu’on a partager…!

Merci Lowell !

Merci Couchsurfing !

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je?

 

Rencontres… : Lowell, à Toronto

Ma rencontre avec Lowell remonte déjà à pas mal de temps. J’étais alors expatrié au Canada. Cela faisait plus d’un an et demi que je m’y était installé. C’est aussi le début de cette période où j’avais décidé de ne pas continuer mon expérience québécoise. J’avais décidé de partir faire un énorme roadtrip qui m’a emmené bien plus loin que prévu !

Parti de Trois-Rivières, j’ai parcouru 7.600 kilomètres jusque Vancouver où, après une expérience un peu étrange avec le réseau Couchsurfing, je décide de passer aux Etats-Unis et de faire toute la côte ouest puis la grande diagonale Los Angeles – New York !

Ma voiture qui m’a emmenée jusque dans les Rocheuses Canadiennes. Et plus loin encore ! Il restait 10.000 kilomètres à faire pour revenir au point de départ !

Couchsurfing, je l’ai beaucoup utilisé dans ce roadtrip, surtout au Canada. En effet, grâce à ce réseau, je n’ai dormi qu’une seule nuit en hôtel, en un peu plus de trois semaines. C’est la première fois que je me logeais de cette manière. Lowell a été mon premier hôte.

Lowell a été la personne dont je me souvient le plus. Non seulement car ça été mon premier contact avec Couchsurfing ainsi que ma première nuit lors de ce voyage. Mais aussi pour sa personne, sa personnalité, son parcours, sa façon de voir les choses, ses valeurs, sa confiance et aussi l’expérience qu’il m’a fait vivre.

C’est tout simplement la plus belle rencontre que j’ai faite en traversant le pays.

Me voici donc à Toronto, après une longue mais belle journée, la première de mon roadtrip. Je viens de rentrer dans l’appartement de Lowell qui n’est pas encore rentré de son travail. Il est neuf heures du soir.

 

Le cuisinier étoilé

Je n’ai pas pris le temps de découvrir l’appartement : dès que j’ai posé les yeux sur le canapé, je me suis affalé dessus et y ai fait une petit sieste en attendant Lowell. Manque de pot, je n’ai pas eu le temps de fermer les yeux que je reçois un coup de fil.

« Alors, mon ami, le gardien t’as bien fait monter? Tu es chez moi?
– Oui, c’est bon, je suis dans ton salon, là. Je me repose un peu en t’attendant.
– Okay, tout va bien alors. De mon côté, je suis sur le chemin du retour. Regardes dans le frigo ce qu’il y à a manger. Ce serait cool si tu préparais quelque chose le temps que j’arrive car il commence déjà à se faire un peu tard!
– Euh… Lowell, je m’excuse mais tu as mis le doigt sur une de mes hantises : faire la cuisine! Oui, je suis Français, oui je suis censé être un cuisinier 5 étoiles mais je suis désolé, ce n’est pas mon cas!
– Ah oui? Tu as l’air bien bizarre comme Français!
– Eh oui… Et encore, tu ne sais pas tout! En tout cas, je veux bien faire un effort, mais tu risques d’avoir mal au ventre après!
– Haha! Bon, on va s’arranger autre chose! T’en fait pas! J’arrive dans 10 minutes!
– D’accord, merci de nous avoir épargné un repas catastrophique! À tout de suite!».

Voilà ce dont je suis capable. Bon, ce n’est pas ma photo, mais ça m’est déjà arrivé, en moins pire tout de même ! C’est ce jour où j’ai appris qu’il fallait mettre un plat en-dessous…

Eh oui, je déteste faire la cuisine!

Bon, je sais quand même faire quelques plats très simples que l’on qualifie souvent de « bouffe d’étudiant » et d’ailleurs, je suis tout comme eux un spécialiste des pâtes, du riz, des omelettes et je suis capable de cuire un steak-haché à toutes les cuissons existantes.

Aussi, un micro-onde n’a aucun secret à me dévoiler étant donné que je connais par-cœur la moitié des modèles présents sur le marché… Je suis un spécialiste!

J’étais très déstabilisé, encore plus après ce petit épisode.

Dans la réalité, c’était mon premier roadtrip en solo, dans un pays que je ne connais pas, chez quelqu’un que je ne connais pas et que je n’ai pas encore vu en vrai. De plus, j’ai démissionné de mon boulot et je ne sais pas de quoi sera demain, ni la prochaine heure de temps qui va passer. Je suis dans l’inconnu le plus total, et assez loin de ma zone de confort.

Lowell, le jamaïcain

Lowell. Photo : Couchsurfing

Il est toujours souriant et très positif, tout le temps à fond mais sans jamais avoir l’air stressé. Il a le rire contagieux, le contact facile et aime aider les gens. C’est pour cette raison qu’il fait partie du réseau Couchsurfing. Extraverti, sensible, optimiste, tout le temps en mouvement, il me booste et me met tout de suite en confiance.

Dans son parcours atypique, il a beaucoup voyagé et vécu dans plusieurs pays avant de s’installer à Toronto. Il fait toujours quelques voyages familiaux en Jamaïque, dès qu’il a assez de temps.

Il a 48 ans mais on lui en donne dix de moins sans problème. Toujours habillé de beaux costards et de chaussures à talonnettes, traînant sa petite mallette noire de sa main droite sûre, il est le co-fondateur d’une entreprise de marketing et de communication à Toronto.

«Bon, mon ami-français-mais-qui-ne-cuisine-pas! Est-ce que tu as faim, au moins?
– Un petit quelque chose à manger, je ne dirai pas non!
– Bon, là il est un peu tard, je commence a fatiguer mais j’ai la solution! T’aimes bien la cuisine exotique? Les trucs épicés ?
– Oui, c’est sans problème, j’aime bien les plats Indiens, Pakistanais, Chinois et tout ça!
– Bien, bien! T’as déjà mangé Jamaïcain?
– Non, c’est comment?
– Ah, mon ami, il faut absolument que tu goûtes ça une fois dans ta vie! C’est plutôt épicé mais tu peux le commander sans épices, si tu veux. Des choses à base de semoule ou de riz, du poulet avec des légumes, pour les plats de base. T’aimerais ça?
– J’essaierai sans problème! Ce sera un plaisir de goûter la cuisine de ton pays!
– Super! Il y a un restaurant Jamaïcain que je connais bien juste en bas de chez moi, on va commander?
– C’est parti! ».

Encore une première expérience pour aujourd’hui. Un repas Jamaïcain! Voilà qui change un peu.

On va à pied à ce qui se présentera plutôt comme un genre de fast-food où l’on est servit que par des Jamaïcains. En poussant la porte, ça sent déjà très bon! Lowell m’explique un peu les plats car mon vocabulaire d’anglais culinaire est aussi bon que mon niveau en cuisine…

Puis je choisis, suivant ses conseils, quelque chose de plutôt simple avec du poulet épicé, du riz et du céleri.

Remonté à son appartement, je me met à déguster ce nouveau style de cuisine et c’est effectivement épicé mais super bon. J’ai encore l’odeur du plat dans le nez et j’en aurai bien repris un peu!

Le « Wierd Frenchy »

«Bon, maintenant, il est temps que j’en apprenne plus sur le putain de français bizarre que tu es! Il avait insisté et bien marqué la pause sur le « putain », puis on est partit en éclat de rire tous les deux!
– Bizarre, oui. Mais tu n’as encore rien vu! Accroches-toi, je vais y aller d’une traite!
– Vas-y, je suis prêt! Il s’agrippe à la chaise.
– En plus de ne pas aimer faire la cuisine, je n’aime pas le football et je n’aime pas le vin non plus!
– Quoi??!! Tu n’aimes pas le vin? Mais comment tu fais? Il était désemparé.
– Eh bien, je bois de l’eau! Lui dis-je avec un sourire.
– T’es vraiment bizarre… Et la bière?
– Oh, j’ai testé quelques bières de microbrasserie au Québec mais sinon, pas grand chose.
– Eh bien dis-donc, c’est rare les gens comme toi! Tu mériterais le surnom de « Weird Frenchy »! On part tous les deux en éclat de rire, puis il reprend. Et c’est quoi que tu n’aimes pas dans le football?
– Je trouve que c’est un jeu trop lent, et au moindre contact, les joueurs pleurent, ils en font de trop… Je préfère le basketball, c’est plus vivant et il y a plus d’action!
– Et le hockey sur glace, tu as déjà été voir un match? Ils sont bons à Montréal!
– J’ai jamais vraiment trop accroché… Pour le coup, c’est l’inverse, c’est trop violent! ».

Puis je lui explique que j’ai quitté mon travail, que je commence ma traversée du pays par Toronto et qu’une fois terminé, je rentre en France avant de faire une demande de Visa pour l’Australie, le prochain pays que je veux visiter. Il m’avouera alors sa jalousie envers mes projet.

L’Australie, une expérience extraordinaire ! à cette époque, c’était encore presque un rêve. Je l’ai réalisé avec succès ! Ici aux îles Whitsunday.

Le Rwanda

«Tu sais, ça me rappel ma jeunesse… Enfin, quand j’avais ton âge, je veux dire ! Je suis partis à Dubaï car ça commençait à vraiment bouger. C’était le début des grosses constructions. Il y avait du business à faire et j’y ai travaillé pendant 5 ans. Une fois que les projets étaient fini, je voulais aider des gens en difficulté parce que mon père m’a inculqué le sens du partage. Il m’a bien expliqué dès mon plus jeune âge qu’il y avait des gens qui vivaient sans rien sur Terre et qu’il fallait penser à eux avant de penser à soi. Alors, j’ai pris mes valises et je suis partis au Rwanda. Pendant 2 ans, j’ai bossé sur un projet d’aménagement de terrains de football pour les jeunes en partenariat avec Nike. J’ai reçu une distinction pour ça, j’ai été accueilli dans le bureau de hauts dirigeants du pays pour ça. Mais plus que tout, je me suis vraiment éclaté à mener à bien le projet avec les jeunes malgré la misère qui règne dans ce pays. J’y retournerais bien au Rwanda! Mais maintenant, c’est trop la guerre… Je suis vraiment déçu par la tournure qu’a prit ce pays… J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait la bas pour cette population en difficulté, n’a servit à rien. Enfin… Là-bas, j’ai rencontré une personne avec qui je suis devenu ami et on est venu à Toronto pour lancer une boîte de marketing et de communication.

-Tu as un parcours atypique! Lui dis-je tout étonné. Ça a du être une super expérience de vivre dans un pays peu développé comme celui-là.

-Oui, c’est vrai! Mais tu vois, ce que j’ai le plus aimé là bas, c’est que je me suis rendu compte que l’argent, c’est pas le bonheur. Le vrai bonheur, c’est quand tu n’as rien. Parce que posséder, c’est se déconnecter de la réalité, c’est s’enfermer dans un univers fait de faux. Aussi parce que tu arrives à te démerder sans rien. Le bonheur, c’est la simplicité. Et là, à te dire ça, je veux dire, ces voyages que tu entreprends, tu me rappel tout ces moments de vrai bonheur que j’ai vécu quand j’ai voyagé au Rwanda. C’est les meilleurs souvenirs que j’ai de ma vie! Et vraiment, tu as raison de voyager comme ça tant que tu le peux! Fais-toi plaisir! ».

La soirée s’est terminée sur ces touches de nostalgie. J’avais déjà repris tous mes repères en anglais à force de discuter mais je ne savais plus quoi lui dire après ce témoignage. Il était tellement émotif à me raconter tout ça !

Quelques années plus tard… Je mets les pieds en Indonésie. C’est à ce moment que je l’ai compris aussi.
Afficher le bonheur sur son visage alors que l’on vit dans la pauvreté… C’est possible !

Chauffeur du président Lowell

Le lendemain matin, pour le remercier de sa sympathie de la veille avec le repas Jamaïcain, et comme je sais qu’il utilise les transports en commun pour se rendre en ville, j’ai décidé de l’attendre pour lui proposer de l’emmener à son travail avec ma voiture.

Comme tous les matins, il est en retard. Il court entre sa garde-robe, la salle de bain et son ordinateur. Il serait presque capable de répondre au téléphone en se brossant les dents et en écrivant un mail à la fois ! C’est une personne très occupée, tout le temps en action. En fait, il bosse tout le temps, du lever au coucher.

Arrivé à ma voiture, je suis un peu gêné. J’ai une voiture familiale un peu bas de gamme remplie de plein d’affaires de partout. Lui, il est en costard tout neuf Hugo Boss, il est patron d’une entreprise qui tourne, il est très loin d’être pauvre et pourrait se permettre un bolide de luxe dans son garage.

J’ai l’impression d’être le chauffeur d’un président, la limousine remplacée par un taudis rouillé à 4 roues.

Il ressent bien cette gêne chez moi pendant que je fais de la place pour qu’il puisse s’asseoir. Alors il me dit :

« Tu sais, quand j’étais à Dubaï je roulais en grosse Jaguar et j’avais plus d’argent à la fin du mois. Aujourd’hui, je vais bosser en bus et ce même argent, économisé donc, je le réinvesti dans ce que j’aime et ce qui me fait plaisir plutôt que dans un objet futile ».

Il m’a cloué sur place… Je n’ai pas su quoi dire ! Tellement de vérité et de bon sens en si peu de temps, je n’étais pas prêt !

Une fois dans ma voiture, on avait pas eu le temps de mettre nos ceintures que ça sonnait déjà dans tous les sens! Pas toujours facile d’être patron. Il était tellement prit dans ses conversations que ça en était gênant quand je lui demandais où tourner car il était concentré dans son appel.

La première fois, ça allait, le feu était rouge. Mais après, comme j’avais les indications au dernier moment, c’était plutôt stock-car! Alors il rigolait en même temps de parler puis il coupait sa conversation pour me dire que j’étais bon pilote. Toujours le mot pour rire ce Lowell!

La surprise

Plus tard dans la journée, il me passait un coup de fil alors que je visitais la ville. Il voulait que je le rejoigne à son travail. Il fallait absolument qu’il me présente à ses collègues. Alors je lui dit que c’est trop d’honneur! Je suis toujours aussi gêné, mais il insiste, alors j’y vais.

Je fais rapide connaissance de ses deux associés, dont celui qu’il a rencontré au Rwanda, et de sa secrétaire. Puis, ce sera au tour de son groupe de travail dans un petit open-space à coté. Ensuite, il m’emmène dans son bureau, il m’offre un café… Et me dit de m’asseoir… !

Ce que va me proposer Lowell va sortir totalement de ce à quoi je m’attendais. Quelque chose qui va me pousser loin dans mes retranchements. Une opportunité et une expérience que jamais je n’aurai cru possible !!

Une journée inouïe m’attends.

Tout ça sera à suivre dans le prochain article sur ma rencontre avec Lowell !!

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
Qui suis-je ?

Mon expérience avec les Aborigènes en Australie

Voilà un sujet que je trouve délicat et complexe. Je n’ai jamais réellement osé l’aborder. Parce que les Aborigènes, ils ont une sacrée histoire. Disons-le clairement : une histoire pleine de haine, pleine de sang. La faute aux « hommes blancs », venus coloniser le pays à la fin du 18ème siècle.

J’ai vu un reportage à la télévision, la veille où j’écris cet article. Un reportage sur une tribu du Nord-Ouest australien, un peuple à l’avenir très incertain mais au sein duquel certaines personnes réalisent que la fin du règne de leur tribu approche à grands pas. En cause numéro une : l’homme blanc qui a apporté l’alcool et qui a massacré les Aborigènes jusque dans les années 70 (!), moment où le gouvernement australien s’est « excusé » de ce génocide certain.

Cette famille Aborigène dont le documentaire s’attardait cherchait à fuir ce passé, à fuir ces violences. Elle passait son temps à revenir en arrière, à revenir sur les traces de leurs ancêtres. Ils étaient redevenus de véritables nomades chasseurs-cueilleurs, loin de toute violence. Ils prenaient à nouveau le plaisir d’être libre, de faire ce que bon leur semble.

Il partageaient face caméra, avec très grande difficulté, leur passé, leur histoire en tant que personne. Les abus complètement fous des hommes blancs qui venaient voler leurs enfants, qui venaient abuser physiquement et sous toutes les formes des femmes et des hommes qui n’avaient rien demandé, si ce n’est qu’on les laisse tranquille…

Le tout dans le but de supprimer les Aborigènes…

C’est ce reportage précis qui m’a finalement poussé à lever mes peurs et mes craintes, et de raconter mon histoire et mon expérience avec eux.

Aller, j’avoue, c’était un reportage de « Rendez-vous en Terre Inconnue ».

 

Pourquoi craindre et avoir peur d’en parler ?

Tout d’abord car quand un Aborigène dit « homme blanc », je me sens visé. Car ils parlent des Européens en disant cela (et notamment des anglais et des hollandais). Même si ce n’était pas à mon époque, même si je ne leur ai rien fait de mal directement, je me sens visé. Car c’est mon peuple qui est visé.

Ensuite, car leur culture et leur histoire est tellement fascinante, complexe, riche et variée, et à la fois pleine de déboires et de massacre, qu’il faut du temps pour s’en remettre. Il faut du temps pour mettre tous les éléments que l’on a appris sur eux à leur place. Il faut du recul pour réaliser ce qu’il s’est réellement passé. Il faut se perdre aussi un peu pour rentrer dans leur univers et dans leurs croyances.

 

Mon histoire et mon expérience

Ce reportage m’a rappelé absolument tous mes souvenirs avec les Aborigènes que j’ai pu voir, côtoyer, rencontrer, et même aidé, lorsque j’étais à Darwin, au Nord du pays. Darwin est une des grandes villes australienne où la population Aborigène est la plus grande.

J’y suis resté 2 mois, car j’y travaillais. Et si je les ai vu, côtoyé, rencontré et même aidé, c’est parce que je faisais le taxi dans la ville, le taxi à vélo (Pedicab Driver). Comme ça, pas besoin de baisser sa fenêtre pour discuter, c’est bien plus simple.

Quand vous êtes Pedicab Driver, vous êtes au contact des gens tous les temps. Vous tournez dans la ville des heures durant, tous les jours. Vous voyez tout, vous êtes témoin ou même acteur sans cesse d’une multitude de choses plus ou moins roses. Et vous faites parfois des rencontres qui valent de l’or !

Posant fièrement avec mon Pédicab, en Australie. C’est un moyen de transport écologique très efficace et rapide dans les petits centre-ville. Cependant, il faudra être prêt physiquement ! Et mentalement aussi…

 

Parmi les plusieurs milliers de personnes avec qui j’ai eu contact, parmi les plusieurs centaines de clients que j’ai eu, il y a eu quelques Aborigènes.

Avant de commencer le job, le patron m’avait prévenu : « Si tu prends des Aborigènes, demande leur bien de payer avant que tu les embarques. Si ils ne veulent pas, ne les prend pas ». J’ai trouvé ça déjà bien bizarre !

Puis, de fil en aiguille, on rencontre d’autres personnes. Et ce qui revient le plus est ceci : à Darwin, on ne parle généralement pas d' »Aborigènes », mais de « Noirs ».

J’étais choqué !!!

Ma curiosité cherchait à savoir pourquoi ? Comment ? Comment est-ce possible tant de haine et de discrimination dans ses propos ??

J’étais super heureux quand j’ai eu la chance d’embarquer mes premiers Aborigènes sur le vélo ! C’était des parents qui voulaient faire plaisir à leurs 3 enfants. Ils ont payé à l’avance, avant que je ne le demande, et les jeunes s’étaient éclatés comme des fous pendant que je faisais le tour du pâté de maison avant de les ramener aux parents, très heureux aussi.

 

Alors, il est où le problème ??

 

Le problème ? C’est celui de l’expérience. Pas une expérience, mais plusieurs expériences. Afin de se donner une vue d’ensemble et de partir sur des bases plus réelles pour s’en faire une opinion la plus juste possible.

Car les Aborigènes, je vais peut être vous choquer, mais je les ai de moins en moins aimé…

J’ai eu de nombreux mauvais payeur (c’est à dire des non-payeurs), j’ai failli me faire voler ma sacoche (avec plus de 400$ dedans… Heureusement, elle était bien sécurisée sur moi), et j’ai aussi eu des petits problèmes…

J’étais en pause, garé le long de la rue principale du centre-ville. Je discutais avec un collègue. J’étais à 20 mètres de mon vélo. Un Aborigène approche mon Pedicab, puis commence à le triturer. Règle formelle : ne jamais laisser toucher quiconque au vélo. Je vais donc le voir pour simplement lui dire de ne pas toucher le vélo. Il fait semblant de ne pas m’entendre et continue bien allègrement avec les manettes de frein, et essaye enfin de s’asseoir sur la selle. Alors je me met à lever un peu le ton, qu’il comprenne qu’il faut qu’il arrête là tout de suite.

Il s’arrête net, me regarde quelque secondes sans bouger, et me met un grand coup de point au visage en m’insultant. Heureusement pour moi, il a raté son coup, donc je n’ai pas eu bien mal, même si mon oreille gauche s’est souvenue de la frappe toute la nuit…

 

Depuis cette histoire, les Aborigènes, je les ai définitivement détestés. S’en était de trop avec tous ces problèmes. J’ai oublié tout leur passé, toutes leurs histoires… Je n’en avait plus rien à faire. J’étais trop énervé. Je ne les ai plus jamais pris sur le vélo, je ne leur ai plus jamais adressé la parole. Plus de contact, plus de problème.

En roulant en ville, je les voyait faire n’importe quoi, se comporter n’importe comment, éclater des bouteilles par terre, s’énerver, provoquer, se battre,…

J’ai alors aussi compris en partie pourquoi les gens les détestaient à ce point : ce sont les alcooliques, les drogués, les sans domicile fixe, les fauteurs de trouble ne s’empêchant en rien pour casser.

Un beau soir, le même Aborigène qui m’avait frappé revient vers moi. Je l’ai tout de suite reconnu. Alors je me suis poussé en disant « Eh, je te connais toi, me remet pas un coup ! ». Mais il venait pour s’excuser de ce qu’il avait fait. Je lui ai dit que j’appréciais son geste, mais que je ne l’excusais pas car ça n’avait aucun sens ce qu’il avait fait. C’est la dernière fois que je leur parlerai.

 

Le temps passant un peu, les choses se calmant avec le temps, j’ai un peu « oublié » tous ces détails.

 

Puis, à force de me balader dans les rues et de les voir, mes pensées ont repris une direction totalement différente. Je me suis rappelé leur histoire. Et je les voyais, là, sous mes yeux, assis sur les trottoirs à jouer de la musique pour espérer gagner quelques centimes…

Je me souviens de tout, de tous les détails.

Je me souviens de ce groupe de jeunes, bien alcoolisé, qui dansaient comme des fous sur la musique jouée par un Aborigène. Je me souviens aussi de ce groupe de personne qui prenait des selfies avec eux. Je me souviens de cette très vieille dame Aborigène, dormant avachie dans son fauteuil roulant sur le trottoir. Je me souviens de ceux qui faisaient des piles avec leur bouteilles de bière, de ceux qui les fracassaient contre les voitures qui passaient ou qui étaient garées. Je me souviens de celles et de ceux qui s’engueulaient, voire se battaient. Je me souviens de celles et ceux qui titubaient à s’en taper les poteaux et les poubelles…

En allant bosser, je passais devant des résidences où ils étaient placés, parfois totalement insalubres et où ils vivaient les uns sur les autres…

Bref, j’en aurait encore pour des heures à ressortir tous les détails, et mieux encore les gestes, les sons et les odeurs (d’alcool)…

Logements Aborigènes à Darwin. L’extérieur à l’air correct, mais ne regardez pas l’intérieur !

 

Les Aborigènes des villes, c’est très dur. C’est dur de voir comment ils vivent, comment ils sont… C’est tellement moche qu’on a parfois du mal à le regarder, à accepter ce que l’on voit.

Dès le début de soirée, ils sont déjà presque tous alcoolisés, tous les jours. Dans la nuit, la plupart sont complètement bourrés, parfois complètement drogués. Parfois, ils se font embarquer au commissariat. Et le lendemain matin, on les voit dormir au milieu des pelouses dans des positions reconnaissables entre toutes : celles des personnes qui ont vraiment trop bu…

J’avais tout ça sous les yeux, tous les soirs, toutes les nuits, toute la semaine. Et j’avais pitié. Je trouvais leurs conditions de vie totalement inacceptables. C’était inadmissible. Incompréhensible que l’on puisse laisser ces personnes dans ces conditions alors que nous sommes dans une grande ville, dans un pays développé et riche.

Alors j’ai repris contact, si je puis dire, avec les Aborigènes. J’ai tout remis à zéro, comme rien ne s’était passé. J’ai commencé à les faire remonter sur mon vélo.

 

Le changement

Au début, c’était pas simple. Le premier que j’ai repris, il ne m’a pas payé. Il m’avait laissé en plan dehors, en prétextant qu’il avait l’argent chez lui. Bien sûr, quand il m’a dit ça, je savais déjà qu’il n’allait pas revenir…

Mais j’ai persévéré.

Il y a eu cet Aborigène complètement bourré, les bras en l’air, une bière dans chaque main, qui zigzaguait en plein milieu de la grande avenue du centre-ville. J’ai dû m’arrêter sur le coté et vite le ramener sur le trottoir tant bien que mal avant qu’il ne se fasse écraser !

Et en parlant de se faire écraser, j’ai bien cru que j’allais être le témoin d’un suicide lorsque j’en ai vu un essayer de se jeter sous les roues d’une voiture qui passait !! C’était moins une.

J’ai à nouveau eu des tours de pâté de maison avec des jeunes, mais aussi des adultes… Qui allaient chercher leur alcool alors qu’ils avaient déjà au moins 3 grammes dans le sang à 19 heures… Je me sentais coupable. J’espérais qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour tout prendre. C’est à dire tellement d’alcool qu’il faudrait être 4 pour tout porter… Je me sentais participer à leur malheur quand je les y amenais.

Un liquor shop, ou encore bottle shop. En Australie, on achète les alcools dans des boutiques spécialisées, comme au Canada.

 

L’Aborigène artiste

Un jour, en début d’après-midi, j’allais à la banque déposer mon argent de la semaine. En ressortant de la banque, j’entends une guitare qui commence à jouer. C’était un vieil Aborigène, assis sur le trottoir les jambes croisées sur une serviette. Il enchaînait des accords que je connaissais bien. Des accords que tout le monde connaît :

« Imagine » de John Lennon.

Je me suis arrêté direct quand il a commencé à chanter. Sa voix très rauque et très usée, sans être trop grave, m’a directement emporté. Il la chantait tellement bien qu’on aurait dit que c’était lui qui l’avait composée. On aurait dit que les paroles faisaient partie intégrante de sa vie. Il y croyait dur comme fer, balançant légèrement son buste de gauche à droite au rythme doux de la chanson.

John Lennon était littéralement balayé par cet Aborigène croisé dans la rue.

Incroyable. Mémorable. J’étais scotché.

J’étais planté devant lui tout le long. Tout le monde passait devant, en regardant par terre… Ce mec est un génie. Il interprète une chanson à la perfection, et tout le monde s’en fou. Lorsqu’il en a eu fini, je lui ai donné une pièce de 2$. (en espérant qu’il n’allait pas la dépenser le soir même dans l’alcool…).

 

Le soir, reprise du boulot. Et comme par magie, on aurait dit que mon « pardon » avait été fait. Mon « pardon » pour toutes les fois où je me suis énervé contre eux, et où je les ai parfois même insulté !

Jusqu’à la fin de mon job, ils m’ont tous payés et ils ont tous été très sympas. C’était le jour et la nuit. Même si ça ne les empêchait pas d’être toujours autant alcoolisés et/ou drogués. À chaque fois que c’était le cas, je faisais bien attention à ne pas les amener chercher de l’alcool, ce que bien sûr ils détestaient ! Mais au moins, je ne me sentais pas mal de faire ce geste « participatif ».

Le comble du comble fût mon dernier client en Pedicab… Parmi les 150.000 habitants de la ville, c’était une Aborigène. Je ne suis pas du tout croyant, mais des fois j’ai vraiment l’impression qu’il y a des coïncidences…

 

Le dernier client

Il était 4 heures du matin.

Je retournais au garage où l’on entrepose les vélos. C’est un peu en dehors du centre-ville, loin du « zoo » qui se passe presque tous les soirs (sauf le lundi !) dans cette ville très jeune et très fêtarde. Une dame m’interpelle depuis le trottoir. Vu l’heure qu’il est, je me demande bien ce qu’elle fait là.

Elle me demande si je ne connais pas un endroit où dormir. À Darwin, il y a des tonnes d’hôtels, mais surtout des hôtels à plus de 200$ la nuit… Donc je lui propose une auberge de jeunesse, mais vu l’heure qu’il est, on ne va pas la recevoir. Elle me dit qu’elle s’en fiche. Bon.

Par chance, je dors dans le lieu le moins cher de la ville, à 25$ la nuit en dortoir. Mieux encore, il y a un gardien de nuit que je connais bien maintenant, étant donné mes horaires.

Un type vraiment sympa, et qui sait ce que c’est de chercher où dormir convenablement étant donné son passé. C’est sa prothèse à la jambe gauche qui l’a mis dans la plus belle mouise de sa vie… Bref, il pourrait peut être la laisser dormir quelques heures sur un canapé dans la grande pièce commune.

Cette dame est calme, et a un comportement tout à fait normal. On dirait qu’elle vient de se réveiller ! Alors je commence à discuter avec elle, surtout qu’elle à l’air un peu perplexe.

Elle fini par me dire qu’elle habite dans un de ces fameux « HLM » pour Aborigènes, et qu’une baston a éclatée dans la nuit, à cause de l’alcool. Ils étaient une bonne quinzaine dehors à se battre. La bagarre s’est finie il y a quelques temps et elle ne veut pas dormir chez elle, car elle a peur que ça recommence à nouveau dans la nuit. Elle cherche a dormir en sécurité.

J’espère l’aider, en tout cas j’y met tout ce que je peux, pour qu’elle puisse effectivement dormir normalement, même si je sais que ce sera très dur à cette heure, et vu comment dans cette ville les gens sont racistes et peu tolérants envers les Aborigènes…

Je la dépose donc à mon auberge, et lui dit d’aller expliquer son cas au gardien de nuit, tout en disant qu’elle vient de ma part pour augmenter ses chances. Je l’attends dehors sur le vélo, pour m’assurer.

Quelques minutes plus tard, elle ressors, l’air dépitée. Ça n’a pas marché.

Je lui propose alors qu’elle dorme dans le parc en face de l’auberge, que je n’ai rien d’autre à lui proposer. Elle accepte, déçue. Je lui donne le reste de ma bouteille d’eau, c’est tout ce que j’ai pour elle. Elle veut me payer. Je lui dit que non, que demain je ne travaille plus et que c’est la dernière personne que j’ai emmenée. J’avais déjà passé la nuit à faire des prix au rabais.

Elle me remercie très chaleureusement pour mon aide, en me serrant dans ses bras…

 

Quelques semaines plus tard, mon voyage en Australie m’emmenait dans le Red Center, un désert en plein cœur de l’Australie, où l’on trouve le fameux rocher « Uluru », et les fameuses montagnes « Mount Olgas ». Un haut lieux de la culture et de l’histoire Aborigène.

J’ai pris une claque monstrueuse, impensable, à cet endroit.

J’ai pu apprendre quelques histoires sur les croyances Aborigènes, j’ai pu m’immiscer un peu dans leur vraie vie : pas celle en ville, mais celle de chasseur-cueilleur. Après ces 3 jours dans le désert, au beau milieu de leur véritable lieu de vie, j’ai détesté l’humanité, j’ai détesté la planète entière, j’ai perdu toute foi en toute vie humaine.

Le rocher sacré de Uluru, en plein milieu du désert.

 

Comment a-t-on pu faire ça. C’est horrible. C’est un cauchemar qu’on ne peut même pas faire ni imaginer tellement il est violent.

Je pensais alors aussi aux indiens quand on a découvert l’Amérique du Nord. J’ai aussi pensé aux africains lors des nombreuses colonisations. Et tant d’autres encore. Comment peut-on faire ça, alors que ce sont des gens de notre propre espèce.

Je ne le comprenais déjà pas, mais je comprends encore de moins en moins pourquoi une différence de couleur de peau, de culture ou de quoi que ce soit d’autre est rejetée de cette façon ?

Les réponses sont très difficiles à trouver.

En attendant, je les ai aussi détestés, à ma façon, avec mon expérience. Mais j’ai été suffisamment curieux et ouvert pour changer la donne. J’ai voulu me prouver le contraire, j’ai essayer d’aller vers eux. Je suis repassé du bon côté. Même si il est très difficile de les comprendre et de comprendre leur histoire dans son entièreté.

 

Aujourd’hui, ce sont des personnes que je respecte avec un grand « R », et que j’admire avec un grand « A ». Pour ce qu’ils ont vécu, et pour leur courage.

Et je demande bien sûr à quiconque croisera un Aborigène de le saluer et de le respecter autant qu’il le pourra !

 

Aymeric LECOSSOIS
Qui suis-je ?