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NZ #1 : Roadtrip à Arthur’s Pass

Je prends la route pour mon roadtrip à Arthur’s Pass et je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Je connais bien la première heure de route, car c’est la même que pour aller à Lyndon Lake, région où j’ai grimpé le Trig M et le Mount Lyndon, fait du kayak sur le lac et où j’ai grimpé le Foggy Peak. C’est ensuite l’inconnu.

La route est magnifique et slalome en une douce montagne russe dans des espaces gigantesques. C’est très sauvage. Je le répète encore et toujours mais prendre la route en Nouvelle-Zélande, ce n’est pas prendre une autoroute rectiligne, c’est entrer dans une véritable aventure.

Chaque grand virage passé amène sur un panorama différent qui à chaque fois me donne des frissons tellement c’est impressionnant.

Lake Pearson, sur la route du parc national de Arthur’s Pass.

La route rejoins la Waimakariri River et la fameuse ligne de chemin de fer historique TranzAlpine qui rejoins Christchurch à Greymouth sur la côte Ouest. La vallée est superbe et très large. La rivière fait presque toute la largeur de la vallée, soit presque 5 kilomètres. C’est un tapis de roches dans lequel l’eau glaciaire aux accents bleu turquoise ou bleu ciel selon la profondeur, se fraye un chemin.

Peu avant le village d’Arthur’s Pass, je m’arrête au village de Bealey pour faire un bout de la Bealey Spur Track. Cela fait un bon moment que je n’ai plus de réseau et je veux surtout rejoindre le premier point de vue afin d’avoir une meilleure vue sur les montagnes et la couverture nuageuse afin de savoir comment je vais organiser mes randonnées de la journée. Les sommets sont dans le brouillard mais le ciel semble se dégager et les nuages monter en altitude.

Je fonce au village d’Arthur’s Pass, mais avant une pause s’impose au très long pont qui traverse la Waimakariri River.

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Le pont de la Waimakariri River, Route 73.

Je démarre la Mount Bealey Route. Je vais passer de 754 mètres à 1836 mètres d’altitude. Cela fait une pente moyenne de 30% sur 3,6 kilomètres. Je suis heureux d’avoir fait un bout de la Bealey Spur Track car ça m’a servi aussi d’échauffement.

La rando démarre du parking du poste de police, c’est pas courant. Il faut grimper en forêt et c’est assez compliqué. Il faut faire de grandes enjambées entre les racines des arbres qui servent d’escaliers. Le décor est très beau : tout est recouvert de vert. Je sais que j’ai encore plein d’autres randos et plein de dénivelé à faire donc je prends mon temps pour ne pas me brûler.

À la sortie de la forêt, la vue est superbe. À ma droite se trouve Avalanche Peak dont la crête se poursuis sur Lyell Peak et enfin sur Mount Bealey, là où je vais. Avalanche Peak et recouvert d’une fine couche de neige. Je voulais aussi y grimper mais j’ai bien fait de démarrer par le Mount Bealey car du coup je ne suis pas sûr d’avoir l’équipement pour y aller.

Ça se corse vite : comme très souvent en montagne en NZ, les champs de pierre sont là pour tendre des pièges. Celui-ci est très piégeux, non pas parce qu’il est complexe ou technique, mais parce qu’il est dangereux. Il faut passer par la crête et tout ici est un champ de pierre : la crête et les 2 faces qui tombent presque à pic de chaque côté. La crête doit faire moins de 20 mètres de large.

Je me pause un bon 5 minutes pour regarder comment passer ça en analysant bien le tout. Tout est question de logique et d’équilibre. Le problème c’est que la moindre roche qui glisse ou le moindre pied mal placé peu faire tomber d’autres pierres et faire effet avalanche. Alors il faut faire gaffe et être sûr.

Je remarque tout de même très bien que le côté gauche est bien plus dangereux que le côté droit qui paraît beaucoup plus solide avec plein de très grosses roches et un peu moins pentu. Je fais donc mon chemin en me positionnant plus sur ce coté que l’autre. Tout se passe très bien.

Je fais 300 mètres et me voilà à un autre niveau de difficulté : il y a une petite pointe de 10 mètres de haut et la crête devient plus fine. C’est là que je m’arrête. Je décide de ne pas continuer. En effet, j’ai maintenant une bonne vue sur la suite de la montée qui se corse de plus en plus. La fin est presque une lame de couteau et le Mount Bealey est superbe mais très dangereux et semble instable. La face qui se présente devant moi est une cascade de pierre qui tombe presque à pic.

C’est pas grave. Je ne suis pas alpiniste, je ne suis pas un professionnel de la montagne. Mais je sais tout de même voir le danger et rester les pieds sur terre. C’est là qu’il faut remballer son égo et savoir écouter à la fois son propre corps et raisonnement ainsi que ce qui nous entoure. Il ne faut pas oublier que la Nature est imprévisible et que nous ne sommes rien face à elle. Un accident est si vite arrivé. Je suis déjà très content d’être arrivé à cet endroit. C’était déjà bien coriace !

Il faut que j’aille tout là haut à droite ! Trop dangereux pour moi !

Il n y a tout de même pas à se plaindre : voilà la vue depuis mon petit bout de crête de pierres !

À droite dans le nuage : Avalanche Peak / milieu : Lyell Peak / À gauche en dehors du cadre : Mount Bealey

J’ai donc un peu plus de temps que prévu pour cette journée, alors je décide d’aller voir la cascade Devil’s Punchbowl. C’est un petit chemin de 30 minutes facile, mais après le Mount Bealey, ça paraît difficile : les cuisses brûlent un peu (beaucoup).

La cascade fait 130 mètres de haut et tombe à pic. Le débit est énorme et le petit vent pousse toutes les éclaboussures en plein sur moi. Je suis resté 1 minute et j’étais trempé comme si je sortais de la piscine.

 

C’était le moment humainement intéressant de la journée. Arthur’s Pass est un lieu touristique, nous sommes en début de haute saison touristique (j’y étais en Décembre).

En montagne c’est facile d’esquiver les gens. Mount Bealey, 1086 mètres de dénivelé pour 3 heures de montée : difficile et demande quand même un peu d’expérience = personne. Devils Punchbowl : 30 minutes facile = blindé de monde.

Quand il n’y a personne il n’y a jamais de problème. Quand c’est blindé de monde il y a toujours des problèmes. C’est incroyable. Sentier interdit aux chiens. Qu’est ce que je vois ? Une nana avec son chien. En NZ, on est très à cheval sur la protection de la nature : on ne sort pas des sentiers. Qu’est ce que je vois ? Un jeune grimper à un arbre près de la rivière à 30 mètres du sentier. Sur la plate-forme devant la cascade, tout le monde passe son temps à faire 40 photos qui prennent trois siècles avec des pauses tout le temps différentes pour avoir des likes sur Instagram…

Du coup ça crée une file pour pouvoir accéder au point de vue. Aaaaaah le 21ème Siècle… Aaaaaaaahh, le respect, la jugeote, le je-m’en-foutisme… Ne jamais regarder plus loin que le bout de son nez. C’est terrible et une fois de plus je perds foi en l’humanité. Même un piaf est moins con que ça.

 

À 5 kilomètres de là, je rejoins mon petit camping pour la nuit. Début de la haute saison touristique = premier arrivé premier servi. Je suis là dès 18 heures et nous sommes déjà 5. Nous ne serons au final que 15 sur un très grand terrain. Là pareil, il y a 2 écoles : l’aventure et le confort. Je suis sûr que tout est rempli au village…

À savoir que le camping en NZ est différent de chez nous ou de l’Europe. On appelle ça des Campsites ou des Campground. Ce ne sont pas des campings mais des terrains dédiés et aménagés pour le camping. Pas de réservation, pas de réception, pas de piscine, pas de lavabo, généralement pas de douche. Pour ça, il faut aller dans ce que l’on appelle un Holiday Park.

Un camping ici en gros c’est un champ avec une toilette sèche. Terminé.

Ces sites sont généralement des sites gérés par le DOC (Department Of Conservation) et il faut payer 8$ par personne par nuit. C’est un genre de petite taxe pour l’entretien du terrain et des toilettes, mais aussi pour les sentiers de randonnées gérés par le DOC.

Je glisse toujours un billet de 10$ car toutes les randos gérées par le DOC que j’ai faite, c’est impeccable et très bien fait, très bien repéré. Là, encore une fois, les toilettes sèches sont aussi propres qu’ à la maison et ça ne pue pas. Ils font vraiment un boulot au top du top.

Le Klondyke Campsite est très venteux. Il se situe à côté de la Waimakariri River et au croisement de 3 vallées ! Le lieu est superbe et sauvage. Par contre, mon gas cooker rechigne à faire bouillir mon eau… Malgré toute la protection que je lui donne (planqué derrière la porte de la voiture, entouré avec mon bidon de 10 Litres d’eau et mon sac à dos), le vent pousse la flamme. Je n’aurai que de l’eau bien chaude… C’est la première fois que je mets 30 minutes pour faire des pâtes, haha.

On annonce une nuit à 4 degrés. Il n’avait déjà pas fait plus de 10 dans la journée alors que je ne suis « que » à 750 mètres d’altitude. Vive la montagne. Même si il a fait beau ce jour là, l’été, on ne sait pas ce que c’est dans les Alpes néo-zélandaises…

Enfin, j’ai prévu le coup. J’ai 4 couches qui me servent de couverture et mon matelas en mousse est bien confortable. J’étais bien au chaud dans le coffre de mon Gordon qui, une fois de plus, montre sa polyvalence exceptionnelle. Je fais tout avec : déménagements, kayak, vélo, lit, maison… Je l’ai sûrement déjà dit mais je peux allonger mon 1m80 sans toucher le hayon.

Juste derrière moi voiture, au Klondyke Corner Campsite. Le paradis !

Ce qui est bien quand on est dans la nature comme ça, c’est que l’on peut vivre comme on devrait vivre : l’horloge et l’heure n’existent plus.

C’est le soleil que l’on regarde et que l’on suit, à l’ancienne. Quand la pénombre arrive, on va se coucher. Quand le soleil se lève, on se réveille.

Le sommeil est important (il occupe presque 1/3 de notre vie!) et je pense que presque tout le monde aime dormir. Quand on se réveille non pas en sursaut par un réveil mais par les premières lueurs du soleil, d’une façon on ne peut plus naturelle, là on se sent en vie et on se sent un être humain.

 

Il est 6h30. Je dois rouler 10 petits kilomètres pour rejoindre la Otira Valley Track.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé cette nuit là, mais je crois que j’ai été embarqué par des extra-terrestres sur l’exoplanète NZ2263B.

Le climat est Dan-tesque ! Et terriblement inquiétant… Les sommets des montagnes fument, les nuages se mouvent comme des ombres chinoises, un long nuage sans fin se fait pousser par un vent puissant dans une vallée tellement petite qu’on peut la traverser en faisant deux pas.

Devant un tel accueil et une telle démonstration de force, je me fais tout petit. J’enfile ma combinaison (mon manteau), mon casque spatial (ma capuche) et mes gants. Une fois ma réserve d’oxygène sur moi (mon sac à dos), j’entame le début du sentier qui se faufile au milieu de la Otira Valley.

À ma droite, un nuage passant derrière Avalanche Peak se transforme subitement en une main qui se plie en un poing (je ne blague pas !). Derrière moi, cette longue langue de vapeur défile toujours. Au loin, les sommets Cassidy et Blimit, enneigés, se cachent et se montrent toutes les 2 minutes, au gré des nuages qui passent.

L’exoplanète NZ2263B est fascinante. Je suis face à des paysages uniques, dans une ambiance de ténèbres, sous une lumière que je n’ai jamais vue. Le Mount Cook, c’est du pipi de chat à coté. À mesure que je monte, ça s’amplifie.

Le sentier rejoins la Otira River qui prend sa source tout au bout de la vallée. Son eau glaciaire est transparente comme l’air. En y trempant mon doigt, je peux sentir sa forte odeur de roche qui prend instantanément au nez.

Après 1 heure de marche, le sentier disparaît. Pour aller au fond de la vallée, il faut traverser encore un de ces fameux champs de pierre. Celui est très correct, peu pentu. Je presse tout de même un peu le pas car il doit faire pas loin d’un kilomètre en longueur. Plus on y reste longtemps et plus on s’expose au danger.

À ma gauche, la montagne est percée d’une multitude de cascades qui rejoignent la Otira River. Toute cette eau présente sur la face permet à la verdure de pousser. À ma droite, un mur de pierre froid, féroce et tailladé se dresse. Devant moi, le bout de la vallée avec le Mount Philistine (1967m) sur la gauche et le Mount Rolleston (2275m) sur la droite. Cela forme un circ de pierres partiellement recouvert des restes d’un glacier, la source de la Otira River.

À ma gauche…

… Et à ma droite ! Deux paysages bien différents qui se font pourtant face de quelques petites centaines de mètres seulement !

Maintenant en milieu de matinée, le climat s’est un peu calmé, mais la puissance de la montagne est toujours aussi majestueuse. À maintenant 30 mètres de moi, j’approche le bout du glacier comme si c’était une rencontre du troisième type…

La Otira Valley est pour moi le plus bel endroit que j’ai pu voir en 2 ans dans ce pays. Totalement irréel ! Aucun mots pour décrire la sensation que j’ai eue pendant ces heures de marche.

Vue panoramique sur la Otira Valley

Vue sur le Mount Rolleston

Seul sur la mer de pierres, de plus en plus près du Mount Rolleston !

Les détails du Mount Rolleston sont magnifiques de puissance…

C’est comme ça qu’on est accueilli au paradis !

L’après-midi, je vais sur la cote Ouest. Changement de décor ! Revoilà un petit bout de plaine avec des champs et des fermes. Je m’arrête à Te Kinga pour grimper en partie la montagne du même nom. Aller à son sommet prend 8 heures. La forêt native sub-tropicale est magnifique et couverte de vert du sol à la cime des arbres.

Puis je rejoins Moana et le Holiday Park où je vais passer la nuit. Cette fois il y a des douches et même une cuisine et un salon à disposition. Le soir, je suis allé au restaurant et il y avait plein de photos d’époque qui montraient les conditions du travail du bois dans les années 1900-1940 et aussi des photos des scieries. Intéressant d’avoir le témoignage visuel de cette petite ville.

Le lac Brunner, à Moana. Vue sur le Mount Te Kinga.

Levé de soleil, Moana

Je rebrousse chemin vers Arthur’s Pass en m’arrêtant dans le petit village de Otira. Un village fantôme qui ne l’est pas encore. C’est un vrai voyage dans le temps. Les quelques maisons sont encore d’époque, tout comme les poteaux électriques en bois tout tordus recouverts de mousse. On a pas encore l’asphalte…

Vue sur le village de Otira, retour dans le passé

Je décide de faire le Bealey Valley Track. Celui-ci démarre par la forêt, superbe et toute verte de partout comme à Te Kinga. Le climat est menaçant comme un vrai climat de montagne, mais l’ambiance est différente de la veille à Otira Valley. C’est dailleurs étonnant à quel point cette vallée est différente de Otira alors qu’elles sont voisines ! À vol d’oiseau, il n y a même pas 1 kilomètre.

La forêt se transforme vite en un long champs de pierres, encore une fois. La Bealey River se faufile au milieu d’un enchevêtrement de pierres de toutes les tailles imaginables. C’est très compliqué d’avancer convenablement car le terrain est exigent. Sur les cotés je vois des lapins sauvages sautiller tout comme je sautille entre les rochers.

Pareil, pas de sentier ici. Il faut naviguer à l’œil et utiliser sa tête. Rester sur le coté gauche de la rivière s’est avéré le meilleur choix. Il a tout de même fallut que je passe au milieu une fois avant de revenir à gauche. Mes chaussures étanches m’ont vraiment bien servies. Puis il a fallut que je contourne un énorme rocher de peut être 5 mètres de haut en escaladant sur le coté. Problème : ce gros rocher était coincé dans un encore plus gros morceau d’une matière différente : le limestone. Le limestone c’est hyper friable. Il faut tester ses prises plus d’une fois et faire très attention.

Une fois cette dernière difficulté passée, je me retrouve coincé dans le fond de la vallée : tout au bout, la roche se resserre fermement puis est bloquée par une haute langue de glace qui vient du Mount Lancelot (2112m). À droite, deux grandes cascades descendent de la montagne. C’est superbe !! Passer ce terrain exigent valait le coup.

Et voilà le moment du retour, que je fais tranquillement. Je m’arrête un peu partout, comme au viaduc de la Otira Valley et le long de la Waimakariri River, absolument magnifique tout comme la route qui traverse cette partie des Alpes néo-zélandaises.

Otira valley Viaduct

Vue sur la Waimakariri River, depuis la Route 73

Vue sur la Waimakariri River, depuis la Route 73

Pont au-dessus de la Cass River, Route 73

La Nouvelle-Zélande, c’est ce pays où chaque roadtrip est une aventure hors du commun dans des paysages littéralement époustouflants. La nature dans son état le plus pur. La très faible population de l’île du Sud permet une vraie immersion interplanétaire !

En savoir plus sur Arthur’s Pass : visitez le site du DOC (Department Of Conservation)

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