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Comment quitter son travail pour voyager ?

En surfant sur le net, je vis une question d’un internaute à l’apparence bête mais complexe : «Comment quitter son travail pour voyager à long terme?».

Cela m’a d’abord fait sourire. Car cette question je me la suis posée pour la première fois il y a quelques années. Mais aussi car j’ai dû me la poser différemment une seconde fois, puis encore une troisième fois et même une quatrième en l’espace de 4 ans! Je me sentais expert en la matière. C’était presque devenu une habitude, une formalité.

Tu es en intérim ? Attends la fin de la mission et ne la renouvelle pas. Tu es en CDD ? Pareil, attends la fin du contrat et ne renouvelle pas. Tu es en CDI ? Explique à ton patron/service RH et envoie ta lettre de démission en recommandé, ou trouve un arrangement à l’amiable/prend une année sabbatique.

Puis, je me suis souvenu de cette première fois et je me suis rappelé comment je stressais et toute la loyauté que j’avais envers cette entreprise pour laquelle je travaillais à l’époque.

Il faut dire, c’était ma première boîte, le début de ma carrière. Et comme pour toutes les premières fois, eh bien on tourne sept fois sa langue avant de faire une connerie, surtout pour quelqu’un comme moi qui aime mesurer en long et en large la prise de risque qui s’en suit.

On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne.

Certes, parmi toutes ces fois, toutes n’étaient pas pour voyager. Mais dans le fond, est-ce que son employeur doit savoir toute la vérité? Est-ce qu’il faut forcément lui raconter sa vie? Au début, je me disais que oui, que c’était somme toute normal, et c’est ce que j’avais fait. J’avais préparé presque toutes mes phrases à l’avance, et j’avais tout récité en appuyant bien sur les points les plus importants, quitte à devoir répéter deux fois!

Aujourd’hui, je me dis que j’étais un grand fou.

 

Pourquoi se prendre la tête quand il faut faire simple?

Il suffit de se mettre à la place de l’employeur pour comprendre. Parce que oui, au final, qu’est-ce qu’il en a à faire l’employeur? Parce que voilà ce qu’il va se passer : quelques semaines plus tard, vous serrez remplacé par un autre, votre dossier sera rangé au fond d’un placard, et quelques mois plus tard, ce sera comme si vous n’aviez jamais existé! Et plus l’entreprise sera grande, et plus ce sera vrai.

Alors pourquoi se prendre la tête à réfléchir en long et en large à comment amener le sujet, à comment négocier ou comment faire et dire je ne sais quoi? Mes amis, restez calme et soyez vous-même. Poussez la porte de ce foutu bureau, arborez votre plus grand sourire et dites ce que vous avez à dire.

Vous voyez, la solution est typiquement celle qui est facile à dire mais pas à faire, celle qui paraît couler de source et aussi simple que de dire un simple bonjour, mais où le moment venu vous bafouillez et vous mélangez tout. Vous vous retrouvez comme quand vous étiez au collège et que vous essayiez d’aborder la plus belle fille ou le plus beau mec du bahut. C’est là que toute la question prend son sens.

 

Confronté quatre fois à la question

Tout ça, je ne l’ai pas connu que la première fois, mais aussi toutes les autres fois où j’y étais confronté.

Il faut dire, je suis un timide introverti. Je suis un zéro pointé en terme de communication. Autre défaut, j’ai une mémoire aussi développée qu’un poisson rouge et j’en oublierais les mensonges que j’ai raconté deux jours plus tôt. Ah, misère!

Du coup, je fini toujours par raconter longuement le pourquoi du comment, à bien dire plusieurs fois que ce n’est pas l’entreprise mais mon projet qui fait que je m’en vais – histoire de partir bien. Avec tout le stress et la réflexion pour arriver à sortir un monologue d’une simple minute, ajouté au fait que vous avez absolument voulu en parler au meilleur moment, il se trouve que vous partez, au mieux, dans deux semaines, au pire, dans deux jours.

Du coup, votre patron vous regarde les yeux écarquillés de surprise. Vous venez de lui transmettre tout votre stress précédent. Ce virus lui monterait au cerveau bien avant de finir ce que vous avez à dire. Il tomberait de sa chaise en pensant à comment vous remplacer aussi vite. Il vous dira qu’il doit battre un record olympique pour y arriver.

C’est ce qui est arrivé les quatre fois. Et à chaque fois, je me suis dit « bordel, pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt », surtout dans le cas où on vous rallonge votre contrat le temps de vous trouver un remplaçant.

La première, j’étais en CDI, donc ça allait bien pour tout le monde, il y avait trois mois de préavis.

La seconde, j’étais en intérim et les missions, qui se succédaient, duraient un mois. Cette fois, ça ne posait pas non plus trop de soucis, car c’était une grande entreprise qui travaillait avec beaucoup d’intérimaires. Il y avait du stock derrière moi.

La troisième, l’entreprise était en baisse d’activité. C’était presque une aubaine pour eux! Même si ils voulaient sincèrement que je reste. Je le sais car cette fois là, j’étais au Québec : mentalité totalement différente.

La quatrième fois, c’était tout l’inverse. On croulait sous le boulot et on avait pas assez de moyens pour assurer derrière. En plus, on était une toute petite PME de trois employés, patron compris! Alors là, forcément, quand un gars se barre dans ces conditions, vous avez toutes les chances de vous alarmer si vous êtes le patron.

Et cette fois était bien sûr celle où j’aurais dû l’ouvrir dès le départ.

Enfin, tout le monde était content de parler au final. Mais tout au fond de moi, je me consolais quand même avec de la mauvaise fois.

Vue depuis le Forest Walk, Singapour.

Sur ces quatre fois, deux étaient pour partir voyager, les deux dernières. Les quatre situations étaient très différentes. Mais quelle était la véritable différence au final, puisque de toute façon vous partez!

Que ce soit pour tout et n’importe quoi, pour n’importe qu’elle excuse que vous pourriez inventer, vraie ou fausse, vous partez! La finalité est la même.

Mais malgré tout, je suis de ceux qui n’arrivent pas à s’en foutre. Et je pense que la personne qui a posé cette question sur ce forum est aussi de ce genre. Sinon, pourquoi lui traverserait-elle l’esprit? Pourquoi lui faudrait-il l’avis de personnes extérieures, et pire encore, l’avis de personnes inconnues?

Le magnifique Mont Rinjani, sur l’île voisine de Lombok. Bali, Indonésie

 

 »S’en battre les couilles »

Un jour, je traînais sur Youtube lorsque je vis une vidéo intitulée comme suit : « Comment s’en battre les couilles? ».

Le type était un bodybuilder qui ne se prenait pas du tout au sérieux et qui racontait avec un langage de jeune légèrement amélioré comment il faisait pour justement s’en battre les couilles. Il était plutôt drôle avec toutes ses expressions complètement tordues qu’il saupoudrait judicieusement au milieu d’un beau français qu’il parlait lentement. Avec son air détendu, ses grands gestes avec ses bras musclés faisaient contraste.

On aurait dit Maître Yoda dans un corps de Hulk affamé. Un spectacle à lui tout seul.

Il racontait qu’il allait à la salle de musculation habillé en « moule-bite », comme il le disait pour désigner un collant, et en maillot, le tout de couleur archi fluo, assis sur un vélo hollandais pour femme – « de tapette », avec le petit panier à l’avant. Il se coiffait rarement, « parce que c’est chiant », et ses cheveux mi-longs partaient dans tous les sens et faisaient comme une multitude de couettes nouées entre elles, pointant le ciel.

Ça, c’était pour la musculation. Mais il en racontait encore plein d’autres dans pleins de situations différentes. Je préfère vous épargner les détails.

Bref, c’était simple : il savait parfaitement qui il était, ce qu’il valait, et où il allait. Le regard et les pensées des autres ne l’atteignaient donc aucunement.

J’aimerais être comme toutes ces personnes qui s’en foutent, parfois. Parce que oui, c’est une vraie torture du cerveau! Il ne faut pas non plus avoir un cœur de pierre et envoyer chier tout le monde, mais trouver le juste milieu.

Si un jour j’arrivais juste à entrer dans le bureau comme si je rentrais chez moi, à balancer ma lettre de démission en disant plein de joie et à haute voix que je me barre en me marrant puis refermer la porte, à la manière de la fameuse publicité pour le Lotto, je serais heureux!

Ce bodybuilder complètement délirant, je suis sûr que c’est ce qu’il aurait fait à ma place!

Voilà donc mon expérience personnelle et tout ce que je peux vous donner comme motivation. Tout ceci a marché pour moi. Mais pour vous qui lisez cet article ?

Comment faire pour quitter son travail pour une longue durée ?

Eh bien je pense que la réponse à cette question ne peut venir que de soi-même. Toute situation est différente et chaque cas est différent. C’est pour ça que je n’ai que parlé de mon expérience propre. Il faut simplement se lancer. Il n’y a pas de réponse exacte, ni de truc magique. Et j’en suis désolé.

On peut s’inspirer de gens qui l’ont déjà fait, et c’est pour ça que je vous ai parlé de mes expériences. On peut demander l’avis de proches ou d’inconnus, pour nous guider. Mais la décision finale, c’est nous qui la prenons, et c’est nous qui l’appliquons, pas les autres.

Sachez juste que si vous voulez réellement quitter votre travail, pour quelque raison que ce soit, vous le ferez. Et quoiqu’il en soit, la finalité sera la même : vous partirez.

 

Toujours penser au retour !

Mais que faire du « après », que faire du retour? Allez-vous vous réinstaller dans votre pays? Allez-vous galérer pour retrouver du travail? Nul ne le sait. Personne n’a de boule de cristal fiable.

Comme pour le départ, si vous voulez du travail, vous en trouverez. Vous pourriez même avoir l’idée de faire des formations, d’en profiter pour changer de corps de métier, de vous mettre à votre compte, de postuler à nouveau pour le même type de travail. Vous serez totalement maître de votre choix.

Ce sera stressant, à peu près exactement comme au moment où vous débuterez votre voyage dans un pays inconnu.

J’ai personnellement eu la chance de retrouver du travail en 2 semaines lors de mon retour d’Australie. J’ai pris le premier job qui venait, dans ma branche. Il faut savoir « reculer » sur « l’échelle », et accepter des boulots « sales », ne pas être trop regardant. C’était de l’intérim avec des contrats à la semaine, le temps de dépanner une entreprise.

Je suis parti au bout d’un mois et demi. Je travaillais en horaires postées (3×8), dans une vieille usine mal éclairée et non chauffée si ce n’est des chauffage d’appoint (c’était en plein hiver!), et où je respirais de la poussière de fonte à longueur de journée… En plus, ça collait à la peau. Je vous laisse imaginer.

Parenthèse à part, lors de votre retour mettez toutes vos chances de votre côté. Mettez en avant le fait que votre long voyage vous a appris de nouvelles compétences comme une langue étrangère, l’organisation, la débrouillardise etc. Inscrivez-vous dans plusieurs agences d’intérim et allez-y et/ou appelez régulièrement, montrez votre motivation. Faites des candidatures spontanées, présentez-vous directement dans les entreprises, faites marcher vos contacts, etc.

Je ne vous ai sûrement rien appris là-dessus et vous vous en doutiez sûrement. Ne vous prenez pas la tête, ça ne fera pas avancer les choses. Concentrez-vous et soyez sûr de vous. Faites comme si vous cherchiez le boulot de votre vie.

En attendant cette période de retour au travail, profitez de vos mois ou années de voyage à fond!

 

Aymeric LECOSSOIS – Pictures From The World
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